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Éditorial culture de Romaric Sangars : chers immortels

Est-ce pour vous faire pardonner votre attitude parfaitement digne durant l’affaire de l’écriture inclusive que vous vous êtes sentis obligés d’organiser cette face avec « Oli », semblant ignorer qu’en 2024, ce qui se passe sous la coupole ne reste pas sous la coupole mais résonne sur tous les réseaux possibles donnant à votre humiliation un écho désastreux? Je vous vois froisser vos bicornes d’une main inquiète, ne semblant pas comprendre d’où viendrait le ridicule. Eh bien, d’abord, inviter «Oli» c’était céder au jeunisme et comme il n’y a rien qui fait plus provincial que d’être trop ostensiblement fasciné par la capitale, il n’y a rien qui pose davantage son ringard que de trop s’émerveiller devant la jeunesse.

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En outre, votre institution vous confiant comme mission de poser un regard élevé et vigilant sur les choses de l’esprit et de la langue, et non de renifler l’air du temps au cul du dernier métro, personne ne vous demandait de donner des gages.…

Marc Sinclair : « La littérature permet de contester le déterminisme »

Jusqu’à son nom – qui sonne comme le héros d’une de ces vieilles BD franco-belges, type Gilles Jourdan ou Ric Hochet – le québécois Marc Sinclair a quelque chose de délicieusement suranné, à contre-courant de son époque. Peut-être est-ce sa façon de prendre son temps pour chaque réponse, ou de vous fixer sans ciller – non pour l’évaluation froide des entrepreneurs, mais bien pour tenter de raccourcir l’abîme qui s’installe parfois entre un romancier et son interlocuteur. Tout ce qu’on saura de Marc Sinclair – probablement un pseudonyme – c’est ce qu’on trouvera dans ce premier roman. Et c’est déjà beaucoup, tant l’auteur s’y dévoile. Alors, ce Suicide d’une masculinité toxique serait-il le portrait en creux d’un romancier en cavale, ou une de ces énièmes autofictions laborieuses qui encombrent les têtes de gondole ? Nous pencherons plutôt pour la première réponse : Suicide n’est pas tant une fiction sur le « je » qu’une confession, avec tout ce que le terme peut comporter à la fois de noble et de trivial.…

« De la cruauté en politique » : les diaboliques

L’Histoire est tragique, vérité qui nous est constamment rappelée au fil des pages de ce remarquable ouvrage collectif sur la Cruauté en politique dirigé par l’historien Stéphane Courtois, célèbre pour avoir piloté Le Livre noir du communisme en 1997. Mieux vaut donc ne pas être dépressif avant d’entamer cette lecture pourtant salutaire en ces temps d’angélisme. Parfois jugée gage d’efficacité (de Caligula à Mao), la cruauté se pare le plus souvent de vertus religieuses ou séculières à l’instar de Robespierre, le père du totalitarisme. Comme l’avait relevé Arendt, les totalitarismes du XXe se sont appuyés sur une transcendance, l’histoire ou la race pour nier à l’autre le simple droit d’exister – ce que rappellent crûment les pages consacrées au djihad. Le chapitre sur Sade confère à la cruauté une place à part en la faisant avant tout reposer sur la jouissance. Parmi les détraqués sanguinaires, se trouvent nombre de déracinés qui ont l’impression de bien faire leur travail par amour de l’humanité : la haine devient l’amour – ou quand dépersonnaliser l’ennemi conduit à l’irresponsabilité et au nihilisme.…

[Cinéma] When evil lurks : la déchéance du cinéma d’horreur
C'est l’histoire d’une success story comme Hollywood se plaît tant à les fabriquer. Et tant pis si elle fait de l’ombre... à Hollywood, justement. Le studio A24, encore inconnu par le grand public il y a cinq ans, est devenu incontournable du moins si l’on veut être à la mode et s’inscrire dans un genre qui a fait école : « l’horreur élevée », ou elevated horror. Soit une nouvelle étiquette fomentée de toutes parts par la critique ou par les pontes d’A24 qui semblent autant doués en communication virale que dans l’art d’emballer du réchauffé avec esbroufe. A24 se fait connaître dans les années 2010 en distribuant quelques films indépendants à succès, dont le rigolo Spring breakers d’Harmony Korine.
Qui mais qui ? Alain Kan

Quand quelque part à travers l’hiver je croise Romaric Sangars, notre rédacteur en chef culture, et qu’il me parle d’Alain Kan (« Ce devrait être un sujet tout à fait pour toi »), je crois n’avoir jamais entendu ce nom de ma vie. C’est la nuit, je rentre chez moi. Une trentaine de minutes me sépare de mon appartement : c’est la durée de l’album Et Gary Cooper s’éloigna dans le désert d’Alain Kan. L’album que j’ai choisi, au hasard – du moins je le pensais – tandis que je déambulais dans la station Châtelet. Sur des instrumentaux qui mêlent l’exubérance glam à un certain groove vicieux, je découvre cet Alain Kan.

