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Zone Critique : « Notre seule chapelle est l’intensité »

Comment et quand est née Zone Critique ? Quel était votre projet initial ?

Sébastien Reynaud : Zone Critique est née en 2012. À l’origine, il s’agissait d’une revue en ligne littéraire et cinématographique. Notre ambition a toujours été de mêler dans un même geste critique la rigueur de la pensée et l’enthousiasme pour l’art et la culture. Nous essayons de restituer avec le plus de justesse possible le choc émotionnel et esthétique qu’a suscité en nous la rencontre avec les grandes œuvres de notre temps. Notre objectif a toujours été de défendre la création contemporaine à travers des articles incarnés, amoureux et exigeants. En cela, Zone Critique n’a jamais été, et ne sera jamais une revue académique. Nous parlons à partir de l’amour brûlant pour la littérature qui nous anime.


« Zone Critique n’a jamais été, et ne sera jamais une revue académique »

Sébastien Reynaud

Pourquoi avoir choisi de constituer vos numéros autour d’un thème particulier ?

© The Fall Guy
[Cinéma] The Fall Guy : fan des années 80

Sans doute conscient de l’impasse systémique que constituent les marvelleries et autres Disney vitrifiés par le wokisme, tout une partie d’Hollywood commence à freiner des quatre fers et à opposer au progressisme ambiant un bon vieux retour aux sources, teinté de virilisme 90’s, mais avec – forcément – une grosse pincée d’auto- citation et de clins d’œil « méta » ultra-appuyés.

Lire aussi : [Cinéma] Là où Dieu n’est pas : saisissant

David Leitch, ancien cascadeur reconverti à ce genre de blockbusters « retardés » dans tous les sens du terme (le très con Bullet Train, notamment) n’y va pas par quatre chemins avec ce nouvel opus en forme de comédie romantique ultra-pimpée, dans laquelle Ryan Gosling creuse le sillon de cet avatar étrange qu’il s’est créé depuis Drive : une sorte d’action-man mutique et cartoonesque, véritable homme à l’envers que justifie ici l’hommage à ce métier de l’ombre : cascadeur.…

Éditorial culture de Romaric Sangars : L’arrière-garde est fastidieuse

Ce mois-ci, une conjonction de petits événements m’a interpelé : le centenaire de la publication du Manifeste du surréalisme d’André Breton, d’abord, qui m’a fait songer qu’en dépit de mes vœux, nous n’avions plus d’avant-gardes. Les lettres de Drieu la Rochelle, republiées par Gallimard à cette occasion, à l’adresse de ses anciens amis, qui relançaient un débat passionnant sur les moyens et les fins de l’art. Enfin, la publication de L’Adresse, les rendez-vous du déversoir, chez Seghers, un nouveau recueil des poèmes-minute d’Arthur Teboul, le chanteur de Feu ! Chatterton, qui propose un renouveau de l’écriture automatique.

Le statut de chanteur en vue n’est pas forcément délégitimant. Au fond, les premiers poètes étaient des bardes, les derniers pourraient l’être aussi

Je vous vois me voir venir. Ah ! Arthur Teboul, vulgaire chanteur de pop-rock faussement bashungien, prétendre rivaliser avec Breton et se croire moderne en recyclant une méthode centenaire (plus que centenaire parce que Les Champs magnétiques datent de 1919), la bonne blague !…

[Cinéma] Là où Dieu n’est pas : saisissant

Trois prisonniers de la République Islamiste – deux hommes et une femme – témoignent devant le réalisateur Mehran Tamadon des sévices qu’ils ont subi à différentes époques du régime. Ils rejouent certaines scènes pour et avec lui, dans les environnements grossièrement reconstitués. Des tortures éprouvantes sont détaillées, que le documentariste essaie de figurer et d’imaginer en prenant la place de la victime sur un lit ou un banc préparé, si bien que celle-ci se retrouve à la place du tortionnaire expliquant le fonctionnement des entraves et tas de câbles.

Lire aussi : [Cinéma] Le tableau volé : adjugé vendu

Là où Dieu n’est pas ne recule pas devant le douteux pour rendre compte d’expériences limites. La rhétorique persane pèse son poids, qui fait de chaque locuteur du cinéma iranien un conteur à ses risques et périls. Certains passages, comme un travelling circulaire sur des boxes, ouvrent plus sûrement l’imaginaire que ces efforts.…

[Cinéma] Le tableau volé : adjugé vendu

S’inspirant d’une histoire vraie – la réapparition d’un tableau d’Egon Schiele spolié par les Nazis – Pascal Bonitzer s’essaie tardivement avec Le Tableau volé au film choral brassant des milieux hétérogènes. Un commissaire-priseur désabusé entreprend la vente de sa vie tout en assurant les arrières du jeune ouvrier qui a découvert l’œuvre. Une jeune stagiaire imprévisible complique la tâche, et le retour de son ex n’aurait-il pas un goût de reviens-y ?

