


Réssusciter le Théâtre antique: c’est l’ambition que relève Saint-Saëns pour inaugurer les arènes de Béziers, en 1898. Il écrit la musique pour Déjanire, une tragédie de son ami et complice Louis Gallet, consacrée à la mort d’Hercule et inspirée des Trachiniennes de Sophocle. En dehors des chœurs, le texte est déclamé. Ce n’est qu’une décennie plus tard que le compositeur, comme pour affirmer haut et fort son penchant classiciste à une époque d’expérimentations, se remet à l’œuvre et en fait un drame entièrement chanté, où l’hommage à un autre modèle du passé, la tragédie lyrique de Gluck, est à peine dissimulé. Épris d’Iole, fille d’un roi qu’il a tué au combat, Hercule force la jeune femme à céder.
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La jalousie de son épouse, Déjanire, qui cherche à rallumer la flamme par un sortilège, sera fatale au héros. On n’ose imaginer ce qu’en ferait un metteur en scène contemporain.…

Suite du recueil de ses chroniques pour Minute (après Le Populisme ou la mort, publié en 2019), La République des Copains voit Olivier Maulin couvrir les années 2012 à 2015 (avec une chronique en 2016), c’est-à-dire le feuilleton de la campagne qui verra le triomphe de Flamby, la saga de la Manif pour tous qui n’entravera pas la promulgation du mariage post-sexuel, ou la crise migratoire de 2015 qui contribuera, avec les directives européennes et le matraquage médiatique à pousser la France toujours plus près de la sortie de l’Histoire. Héraut d’une espèce de poujadisme médiéval, Maulin fait œuvre d’écrivain avec cet exercice de chroniqueur établissant date après date la satire imparable de cette cinquième république crépusculaire, en révélant l’absurdité permanente, la trahison systématique des élites incultes qui la gouvernent, la galerie de figures grotesques que celles-ci déploient. L’écrivain serait-il excessif ? Même pas. Dans ce monde où le Droit piétine la morale, l’État la nation, le Marché la prospérité et l’Idéologie la sagesse, Maulin est une Antigone qui défend l’équilibre des siècles et l’intelligence des peuples contre les démences d’une époque à la fois primitive et dégénérée.…

Comment avez-vous eu cette idée de monter une pièce d’Anouilh, ce grand dramaturge pourtant au purgatoire, comme Montherlant ou Claudel ?
Thierry Harcourt : D’abord, Anouilh est un grand auteur, qui écrit divinement bien une histoire et qui écrit divinement bien pour les acteurs. Parce qu’il était aussi metteur en scène, Anouilh comprenait le fonctionnement des acteurs et leur offrait des choses très complexes et très riches. Donc Anouilh devrait être monté tout le temps ! Mais Pauvre Bitos, ça vient surtout de Maxime.
Maxime d’Aboville : C’est la conjonction d’une envie que j’avais et d’une envie du directeur du théâtre Hébertot : Francis Lombrail. Quand il a acheté ce théâtre, il a commencé par jouer avec Michel Bouquet et ce fut un événement très fort pour lui, or, ce rôle de Pauvre Bitos avait été écrit par Anouilh pour Michel Bouquet et à sa demande. C’est le rôle qui l’a le plus marqué.…

Shinya Tsukamoto, c’est d’abord le réalisateur d’un film culte : le légendaire Tetsuo, bombe avant-gardiste et cauchemar cyberpunk qui traumatisa en son temps Jan Kounen, David Cronenberg ou Quentin Tarantino. Après une poignée de films tout aussi désespérés où Tsukamoto , l’homme est un peu passé sous les radars : la faute à une industrie de plus en plus frileuse qui le condamne aux petits budgets.
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On espérait son grand retour avec cette chronique d’après-guerre intimiste, dont la première heure se passe intégralement entre les quatre murs lépreux d’un café abandonné. Malgré son envie visible de faire un cinéma classique, presque mizoguchien, on retrouve sa patte inimitable lorsqu’il s’agit de cadrer les corps et les visages, pour les rendre immédiatement indécidables, captifs de leurs propres ténèbres. Malheureusement, dès que cesse le huis clos, c’est pour se transformer subitement en une sorte de récit d’apprentissage qui manque de souffle.…

Sur le papier, un projet plutôt alléchant : importer le bon vieil argument fantastique du « jour sans fin » dans l’univers du salariat japonais. Quasi carcérale et ritualisée comme elle est, il y avait fort à parier que la vie de bureau des salarymen nippons épouse avec force l’argument métaphysique de la boucle temporelle. Las, le réalisateur passe complètement à côté de son sujet à force de mauvais choix : d’abord, le « jour sans fin » devient une « semaine sans fin » – plus dur à faire passer niveau vraisemblance : pourquoi les personnages retourneraient-ils au bureau tous les jours au bout de la 70e semaine répétée ?
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La faute aussi à une mise en scène et à un ton qui n’arrivent pas à choisir entre la gaudriole gentillette et la fable satirique. Pour finir, ce qui aurait pu servir de prétexte à une brûlante dénonciation du management à la japonaise se finit bien candidement sur une ode à la collaboration et au dépassement des rêves, qu’on croirait échappée d’un colloque d’entreprise.…

Accueilli avec consternation au festival de Venise en 2023, et conséquemment privé de distribution en France, Le Palace, dernier film de Roman Polanski, sort enfin, à la faveur du coup de poker d’un distributeur – qui, raconte-t-on, ne l’aurait même pas vu –, le lendemain de l’ouverture du Festival de Cannes, où le cinéaste, il y a 22 ans, recevait la Palme d’Or pour Le Pianiste. Comme le recommandait Karen Blixen, il faut rire avec le diable quand il se moque de vous. Le Capitole se trouve bien à deux pas de La Roche Tarpéienne, et Polanski, selon les films, aura fréquemment fait l’aller-retour de l’un à l’autre, sans compter les événements tragiques ou grotesques qui auront émaillé sa vie et l’auront conduit plutôt vers celle-ci que celui-là. Peu de films sont aussi différents que Le Pianiste – drame mémoriel quasi-unanimement révéré – et Le Palace – farce grinçante, scato et sexuée, difficilement assimilable en 2024.…

À l’heure où l’Intelligence Artificielle est en train de rebattre à toute vitesse les cartes de la réalité, où les GAFAM détaillent en tronçons de datas la moindre parcelle de cogito encore non explorée par le Grand Œil Réticulaire, l’essai d’Alain Damasio paraît déjà suranné. Composé de sept « chroniques littéraires » rédigées au cours d’un voyage à San Francisco en 2022, Vallée du Silicium a bien du mal à supporter la comparaison avec Amérique de Jean Baudrillard, d’ailleurs abondamment cité par le romancier – comme s’il voulait conjurer le sort en se mettant par avance à l’ombre du grand philosophe de la modernité.
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Dur de passer après lui, mais ça n’empêche pas Damasio d’enchaîner les tropes avec la morgue qui lui est habituelle. Il faut dire que son style flamboyant lui permet s’asséner la plus éculée des lapalissades comme s’il venait de découvrir un axiome percutant : Damasio donc, quarante ans après tout le monde, découvre l’horrible projet techno- sociétal fomenté par les sorciers du numérique au cœur de la Bay Area… « Ok, boomer !…
L’Incorrect
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