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[Cinéma] Le temps d’aimer : écrit sur le fan

À la Libération, une jeune Bretonne, inspirée par la grand-mère de Katell Quillévéré, se fait tondre; elle attend un enfant d’un Allemand. Elle s’enfuit, devient serveuse, rencontre un fils à papa atteint de polio, futur universitaire de renom. Ils s’aiment, mais son époux s’avère homo. Ils décident d’ouvrir un bouge pour soldats américains à Orléans. Là, un beau et sympathique soldat noir attire leurs regards… Saga France 3 à deux personnages gonflée en film de cinéma, Le Temps d’aimer vise le grand mélo sirkien, comme l’indiquent son titre et les objectifs déformants (fish-eye) sur le mode probable d’Écrit sur du vent (le chef-d’œuvre de Douglas Sirk sorti en 56).

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L’amour y est plus fort que tout, à l’exception des conventions. Mais Sirk ne s’est jamais pris pour une sous-Régine Laforge avec triolisme avorté. Cette purge affreusement écrite et dialoguée (« Tu es complètement parano !

[Cinéma] Fremont : portrait sensible

Donya est une jeune réfugiée afghane, ancienne traductrice pour l’armée américaine, qui travaille dans une usine fami- liale de fortune cookies à Frémont, petite ville léthargique adossée à San Francisco. Avec un tel argument, on aurait pu s’attendre à un énième pensum victimaire sur le vivre- ensemble… c’est sans compter le talent du réalisateur iranien Babak Jalali : plus peintre que moraliste, il s’inscrit dans la grande tradition formelle de ses concitoyens, déployant un art du cadrage méticuleux, le tout dans un noir et blanc sublime qui fait de Frémont un véritable tableau en mouvement – et dont chaque scène opère comme une miniature, proche du haiku.

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Ellipses, changements de ton, moments de flottement : Babak Jalali parvient à capter une sorte de temps immobile, un écrin parfait pour son actrice principale, Anatia Wali Zada, véritable révélation dont la présence indéchiffrable et rêveuse hante chaque plan du film.…

[Cinéma] Le monde d’après 3 : contes cruels

Laurent Firode travaille dans l’ombre depuis quelques années, concoctant des courts-métrages à contre-courant de la doxa ambiante. Le Monde d’Après 3 en remet une couche salutaire sur les grandes fictions sociétales du moment : apôtres du véganisme, prêcheurs du covidisme, sensivity readers et autres actrices en quête de reconnaissance politique sont passées au fil de son regard acéré.

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Des miniatures satyriques qui n’échappent pas à un certain amateurisme, faute de moyens, mais qui frappent là où ça fait mal – non sans déployer une étrangeté grinçante qui flirte souvent avec le cauchemar, un peu comme si Gustave Kervern et Benoît Delépine avaient enfin embrassé la cause du peuple. À découvrir, pour se convaincre que la dissidence dans le cinéma français n’est pas tout à fait atomisée.

LE MONDE D’APRÈS 3 (1H27), DE LAURENT FIRODE, avec Louisa Lacroix, Elise Lissage, Christian Diaz, en salles

[Cinéma] Perfect days : mieux que les derniers Scorsese

Avec Perfect days, la veine japonaise de Wim Wenders jusque-là plutôt documentaire (Tokyo-Ga en 1985) s’il- lustre pour la première fois dans toute une fiction. Bien minimale, ceci dit, puisqu’on y suit la routine d’un vieil employé au nettoyage des toilettes, solitaire et maniaque. Ses passions de collectionneur – livres et cassettes de rock seventies – dessinent le portrait d’un homme analogique plutôt que numérique. L’arrivée d’une nièce perturbe son rythme et le film enregistre ce délitement qui joue sur de petits riens.

