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Pour une contre-histoire de l’animation française

Ladislas Starewitch, russe passionné d’entomologie, choisit la France pour produire le premier long-métrage d’animation de l’histoire, Le Roman de Renard (1930). Des saynètes jouées par des marionnettes en fil de fer dans une ambiance crépusculaire qui fera date.

Impossible de ne pas évoquer Le Roi et l’Oiseau (1952), chef-d’œuvre de Paul Grimault qui inspira des générations de cinéastes. Prévert au scénario, Wojciech Kilar à la musique… une équipe de rêve pour un long-métrage indémodable, dont le final jusqu’au-boutiste reste à jamais dans les mémoires. Rares sont les films qui ont su à ce point saisir l’étoffe des rêves.

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La Traversée de lAtlantique à la Rame, de Jean-François Laguionie (1978) : Une dérive onirique, à la lisière de l’angoisse, servie par l’approche graphique unique de Laguionie, qui rappelle la peinture symboliste et impressionniste.

Le franco-polonais Piotr Kamler signe avec Chronopolis (1983) un incroyable métrage métaphysique, qui repousse les limites de l’animation en volumes.…

Film d’animation : un genre Français

L’animation française se porte bien, merci pour elle. Elle ne s’est même jamais aussi bien portée, si l’on en croit les chiffres : l’École des Gobelins rayonne à l’international, les productions grand public s’exportent admirablement bien (voire le succès insolent des Miraculous et autre Totally Spies) et les animateurs français s’arrachent chez les grands studios japonais comme américains. Alors que le cinéma français en prise de vue réelle est en train de mourir à petit feu, asphyxié par ses propres flatulences de culpabilisation victimaire, le cinéma d’animation français montre une vigueur presque miraculeuse. En cause, une vraie politique d’état dans les années 80 qui a voulu miser sur cette exception (une des rares choses positives qu’on doit au Miterrandisme) et la fameuse french touch, un style qui échapperait volontiers aux clichés brassés par les États-Unis et le Japon.

Rencontre de talents

En cherchant bien, c’est surtout une preuve de plus que l’audiovisuel français fut en pointe dès ses débuts : tout comme les pionniers du cinéma muet et du trucage furent français, les précurseurs de l’animation que sont Émile Cohl ou Paul Grimault ont tracé les grandes lignes d’un imaginaire qui inspira les plus grands, de Miyazaki à Spielberg.…

Vents et merveilles

Benoît Chieux n’en est pas à son coup d’essai, puisqu’il a secondé Jacques-Rémy Girerd sur deux films majeurs du studio Folimages (La Prophétie des Grenouilles et Mia et le Migou). Avec Sirroco, il accède enfin aux pleins pouvoirs et signe un film à l’onirisme puissant, qui rend tour à tour hommage à Moebius, René Laloux et Nicole Claveloux. Si le film s’adresse aux enfants, c’est aussi un manifeste de ce que peut aujourd’hui l’animation hexagonale.

Le mouvement perpétuel: c’est probablement la quête ultime de l’homme, et la quête ultime du cinéma d’animation. Au centre de Sirroco, comme chez Aristote, il y a une sorte de moteur immobile, un générateur divin dont Sirroco, le petit Dieu enchainé à son temple, n’est qu’un artefact solitaire. Un Dieu des tempêtes dont les coups de semonce régissent un monde tout entier, jusqu’à modeler ses villes, ses constructions, la biologie même de ses habitants. On le sait, le vent est une antienne de l’animation, parce qu’il est invisible et parce que précisément, le cinéma d’animation, dans son appétit démiurgique, veut à tout prix capter cet invisible dans les nacelles fragiles du dessin.…

[Cinéma] Nos vies d’avant : navets guimauves

Une Coréenne discute avec deux hommes de profil, l’un asiatique, l’autre de type caucasien, vers qui elle se tourne alternativement. Une voix-off s’en étonne, essayant d’imaginer les statuts possibles du trio. Cet intrigant début est la meilleure scène de Past lives – nos vies d’avant. Dès le flash- back qui suit, on suppute hélas la romance flasque, ce qui ne manquera pas. Nora a suivi ses parents en Amérique du Nord, laissant à Séoul son béguin d’enfance ; ils se revoient adultes à New-York, lui toujours en extase, elle autrice dramatique mariée, ambitieuse sans trop de résultats.

