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[Cinéma] Madame Hofmann : les tiques du documentaire

De toutes les escroqueries du cinéma français, l’une des plus florissantes se nomme Sébastien Lifshitz, devenu on ne sait comment l’un des phares nationaux du documentaire avec deux César (Les Invisibles en 2013, Adolescentes en 2021). Après avoir souqué ferme dans la fiction naturaliste LGBT en début de siècle, l’auteur du plus risible qu’immortel Plein sud (2009) a vu la lumière : l’Autre ou ce qui en tient lieu. Son œuvre de documentariste s’est patiemment construite autour des minorités sexuelles à qui il a offert un miroir et un safe space, jouant sur les discriminations dont ses modèles ont souffert, comme dans Bambi (2013), portrait réussi d’une transsexuelle française « historique ». Les communautés homo ou trans pourvoient son cinéma en personnalités hautes en couleur qui ont réfléchi à leur parcours.

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Ces militants pour la plupart ont un message à transmettre, et Lifshitz le relaie tel une chambre d’écho, avec supplément didactique et lacrymal si besoin, puisqu’il partage leurs revendications.…

[Cinéma] Enys men : songes de Pierre

Objet fascinant que ce huis clos à l’air libre, tourné sur une île déserte des Cornouailles où une scientifique sombre doucement dans la folie, victime d’hallucinations et d’images fatales qui semblent provenir d’un mystérieux mégalithe et contaminer peu à peu le réel. Le réalisateur britannique Mark Jenkin, dont c’est le deuxième long-métrage, tisse sur cet argument étique tout un réseau de sensations fiévreuses et d’inquiétudes sourdes, avec une économie de moyens bluffante : plans fixes cadrés au cordeau et longues plages contemplatives qui donnent la vague impression d’un monde parasité par les morts.

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Enys Men est un peu au cinéma ce que l’ambient est à la musique : une façon de montrer le vertige métaphysique par l’en-creux, de convoquer l’invisible par une science presque macroscopique, de l’image et du son. Avec son esthétique seventies qui convoque tour à tour Robert Altman et Kenneth Anger et son lent crescendo vers une angoisse qui refuse d’éclore, Enys Men impose son style : exigeant, onirique, à la lisière de l’expérimental.…

[Cinéma] Quitter la nuit : la nuit des femmes

Quitter la nuit : encore de ces injonctions à l’infinitif qui laisse peu de doute quant à ce qu’on va y trouver : un nouvel épisode de l’ère post #metoo, dans lequel une brave mère célibataire se bat pour faire reconnaître son viol, jusqu’à une scène finale confondante de naïveté où avocate, victime et frangine se déhanchent loin des hommes dans une ambiance sororale réconfortante.

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On aurait toutes les raisons de se pincer le nez, mais non : parce que Delphine Girard sait tenir une caméra, parce qu’elle sait filmer les banlieues du plat pays comme un décor de techno-thriller crépusculaire, et diriger un casting solide jusque dans ses seconds rôles (mention spéciale à Gringe et à la toujours excellente Anne Dorval). De plus, si l’on fait exception de son épilogue ridicule, les clichés sont globalement évités et la réalisatrice laisse planer un doute constant sur le violeur en titre : un pompier plutôt bien fait de sa personne, mais chez qui on devine un abîme insondable.…

[Cinéma] Rosalie : la barbe !

À la fin de la guerre de 14-18, une jeune femme qui cache sa pilosité expansive fait un mariage d’intérêt avec un cafetier perclus de dettes. Évidemment, la découverte de son secret n’aide pas à son intégration au village mais, un peu d’astuce et d’espièglerie, et Rosalie va rebondir comme une boule de poils. Le deuxième film de Stéphanie Di Giusto, titré d’après son héroïne, veut être beaucoup de choses : film d’époque, histoire d’amour, fable sur la différence, et gros mélo qui tache. Au final, il n’est pas grand-chose, besogneux et expéditif, mangeant à tous les râteliers, son féminisme victimaire en bandoulière.