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L’éloge delermien d’une vie délestée de l’instinct sexuel achoppe hélas sur un final bavard avec retour de refoulé familial qui se résout dans du bienveillant assez lourdingue. Malgré ces réserves, et quoique plutôt anodin, ce nouveau film d’un cinéaste-monde reste infiniment supérieur aux derniers Moretti ou Scorsese, pour citer deux autres récipiendaires lointains d’une Palme d’or.…

Éditorial culture de Romaric Sangars : Le sens de la fête

J’aime la période de l’Avent pour d’autres raisons que lorsque j’étais enfant et quoi qu’il s’agisse de raisons proches. Il est toujours question d’attendre que quelque chose advienne, de cultiver cette attente, une mise sous tension dans les nuits étirées. Les guirlandes électriques ornant les vitrines sont un bel indice du phénomène. Sauf que je n’attends plus une pile de cadeaux mais l’accomplissement de grandes promesses par lesquelles m’arracher à la mort, qu’il s’agisse de la mort physique comme de la mort spirituelle, la seconde, contrairement à la première, se présentant sans cesse à nous. On meurt par l’oubli de notre vocation profonde ; on meurt par fatigue, à ne plus rien chercher de neuf dans les plis de l’existence ; on meurt par relativisme, surtout aujourd’hui, à tout confondre pour ne plus rien assumer, laissant ce qui compte crever sous l’avalanche du factice. Comme le fait l’Europe depuis plus d’un demi-siècle.…

Partout, les saints : saint Raphaël, archange

En France, le diocèse aux armées a attendu 1998 pour étendre la protection de saint Raphaël à toutes les unités du renseignement ; pourtant, c’était évident depuis le début. Pour commencer, Raphaël n’est mentionné qu’une fois dans toute la Bible, dans le livre de Tobie, comme si c’était une photo mal ajustée, de trois quarts, volée au détour d’un checkpoint. Tobie, dans le livre qui porte son nom, est un jeune homme qui habite à Ninive, en Assyrie (aujourd’hui Mossoul, en Irak), où le peuple juif a été déporté. Il est chargé par son père, devenu aveugle et pensant qu’il va mourir, d’aller récupérer une somme d’argent en Médie (l’Iran actuel), en montrant là-bas, en signe de reconnaissance, un papier déchiré dont le créancier détient l’autre moitié. Au même moment, dans la « ville céleste » d’Ecbatane, au sud-ouest de Téhéran, la belle Sarah demande à Dieu de la faire mourir : ses sept fiancés successifs ont été tués avant la nuit de noces par le démon Asmodée.…

Panthéon à moustaches

Au printemps dernier, le petit père la Morale du journalisme nous intimait à un ultime « appel à la vigilance ». Un énième brûlot anti-fasciste passé inaperçu… Sentant le vent tourner, Plenel revient avec une nouvelle proposition littéraire : pour une fois, l’heure n’est pas à la dénonciation, le directeur de Mediapart a troqué sa moustache stalinienne pour une postiche plus « tendre » – il le dit dans une préface auto-congratulatoire comme les hérauts du bon goût savent si bien les faire. Il rappelle son statut de « journaliste inclassable » qui « dérange ». Ce qu’il appelle de ses vœux, c’est « de l’attention et de la précaution », et c’est pourquoi il nous inflige le portrait de ses douze inspirateurs (comme les apôtres chrétiens ! glisse- t-il avec une œillade complice). Un panthéon qui lui permet de rappeler qu’il faut réhabiliter à tout prix les « bons sentiments ».…

Lovecraft : la part de lumière du maître de l’ombre

Non, il ne s’agit pas de Mark Zuckerberg mais bien d’Howard Phillips Lovecraft, pape de l’horreur américaine disparu en 1937, au terme d’une existence discrète, à l’image de sa région natale – la très WASP et méconnue Nouvelle Angleterre. Après avoir été assimilé pendant des décennies à la littérature « pulp », de genre, on reconnaît désormais son talent visionnaire à l’égal de celui d’un Edgar Poe ou d’un Tolkien, on le tient enfin comme l’un de ces grands inspirateurs de la pop culture dont tout le monde se réclame bien que personne ne l’ait vraiment lu. Alors qu’une édition intégrale, complète et « raisonnée » de son œuvre vient d’être publiée par Mnémos, la petite maison d’édition Saint Jacques s’est penchée quant à elle sur un pan méconnu de ses écrits : sa correspondance, monumentale, qui pourfend la plupart des clichés véhiculés sur le « reclus de Providence ».…

L’Incorrect

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