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Ce Peter Ibbetson où les amoureux séparés ne se retrouveraient pas dans leurs rêves se raccroche à la notion d’inyun, lien indéfectible tissé dans les vies passées selon la croyance en la réincarnation. Il se traduit à l’écran par du délayage et de la mièvrerie, alors que Teo Yoo promène son spleen trans-pacifique et ses yeux de cocker avec humidification permanente.…

[Cinéma] Rue des dames : Paris vit encore

On attendait Hamé et Ekoué, ex-rappeurs au sein du groupe La Rumeur, sur un terrain cinématographique balisé, il n’en est rien : si Rue des Dames comporte bien un personnage de flic ripou mémorable, on est loin du faux brûlot banlieusard à la Athéna. Le duo s’inscrit dans une veine beaucoup plus noble et honnête, qui n’est pas sans rappeler le Pigalle de Karim Dridi: une lettre d’amour à un Paris populaire qui subsiste malgré la gentrification, celui des Batignolles, dans lequel on tente de s’en sortir par tous les moyens – entre petits boulots et combines plus ou moins légales.

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C’est la première qualité de cet authentique film noir : s’attacher à l’esprit des lieux et aux seconds rôles qui gravitent autour de la jeune Mia (Garance Marillier, sublime), employée dans un salon de manucure qui doit composer avec des fréquentations douteuses et une mère- fille plus que distante.…

Gainsbourg : pas de station pour le poinçonneur ?

La plus navrante conséquence de l’emprise des réseaux sociaux sur les cerveaux, c’est sans doute l’avènement de ce néo-puritanisme simplet, qui n’est pas tant le fruit d’un système moral soigneusement bâti que la somme des réactions épidermiques, des stimuli compassionnels et des jappements revanchards soigneusement entretenus par les médias de masse. On parlait volontiers de « réacosphère » en évoquant l’entregent des droitards sur Internet, on pourrait désormais parler de la « réactosphère » pour évoquer les moralisateurs fébriles de Twitter – et qu’on retrouve d’ailleurs à gauche comme à droite : une vraie moraline intersectionnelle, pour une fois. Une petite morale en kit pour gens pressés donc, qui les dispense de penser et qui nous pousse à rappeler des vérités qui relèvent à notre sens du lieu commun : premièrement, l’art et la morale sont deux lignes parallèles qui ne se croisent que dans l’infini, et, deuxio, les artistes (et à fortiori les génies) sont rarement des modèles de licéité.…

[Cinéma] Kokomo city : clip lourdingue pour trans black

Quatre travailleuses du sexe trans et blacks se confient devant la caméra de D. Smith, ancien producteur de rap ayant lui-même transitionné… Kokomo City hésite entre une esthétique années 80, avec noir et blanc travaillé très Bruce Weber, et une statufication à la Leni Riefenstahl. Les récits – larme à l’œil, bobards ou nécessaire affirmations de soi – sont recouverts d’une mixtape HINRG qui ne s’arrête tout simplement jamais. La crudité sexuelle des pratiques narrées s’accompagne de témoignages hasardeux sur des clients, rappeurs ou sportifs professionnels célèbres.

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Un mobile émerge peut-être dans ce clip lourdingue et chichiteux, puisque l’une des interviewées, Koko Da Doll, a été assassinée quelque temps après la projection du film à Sundance. À la fin, un travelling descendant sur un corps apprêté et glamourisé, « male gaze » éhonté, se conclut sur le nouvel accessoire indispensable à la femme puissante: un énorme pénis au repos.…

Rolling Stones : princes du rock

Chez moi, on écoutait les Beatles. Enfin, pour tout dire, on écoutait surtout Brassens (pour mon père) et Sardou (pour ma mère), mais ça n’est pas vraiment le sujet. Enfant, lorsque nous rentrions de chez mes grands -parents, je demandais, à l’arrière de la voiture, que l’on mette le disque One (celui avec tous les singles numéros 1) des Beatles que l’on venait d’acheter. J’avais neuf ans et je connaissais ces vingt-sept titres par cœur sans en connaître un seul des Rolling Stones. C’est seulement plus tard, au moment des premières ivresses, que j’ai véritablement découvert les Stones.

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Je me coiffais comme le Keith Richards de 1971, mes amis et moi goûtions le whisky moins par goût que par mimétisme, le documentaire censuré Cocksucker Blues était diffusé sur les télévisions de nos parents durant nos fêtes destructrices: ainsi, nous fûmes contaminés.

Quinze ans de règne artistique

Comme le dit Louis Bousquet dans Some Boys sa récente biographie des Rolling Stones: « Pour raconter l’histoire des Stones, il faut savoir délaisser les découpages arbitraires.…

L’Incorrect

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