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S’inspirant librement de la vie de Clémentine Delait, femme à barbe vedette des Années folles, la réalisatrice détourne le sens de sa vie pour peindre à gros traits la méchanceté du peuple, la perversion des riches et verser sa larmichette sur les discriminations.…

[Cinéma] Le mal n’existe pas : le nul existe bien

Chaque époque sécrète son académisme et la nôtre a trouvé un mètre-étalon en la personne de Ryusuke Hamaguchi. Dans Le Mal n’existe pas, une communauté rurale est menacée par l’implantation d’un site de camping de luxe, et tout particulièrement l’eau lustrale du cru par une fosse septique de bien mauvais aloi. De tout le film, seules fonctionnent deux séquences : l’une en temps réel, avec travaux à la hache, d’ailleurs dédoublée, et une réunion zoom qui joue intelligemment avec la position spatiale des protagonistes.

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Le reste confond contemplatif et soporifique, la nature semblant vitrifiée par l’ennui de ces plans glissants sous la neige, à l’image du travelling en contre-plongée sur des cimes d’arbres qui nous exténue dès l’ouverture du film. La conclusion et son recours au fantastique bas de gamme essaie vainement de créer du mystère (spoiler : la petite fille, c’est la Nature).…

François-Xavier de Boissoudy : comment la lumière déborde

Durant le Carême, le peintre François-Xavier de Boissoudy exposait aux Bernardins, une belle manière de nous présenter son œuvre au sein de la démarche où elle se développe : ni en vue d’une simple « sortie culturelle », ni pour le plaisir de l’analyse de quelques laborantins de l’art, non, mais pour une communion dynamique. « Au lieu de développer une mythologie personnelle, ce qui m’intéresse, c’est de renouveler l’héritage. » affirme le peintre à l’œil pétillant, vibrant d’une espèce de gaieté fiévreuse. Communion avec les spectateurs, que Boissoudy convie à partager une évidence, celle de la vie avec le Christ, et par là, communion de toute une civilisation. Il y aurait, sinon, le risque si contemporain de ne parler que de soi, « d’être abscons et de développer un langage intellectuel qui ne devrait pas être nécessaire. » Un hermétisme artificiel, en somme, une ombre égotique, à laquelle le peintre n’oppose pas une évidence littérale, évidemment, sans quoi on s’ennuierait, mais le défi plus stimulant que constitue un partage de l’invisible.…

[Cinéma] Black Flies : fan des années 80

Jean-Stéphane Sauvaire, cinéaste français exilé à New York et formé à l’école du documentaire, semble être resté captif des années80: dans cette chronique furibarde qui rend hommage aux ambulanciers de nuit, les corps malmenés y sont magnifiés et New York ressemble à ce qu’elle était dans les meilleurs films d’Abel Ferrara: une capitale à bout de souffle, un chaudron toxique de néons et d’électricité. D’ailleurs, on a du mal à situer le film temporellement, Sauvaire évitant scrupuleusement de filmer tout signe superlatif de modernité – à commencer par les téléphones portables.

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Si son cinéma s’enferre parfois dans certaines postures esthétisantes ou certains choix narratifs un peu ringards (voire le second rôle féminin qui passe l’intégralité du film à poil comme dans un bon vieux polar avec Michael Douglas), le film ne cesse de surprendre par son côté jusqu’au-boutiste, à la fois désespéré et frontal – voire la scène traumatique autour de laquelle s’articule le scénario et qui reste en travers de la gorge.…

Partout, les saints : sainte Agathe

Agathe est née à Catane, en Sicile, en 231, dans une famille de la noblesse sicilienne. C’est une jeune fille magnifique et très pieuse, qui a décidé de consacrer sa virginité au Seigneur. Cette décision n’arrange pas du tout les affaires de Quintien, proconsul de Sicile, qui est tombé sous son charme, et pense probablement, avec un brin d’arrivisme, qu’une jeune fille si belle, mais également si riche et si bien née, ne déparerait pas dans son ascension politique.

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Hélas, comme il fallait s’y attendre, le proconsul prend un fameux râteau, parce qu’il n’est pas évident de rivaliser avec le Bon Dieu, même avec un PEL bien garni et une carrière prometteuse dans la fonction publique. L’amoureux éconduit se change alors en monstre sadique : il envoie tout d’abord Agathe passer un mois dans un bordel, en chargeant la maquerelle Aphrodisie, la bien nommée, de lui faire abandonner son Dieu et accepter ce mariage.…

L’Incorrect

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