Lire aussi : [Cinéma] Challengers : jeu, set et match

Un peu trop chargé, avec des marqueurs d’époque agaçants (lesbianisme chic, héroïne crypto-woke en bisbille avec le père), le résultat tend à devenir trop signifiant à mesure que l’intrigue se ramifie. Le twist final, qui consacre la supériorité de l’apprentie sur son supérieur, paraît d’une facilité assez confondante, comme si on avait tous à apprendre de plus jeune que soi. Ceci dit, l’excellence de l’interprétation assure un intérêt constant: d’Alex Lutz à Matthieu Lucci, de Léa Drucker à Alain Chamfort, tout le monde est parfait.…

[Cinéma] Challengers : jeu, set et match

Superficiel, vain, clinquant, le cinéma de Luca Guadagnino – et tout particulièrement Challengers – attire à lui le courroux de la critique majoritaire, la même prompte à s’extasier sur les non-mystères pompeux de Ryusuke Hamaguchi (Le Mal n’existe pas, pitié…) ou sur l’œuvre globale que Bécassine Triet consacre à la charge mentale, cette anatomie d’une Tuche petite-bourgeoise. Pas de grand sujet écologique ou de féminisme à la mords-moi le nœud dans Challengers, un simple triangle amoureux à la Jules et Jim, en moins bidon et compassé, sur fond de match de tennis.

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L’unité de temps et d’action – une finale de tournoi annexe entre l’un des meilleurs joueurs du monde en crise et son ancien ami d’adolescence barbotant dans les profondeurs de l’ATP – est siphonnée par un réseau proliférant de flash-backs gigognes. La rencontre originelle entre les deux jeunes hommes et Tashi, apprentie-championne surdouée qui va rapidement les affoler aboutit à plusieurs partenariats formels et informels.…

[Cinéma] La Fièvre de la France

Éric Benzekri est un scénariste de grand talent. Plus que ça encore, il est un fin observateur de la société française, de ses fractures, de sa réalité identitaire et de son quotidien. Il est aussi un grand connaisseur de l’histoire politique de notre pays.

Sa précédente série, Baron Noir, était un chef-d’œuvre du genre. Elle y relatait « à peu près tout ». La corruption morale des gouvernements socialistes. La montée du Front National. Les Gilets Jaunes et autres mouvements de colère populaire. La progression des communautarismes. L’islamisme. Le terrorisme. Une France à bout de souffle.

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Cette série, narrant l’ascension d’un politicien socialiste prêt à tout pour atteindre le pouvoir, Éric Benzekri était le mieux placé pour l’écrire. Militant du Parti socialiste, membre du cabinet de Jean-Luc Mélenchon lorsque celui-ci était ministre du gouvernement Jospin, il poursuit son engagement au sein de la machine politicienne en devenant le collaborateur de Julien Dray, député socialiste (inspirant le personnage du Baron Noir) et l’un des fondateurs de SOS Racisme.…

Partout, les saints : Henri Péan

Vous allez me dire que ce n’est pas un saint, mais attendez un peu de connaître sa vie. Henri Péan est né dans le Loir-et- Cher, chez ces gens qui ne font pas de manières, comme dit Michel Delpech. Rapidement, la vocation religieuse naît en lui, une vocation simple et irréfutable, qui l’amène tout naturellement, d’abord à la Congrégation des Prêtres du Sacré- Cœur en Belgique, puis au Grand Séminaire de Tours. Ordonné prêtre à 28 ans puis nommé vicaire à Langeais, Henri Péan semble promis à une vie tranquille de curé de province, et même de campagne. C’est mal le connaître, et mal connaître les événements.

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En 1930, l’abbé Péan reprend ses études, en maths et en lettres. C’est un homme complet, que ses contemporains et ses confrères prêtres décrivent comme aussi manuel ou intellectuel qu’artiste. Doué pour réparer une voiture autant que pour fabriquer des meubles, l’abbé a aussi une belle voix et une sensibilité musicale.…

L’Incorrect

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