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King gizzard and the lizard wizard : Monolithe incandescent du rock franctal
C’est bizarre, l’Australie : un pays de bagnard set de scarabées gros comme des chats, dont la caution culturelle s’appelle Hugh Jackman et où il pleut régulièrement des araignées (anecdote authentique). C’est aussi le fief de ce collectif de rock progressif formé en 2010 et qui a déjà vingt-cinq (!) albums à son actif : King Gizzard and The Lizard Wizard (c’est-à-dire, littéralement : le Roi Gésier et le Lézard-Sorcier). Outre son festival d’allitérations qui délient déjà l’imagination et ses pochettes bariolées qui invitent aux ébats lysergiques, derrière ce nom joyeusement idiot se cache en fait un monolithe du rock progressif en constante vibration et perpétuelle métamorphose. Célébrée récemment par un documentaire- fleuve diffusé sur You Tube, la formation australienne prouve encore comment elle parvient à se réinventer sans cesse avec une sorte de génie effronté.
[Cinéma] L’ascension : splendeur soviétique

On vous le répète souvent ici : le cinéma soviétique est inégalé par sa suprématie plastique et transcendantale. Et il recèle des perles rares, souvent oubliées en Occident, mais qui brillent encore de mille feux. Le chef-d’œuvre de Larisa Chetpiko, femme d’Elem Klimov (réalisateur notoire du plus grand film de guerre de tous les temps, Requiem pour un massacre) est de ceux-là. À chaque plan, on est subjugué par la force picturale, métaphysique, qui emmène tout le métrage, transformant le récit militaire en véritable odyssée spirituelle.

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L’ascension qui donne son titre au film est comparable à celle qui hante les autres grands chefs-d’œuvre du cinéma soviétique, d’Andrei Roublev à La Lettre Inachevée, et qui s’attache à montrer comment, au cœur d’une Russie trucidée par son histoire, le divin n’a eu de cesse de résister, irrémissible comme une eau pure remontant à la surface d’un océan de boue.…

Retour d’Yves Navarre
D’Yves Navarre, les moins de cinquante ans connaissent le nom, un titre – Le Jardin d’acclimatation, Goncourt 1980 –, quelques images – la moustache, la réputation d’écrivain homosexuel, l’engagement en faveur de Mitterrand, tout un halo fané qui recrée une époque, une ambiance, un milieu. Halo réducteur: Navarre, ce sont plusieurs dizaines de livres, une œuvre plus riche que l’image qu’elle donne, une vie trépidante dans le Paris mondain de l’époque, auquel il appartient tout en s’en sentant bizarrement exclu. De nouvelles générations de lecteurs s’intéressent aujourd’hui à lui, autour notamment de l’association des amis d’Yves Navarre qui publie des inédits et supervise un projet d’œuvres complètes chez H&O. Et voici que Frédéric Andrau publie le journal qu’il a tenu pendant deux décennies, entrecoupé de longues périodes de vide. Un document étonnant, fourmillant de noms (Duras, Rinaldi, Chazot, Bory, Robbe-Grillet, Sagan…), parfois poignant, qu’on peut lire sans forcément connaître tout le reste de l’œuvre, Figure un peu oubliée de la littérature des années 1970-1980, prix Goncourt pour le Jardin d’acclimatation, YvesNavarre ressurgit trente ans après sa mort avec un journal inédit. Un document émouvant et inattendu que nous présente son préfacier, Frédéric Andrau. PROPOS RECUEILLIS PAR BERNARD QUIRINY Retour d’Yves Navarre Entretien avec Frédéric Andrau comme une sorte de confession d’un écrivain obsédé par son œuvre (« Hors des profondeurs de l’écriture, je ne respire plus. Le temps passe bêtement et je m’en veux »), torturé par les doutes, le sentiment d’échec, l’amertume, la peur de la non-reconnaissance, la conscience de la vanité de tout, qui lui fera tenter une deuxième vie au Québec à l’automne 1989. Pas de longues entrées, peu d’épanchements, plutôt un carnet de stèles miniatures, proches du fragment, parfois des saccades de mots (« Je vais achever La Peau de quelqu’un. Roman dérisoire. Trop. Roman. Trop ») ; un document qu’il nomme, avec une ironie triste, son « album du néant ». Il ajoute: « Mon journal tenu pendant treize ans, abandonné, repris, abandonné, repris à l’occasion de journaux illustrés ne sera jamais fait que de bribes. Pas de portraits mondains, pas de relations de faits extraordinaires, mais des pulsions » – ce qui, d’une certaine manière, l’élève au rang d’objet littéraire inachevé, et ajoute à son intérêt. Rencontre avec Frédéric Andrau, qui joint au Journal une longue préface biographique sur Navarre [ ... ]
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Tir de précision

