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Béatrice Venezi, un grand chef

Votre livre Fortissima, paru en France en 2022, est une galerie de portraits de femmes musiciennes. On a plutôt l’habitude d’entendre des femmes de gauche sur ce thème…

Justement ! Je veux rééquilibrer l’engagement féministe, trop longtemps marqué d’une étiquette idéologique. Ce n’est pas un sujet de tel ou tel camp, cela appartient à tout le monde : les femmes doivent avoir les mêmes chances et les mêmes traitements que leurs collègues masculins. Y compris dans le milieu de la musique, où domine la mentalité de l’homme seul aux commandes. Dans ce livre j’ai réuni les histoires de seize musiciennes, que je qualifie de « rebelles », car elles m’ont appris le courage de se frayer un chemin dans la musique en étant femme. Des compositrices ou interprètes encore trop peu connues.

Vous avez également publié l’an dernier, en Italie : L’Ora di musica. Pourquoi écrire autant quand on a un agenda aussi rempli que le vôtre ?

Moix ouvre son débloc-notes

Publier comme ça un gros journal de 1200 pages, à 55 ans, c’est gonflé. Et ce n’est que le début : ce volume couvre l’année 2016- 2017, d’autres suivront, ce sera un «journal-fleuve », dit l’éditeur – les éditeurs, puisque Grasset (qui publie les romans de Moix) s’est associé à Bouquins (qui publie sa revue, Année zéro). Alors? On peut hausser les épaules, estimer que Moix passe trop à la télé pour être honnête, juger l’entreprise aberrante – option A. Option B, s’y pencher par voyeurisme, pour les portraits, les avis sur les vedettes et les écrivains, les piques. Il y en a moins qu’on imagine, mais elles sont loin d’être décevantes. Léa Salamé, égratignée sans méchanceté, en archétype de la femme de médias : « Sa culture générale est étrange : elle sait ce que Jean-François Copé faisait en juin 2002 mais n’a jamais entendu parler des Cent Jours.

Pierre Jourde : « La littérature n’est pas faite pour conforter »

La polémique de cette rentrée a trait au fait que Kevin Lambert a fait relire son roman par des « lecteurs en sensibilité ». Quel est votre avis sur la question ?

Un écrivain est assez grand je pense pour savoir ce qui est à même de choquer ou pas dans son texte. S’il doit faire appel à des professionnels pour ça, il devrait s’inquiéter, ou renoncer à écrire. C’est un premier point. Mais le fait est que nous sommes dans un monde où toutes sortes de catégories de gens ont développé une terrible susceptibilité et se déclarent choqués par n’importe quoi. Des étudiants désormais refusent d’étudier des textes classiques parce que les pauvres sont choqués par ci ou ça. Qu’ils renoncent alors aux études littéraires. La littérature n’est pas faite pour conforter, mais pour nous ébranler dans nos certitudes et notre confort intellectuel. Par ailleurs, que va faire un « sensitivity reader » lorsqu’un homme du XIXe siècle, personnage de roman, parle de « nègre » par exemple ?…

[Cinéma] Un prince : boutures sauvages

La singularité de Pierre Creton tient tout entière dans la première ligne de sa page Wikipédia : ouvrier agricole, plasticien et réalisateur français. Le goût des terroirs, des voyages et des rencontres érotiques façonne un univers singulier qu’on peut trouver cohérent et abscons à la fois. Dans Un Prince, l’initiation d’un double évident, suivi jusqu’à l’âge mûr, se fait par l’horticulture et l’homosexualité dans une atmosphère presque klossowskienne.

