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SMASHING PUMPKINS : RIP

Billy Corgan, qui ne s’est jamais correctement habillé, est devenu la rock star la plus mal vêtue de tous les temps. Lorsqu’il veut passer inaperçu, il ressemble à un vilain vendeur de chez Darty secrètement membre d’une secte ratée ; le reste du temps, c’est au gourou de cette même secte d’illuminés déguisé avec les vêtements de sa dingue de femme. Il n’empêche, Billy Corgan est le leader, la tête pensante, de l’un des groupes les plus importants des années 90 : The Smashing Pumpkins. Et même si le groupe a enregistré beaucoup trop de mauvais albums, il est difficile d’oublier un disque comme Siamese Dream tant tout y est parfait. C’est ce qui explique, en grande partie, pourquoi nous continuons à nous infliger ces albums indigestes une fois tous les deux ans depuis une quinzaine d’années. À peine avions-nous eu le temps de nous remettre du pathétique « opéra-rock » (règle de base : toujours fuir lorsque l’on entend ce terme) des Pumpkins, sorti il y a deux ans, que revoilà notre Billy Corgan (en tenue de bal futuriste) et ses copains (qui ont toujours l’air de se regarder entre eux en haussant les épaules après avoir aperçus l’accoutrement de Billy) avec un nouvel opus.…

Céline Laurens récompensée par le troisième prix Jean-René Huguenin

Hier soir, dans le bel hôtel Swann hanté par le culte de Marcel Proust, Maxime Dalle, Pierre Arditi, Michka Assayas et les autres membres du jury d’un prix prolongeant celui, plus obscur, mais non moins ritualisé, de l’auteur de La Côte sauvage, a été décerné le troisième trophée de cette charmante petite secte. Et c’est donc la brillante et singulière Céline Laurens, déjà interviewée dans nos pages, qui a été justement récompensée pour La Maison Dieu, son dernier roman chroniqué chez nous. Bravo à elle et que l’esprit d’Huguenin continue de souffler sur les décombres de Saint-Germain-des-Prés.…

L’Amour ouf : la résurrection du grand cinéma populaire français
Un « épuisant fourre-tout », une « fresque naïve », un « brouet ostentatoire » Même pas sorti, le deuxième film de Gilles Lellouche est éreinté par la critique française, toujours au taquet lorsqu’il s’agit de tirer à boulets rouges sur le cinéma qui se donne les moyens de faire du cinéma. Comme si depuis la Nouvelle Vague, au fond, on n’avait plus le droit de faire du grand cinéma populaire, ambitieux, mythologique. Non, il faudrait se cantonner à ce qui nous condamne : un cinéma domestique, petit bourgeois, boulevardier, qui ne s’embarrasse pas de formalisme (laissons cela aux Américains). Pourtant le cinéma français n’a pas toujours été comme ça, pusillanime et condescendant, voûté sur ses mondanités et barricadé dans sa zone de confort. Pourtant, nous avons eu aussi notre grand cinéma populaire, à la fois puissamment maniériste et novateur : René Clair, René Clément, Pierre-Granier-Defferre, Gilles Grangier pour ne citer qu’eux : des réalisateurs aujourd’hui oubliés, considérés comme des « artisans honnêtes » mais que la critique aura volontiers escamotés au profit de l’avant-garde des années 60. Une avant-garde dont on subit encore l’héritage, puisque la Nouvelle Vague, si elle fut un formidable laboratoire de création, a également contribué à la construction d’un stéréotype du cinéma français qui allait vite devenir un piège : cérébral, destiné avant tout aux étudiants, forcément politisé. Le cinéma de papa était bel et bien enterré. [...]
L’histoire de Souleymane : Bidon et douteux

Certains films avancent bardés d’un storytelling tellement rôdé, tellement intimidant que les remettre en question s’avère délicat, comme parler de corde dans la maison d’un pendu ou cinéma sur le plateau de Yann Barthès. L’Histoire de Souleymane en est un bon exemple qui narre les heures difficiles d’un sans-papier guinéen, livreur Uber à vélo exploité par un compatriote, avant un entretien à l’OFPRA (office français de protection des réfugiés et apatrides) qui décidera ou non de sa régularisation. Abou Sanagré, l’acteur principal, remarquable et primé cette année à Cannes dans la sélection « Un certain regard », est lui-même, véritablement, un sans-papier menacé d’OQTF. Le Monde a narré son odyssée et son intégration en France où il est devenu mécanicien. Le film de Boris Lojkine, estimable par endroits, se présente donc comme un piège qui force l’empathie par la connaissance qu’on a du statut de son acteur/personnage (celui-ci très inspiré de la vie de son interprète, notamment de son histoire familiale) et par un scénario cruel qui multiplie les coups de théâtre dans une optique sensationnaliste, dont on imagine à tort ou raison qu’il est le reflet de la propre expérience de Sangaré.…