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Provoquant, exubérant, euphorique comme un type qui entrerait dans un saloon défoncé, maquillé et pailleté pour hurler sa haine et sa folie à la gueule des clients éberlués. Dix titres durant, une sorte de diva glam rock déchue essaye d’opérer la symbiose entre un Nino Ferrer drogué et un Lou Reed frenchy.…

Francis Navarre : « Je suis assez ignorant de la littérature et de ses écoles »

Qui êtes-vous, Francis Navarre ?

Charpentier toujours en exercice ; impossible sédentarité. J’ai réduit la voilure quand même. Les enfants, les traites, les chantiers…

Depuis quand écrivez-vous ?

Longtemps j’ai pensé que l’écriture ne pouvait être autre qu’épistolaire. « Entretenir » une correspondance – manuscrite ! Ouvrir la boîte aux lettres. Nous n’attendions pas que toutes fussent parfumées ! Malgré la modestie de cette exigence, c’en est fini du courrier. Là est un désenchantement du monde. Quand cette nostalgie se mêle de dépit et de colère, s’appelle- t-elle encore mélancolie ? Bref, je me mets sérieusement à l’écriture voici une dizaine d’années, c’est-à-dire que sa nécessité me tombe dessus. Bonne surprise de l’existence avec mes enfants, mes compagnes… Et qui arrive à son heure.

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Comment qualifiez-vous vos textes : proses, chroniques, carnets, nouvelles ?

Je peine à qualifier ma production : carnets, instantanés, bio, aussi ai-je cessé de me poser la question.…

Les critiques littéraires de mars

Délice inclassable

LE FILS DU COIFFEUR, GERBRAND BAKKER, Christian Bourgois, 340 p., 22 €

Pour une fois, nous vous suggérerons de commencer ce livre par la fin. Gerbrand Bakker, l’auteur mondialement connu de Là-haut tout est calme, a inséré dans son livre une page finale de « décharge », où il explique qu’il a fait ses recherches tout seul sur Internet et qu’il ne remercie donc personne sauf Internet, à rebours de cette exaspérante manie anglo- saxonne – et aujourd’hui devenue française – de remercier la Terre entière à la fin d’une fiction. Une fois ce plaisir savouré, vous lirez le roman, qui en vaut la peine : c’est l’histoire inclassable de Simon, un coiffeur pour hommes d’Amsterdam, gay, passablement dilettante, successeur de son père disparu. Sa mère l’embringue dans son association d’assistance aux handicapés, un écrivain s’incruste dans son salon pour le regarder travailler ; et c’est ainsi que se développe un petit univers romanesque dépaysant, improbable, inclassable, sur la crête entre drame sans pathos et comédie de mœurs.…

Guerre de Crimée : quand l’Europe arrêtait la Russie

Le XIXe siècle connut une sorte de guerre froide, qui s’échauffa complètement à l’occasion de la guerre de Crimée. À l’issue des guerres napoléoniennes, les deux puissances dominantes en Europe sont l’Angleterre et la Russie. Elles entrent vite en compétition en Asie centrale, où l’Angleterre pousse les frontières de l’Inde vers le nord et où la Russie poursuit son extension vers le sud commencée au XVIe siècle. Cette rivalité intense, qui se fixe autour de la Perse et de l’Afghanistan via des conflits par procuration comme ceux qui opposent plus tard URSS et États-Unis, est connue sous le nom de « Grand Jeu » et ne prend fin qu’à l’aube du XXe siècle.

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En Europe, c’est à travers la question ottomane que Londres et Saint-Pétersbourg se mesurent. Depuis le début du XVIIIe siècle, l’empire turc connaît un déclin qui va en s’accélérant et dont les tsars profitent régulièrement par des guerres pour s’étendre vers le sud, en Ukraine puis dans les Balkans.…

L’Incorrect

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