Les citoyens doivent-ils se procurer et porter des armes à feu ? L’ouvrage suggère la réponse, mais sans l’imposer : il démontre que la question est légitime. Justifications philosophiques, évolutions historiques, état des lieux juridique, le monde, la France, évidemment les États-Unis, tous les aspects sont étudiés. La préférence de l’auteur pour une libéralisation est assez évidente mais elle s’appuie sur des arguments rationnels opposés aux partisans de la prohibition. On s’attend à un manifeste, c’est une démystification. Au point qu’on peut regretter un ton dépassionné, plus proche de celui d’un manuel de cours magistral que d’un essai.

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C’est toutefois cette docte précision qui rend le livre véritablement utile : un journaliste, un avocat, le convive à un dîner peuvent s’en servir. Car la vision du citoyen libre est en jeu. On se rend compte à quel point la France, jadis « mère des arts, des armes et des lois » ne l’est plus guère que des lois sur les armes.…

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[BD] L’homme qui en a trop vu : la trahison rédemptrice

C’est l’histoire d’un photographe de guerre qui se retrouve à filmer des séances de torture d’un groupe de soldats irakiens opérant dans les zones désertées par l’État islamique. L’histoire d’un journaliste qui a eu l’occasion de filmer ce qu’on ne doit pas voir ni dire : la manière dont les «?libérateurs?» prennent la place des bourreaux et, enivrés par leur légitimité et leur pouvoir, finissent par commettre des crimes sous prétexte d’éliminer la menace précédente. Vieille, antique et amère histoire. Ali Arkady, Kurde et sunnite, peut la raconter car il l’a vécue, en 2016, lors de la libération de Mossoul, et est revenu pour en rapporter les preuves.

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Le peu de torture qu’on voit, même filtré par le dessin (au trait juste assez réaliste, aux couleurs juste assez sommaires), est terrible car le scénariste et le dessinateur nous mettent à hauteur d’homme, avec Ali, en train de fixer la cruauté, la violence, la mauvaise foi, le meurtre.…

Cuba no, Médecins sí !
La France est devenue un pays du tiers-monde où la santé est, certes, gratuite mais où une partie de la population vit loin du système médical [ ... ]
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Les critiques littéraires de mai

TROP PLAT, TROP FAT

Après les livres sur sa sœur, sa mère, son père et en attendant son frère, revoici sa mère. Edouard Louis raconte cette fois comment elle s’est extirpée des pattes du connard chez qui elle avait trouvé refuge après avoir quitté son mari, et comment il l’a aidée à recommencer sa vie – en lui trouvant un logement, en lui donnant de l’argent, etc. En soi, le portrait de cette femme pas gâtée par la vie – pauvreté, absence d’éducation, emprise des hommes, etc. –, qui la cinquantaine venue prend son envol, découvrant avec humilité qu’elle a droit elle aussi à la liberté, a quelque chose de poignant. L’auteur ne peut s’empêcher hélas de mettre en scène sa propre vie fantastique – moi en résidence d’écriture à Athènes, moi au téléphone avec un dramaturge allemand, etc. –, donnant du coup l’impression de parasiter le livre qu’il dit vouloir consacrer à sa mère, comme si tout chez lui avait vocation à dégénérer en célébration ambiguë de soi-même, de sa grandeur d’âme et de sa réussite.…

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[Cinéma] Heroico : Consternant

Un jeune indigène intègre une prestigieuse école de cadets à Mexico pour pourvoir aux besoins de sa famille. Évidemment, il tombe sur une bande de sadiques avec qui il va faire ami-ami. Vieux comme Hérode, le genre kubricko-hanekien n’a souvent pour lui que le systématisme de quelques idées réchauffées : gigantisme décoratif, direction d’acteurs atonale, symétrie des plans fixes. Aucune ne manque à l’appel dans Heroico où David Zonana fige sa mise en scène pour dénoncer la violence systémique de l’armée mexicaine.

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Les officiers malfaisants ne sont pas incarnés mais posés, tout comme le héros attiré par le côté obscur. Des ellipses censées cultiver l’ambiguïté fragmentent la narration pour interroger sur le degré de contagion du mal. Celui-ci progresse à mesure de l’ennui, et un dernier plan, d’une stupidité insigne, renvoie au spectateur son pseudo-voyeurisme par le biais d’une mise en joue.…

L’Incorrect

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