Éditorial culture de Romaric Sangars : Défense et illustration

L’arrogance de cette petite hyène placide qu’est Laélia Véron a franchi un nouveau seuil le mois dernier. On avait eu vent de son existence en raison de ses laïus à la table de Charline Vanhoenacker sur France Inter, ces dernières années, où, au milieu d’un sabbat radiophonique empli de ricanements et de sentences, elle tentait d’humilier les académiciens, les déclinistes et les salauds qui refusent d’adouber aveuglément toute évolution nouvelle, défendant un progressisme obtus, linéaire et implacable. Avec ce sourire répugnant de matonne condescendante, la Véron jouait à l’experte soviétique, celle qui, plutôt que d’appeler à vous fusiller comme aux premiers temps de la Révolution, a pitié de votre ignorance des lois inéluctables du matérialisme historique, combien même l’éclatante déchéance du pays ne cesse de les contredire, et vous fait juste une petite leçon de marxisme afin de vous humilier, première étape à votre rééducation, une petite leçon qu’elle vous délivre avec une jubilation, une gourmandise, presque, qui trahit la part libidinale que cet exercice d’humiliation comporte pour elle.…

Joker, Folie à Deux : Embarrassante purge

Faire du « Joker », éternel némésis de Batman, une sorte de fils à maman geignard, la victime semi-autiste d’un monde forcément hostile et peuplé de tristes sires pas vraiment portés sur l’inclusivité, c’était le projet – grotesque – du premier opus de Todd Phillips, grosse surprise au box-office. Il faut dire que l’air du temps est effectivement à la victimisation, à la psychiatrisation et à l’éloge de la fragilité. Pas étonnant dans ces conditions que le personnage incarné par Joaquin Phoenix rencontre auprès du grand public un écho aussi passionné. Signe du temps navrant : aujourd’hui même les « super-vilains » sont de petites choses fragiles en quête de reconnaissance.

Lire aussi : Emmanuelle : L’ingénue réinventée

Là où le Joker de Tim Burton était une créature quasi-mythologique (le fameux « trickster » des Celtes), celui de Christopher Nolan une créature morale (qui d’ailleurs mentait constamment sur les origines de sa haine, preuve que les causes psychologiques du mal sont relatives et finalement peu intéressantes), celui de Todd Philips est une créature entièrement pathologique.…

© DR
Les critiques littéraires du mois de septembre

AMPHIGOURIQUE

HOURIS, Kamel Daoud, Gallimard, 414 p., 23 €

Rendu célèbre en France avec son Meursault contre-enquête en 2013 qui fait écho à L’Étranger de Camus d’un point de vue algérien autochtone et qui reçoit alors le Goncourt du premier roman, Kamel Daoud a depuis fait preuve d’un courage pour le moins remarquable, notamment par sa critique des dérives politiques et islamistes de son pays, critique récompensée comme il se doit par une fatwa. L’intellectuel héroïque revient en cette rentrée avec un deuxième roman aussi attendu qu’ambitieux, et garant encore de sa combativité puisqu’il s’attaque frontalement à l’histoire récente de l’Algérie sous la forme d’une mise en scène expressionniste et brutale répondant au tabou officiel et judiciarisé qui entoure la guerre civile des années 90 (les islamistes se sont un peu lâchés durant cette période). Aube, une jeune femme aux yeux superbes et à la bouche muette depuis qu’une tentative d’égorgement l’a privé de l’usage de ses cordes vocales raconte mentalement le drame personnel et national au fœtus qu’elle porte en elle mais dont elle a prévu de se débarrasser afin, notamment, que le bébé possible ne subisse pas le sort réservé aux femmes dans son pays.…

Megalopolis : De cendres et d’or

Le Nouvel Hollywood n’a pas dit son dernier mot. Le West Side Story de Spielberg, échec public, reste malgré tout une magnifique tentative d’épuisement des moyens du cinéma qui fera date. Même chose pour Killers of the Flower Moon, dernier opus magistral de Martin Scorsese qui revisite à rebours l’histoire américaine – et donc l’histoire du cinéma. Chez cette génération qui a presque inventé tous les codes modernes, il y a une volonté commune de faire front, d’incarner une forme de résistance – face aux plateformes, face à la dérive « feuilletonnante » du cinéma incarné par Marvel, face au numérique qui menace un arasement par le bas, alors que bien utilisé, il pourrait être un formidable athanor pour de nouvelles expérimentations.

On se souvient également des propos de Georges Lucas qui après avoir vendu les droits de Star Wars, avait déclaré son envie de se consacrer à un cinéma « entièrement nouveau, expérimental, sans intrigue ».…

L’Incorrect

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