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Une polyphonie de voix rapportées, ne correspondant pas aux corps qui sont censés les émettre, tisse un récit où les creux et les écarts étonnent mais, à force, lasse aussi. Les textes en off, plutôt remarquables, écrasent sur la longueur la platitude des images. Un duo d’effets spéciaux numériques – l’un jouant assez gratuitement sur la prolifération ; l’autre, magnifique, sur la disparition – éclaire d’une lueur curieuse le vieux couple Eros et Thanatos.…

Antipop : Chloé Delaum, littérature acnéique

À une époque, Chloé, je t’aimais bien. Ta frange un peu sévère, ton look batcave, tes yeux pochés au khôl, tes autofictions poétiques toutes marquées du sceau du trauma?: je crois que j’étais un peu amoureux. Je t’avais même envoyé un mail du haut de mes 18 ans. Évidemment tu ne m’as jamais répondu. Je ne t’en ai pas tenu rigueur. Et puis le temps a passé. J’ai arrêté de m’habiller en noir et d’écouter Lydia Lunch. Toi et ton œuvre sont sorties de ma tête, même si régulièrement, dans l’angle mort de mon paysage littéraire, je comprenais vaguement que tu avais choisi une voie toute tracée?: celle du crypto-féminisme à tendance vaudoue, sœurs-sorcières et tout le tintouin. Avec cette tragédie familiale qui a éborgné ton destin, dur de faire autrement (ton père a tué ta mère devant tes yeux lorsque tu n’étais encore qu’une enfant). Au moins, tu es peut-être la seule des romancières misandres qui a de bonnes raisons de l’être.…

[Cinéma] Notre corps : prêchi-prêcha

Documentaire engagé et féministe – deux synonymes –, Notre Corps suit le parcours à l’hôpital de patientes affectées de maux divers, de projets de naissances à poursuivre ou non, à l’antichambre de l’agonie. C’est autrement dit une superposition de tranches de vie ou de maladies, qui joue sur toutes les couleurs du prisme. Claire Simon a le goût hélas douteux de s’inclure parmi les femmes souffrantes (on lui découvre un cancer), forçant la sympathie du spectateur.

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C’est bien la seule dont on saura à la fin qu’elle s’en est sortie. Son regard sur les anatomies, d’abord pudique, vire à l’indéfendable dans une séquence préopératoire avec une fan (« Claire Simon, c’est génial ! »). Deux séquences retiennent l’attention: un tutorat de fécondation in vitro, quasiment un jeu vidéo. Et plus encore, la consultation d’une lycéenne en transition, sidérée quand elle apprend qu’aucun protocole ne lui permettra de produire du sperme.…

[Cinéma] L’autre Laurens : néo-polar fluo

En 2023, le néo-polar palpite encore un peu, comme l’indique la première séquence de L’Autre Laurens, avec son réverbère étirant sa double lumière comme une soucoupe volante prête à quitter la Terre. L’intrigue fumeuse et décalée trace un trait d’union entre le nord de la France et la Costa Brava, un détective privé et son méchant jumeau, une nièce fatale et sa belle-doche. Le vieux film noir se requinque aux giclures fluo, entre F.J. Ossang, les frères Coen et le sempiternel David Lynch.

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La prime est donnée aux trognes à la Kaurismaki et à un humour pince-sans-rire d’Audiard psychorigide. Si le film se suit sans ennui, il semble dérouler sous lui une autoroute de vide, parcourue de références chics. La plus belle et la mieux amenée détourne le final électrisant de The Shooting (Monte Hellman, 1966), sans oser conclure aussi sèchement.…

[Cinéma] Le règne animal : monstre-toi !

Après Les Combattants, galop d’essai césarisé et la série (Ad vitam), voici Thomas Cailley de retour avec son plus mauvais film. Le Règne animal mime en vain le block- buster : famille menacée en fuite, métamorphoses homme- animal à la douzaine, et l’armée sur la brèche pour contenir une épidémie d’hybridations. En bref, La Guerre des mondes mais dans les Landes, avec un virus à la place des aliens.

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Problèmes : l’abus de genres US – teen movie, body horror, road movie – noie toute unité de ton ; les personnages sont trop ou mal caractérisés; et les militaires semblent sortis tout droit de La Septième Compagnie. Cette greffe Spielberg-Téchiné doit en plus s’accommoder d’un hymne bidon et opportuniste au véganisme pour tous. Seul Paul Kircher (Le Lycéen), enfin convaincant, sauve les meubles, grâce notamment aux effets spéciaux qui rythment ses mutations.…

L’Incorrect

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