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[Cinéma] Dogman : Besson moins nul que d’habitude

Les films de Luc Besson appartiennent à un monde à part où on ne peut les mesurer qu’à leurs pareils, d’autres séries Z à gros budgets, mais dont les résultats des investissements ne sont même pas décelables à l’écran. Dans cet ordre, DogMan bénéficie d’un statut éminent de par la présence de Caleb Landry Jones. Souvent histrionique, l’acteur surprend ici par une composition en creux pour rendre une figure de bric et de broc.

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Son personnage emprunte ainsi au Pingouin de Tim Burton, à Mabuse, une armée de chiens à sa botte mais aussi à l’art du drag dans un numéro assez beau sur du Piaf. D’abord catastrophique, avec une enfilade de flash-back hideux sur l’enfance traumatique du héros, le film se bonifie grâce au charme ironique que parvient à insuffler Jones. Quelques bonnes idées – les cambriolages par un Milou malin, l’agent d’assurances tête-à-claques – assurent un léger intérêt jusqu’à un final christique qui tente de surcoter le tout.…

[Cinéma] Lost country : Serbie année zéro

Belgrade 1996 : un pataquès électoral plonge la Yougoslavie dans le chaos et plusieurs mois de manifestations: Milosevic, par le biais de sa porte-parole, refuse de reconnaître sa défaite à la présidentielle, et le fils de celle-ci, collégien mutique, devient soudain l’ennemi de ses amis. Partiellement autobiographique, Lost Country fusionne deux des trois segments du récent The Fabelmans, le trauma maternel et le questionnement identitaire, en un ensemble moins bravache et auto-publicitaire.

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Plus qu’à Rossellini, influence revendiquée, Vladimir Periši? fait penser à un Bertolucci engourdi qui figerait l’intime et le politique dans la froideur d’un hiver sans fin. La patine des années 90 semble rendue naturellement, tant la Serbie est bloquée dans une autre temporalité, comme certaines villes de province. Ce charme bizarre est la principale qualité du film, avec l’interprétation du jeune Jovan Ginic. Dommage qu’un finale décliné sur Allemagne année zéro verse dans un tragique un peu téléguidé.…

Éditorial culture de Romaric Sangars : cher Kevin Lambert

À partir de quand le mot “sensible” est-il devenu un défaut ? », demandais-tu, l’air grave et candide, sur France Inter le mois dernier, lisant un texte inédit pour répondre à la polémique qui enflait depuis une dizaine de jours au sujet de ton emploi d’une lectrice en « sensibilité » pour corriger la copie de ton second roman, Que notre joie demeure, en lice pour le Goncourt. Puis tu dérivais vers un amalgame brutal, pédant et confus entre la littérature comme art et une sensibilité sans filtre, jusqu’à accoucher notamment de cette phrase étrange et maladroite: «Les affects creusent dans l’espace sans forme où il n’y a pas de “moi” possible, pas de nom, pas de genre. On donne à ce lieu, je l’apprends plus tard, le nom de littérature. » On comprendrait que les affects creusent dans un mur ou une carapace, mais dans un «espace sans forme», cher Kevin, c’est-à-dire un espace tout court (parce qu’un espace avec forme devient de facto la forme en question, qu’il s’agisse d’un cube ou d’une voiture de course), dans un espace tout court, donc, on ne voit pas trop ce qu’il reste à creuser.…

[Cinéma] Les feuilles mortes : maudits temps modernes

Raide et coloré, mutique et rock’n’roll, le cinéma d’Aki Kaurismäki a souvent buté sur des effets de signature un peu trop envahissants, sans atteindre toutefois le mercantilisme repoussant d’un Almodóvar. Son nouveau film, Les Feuilles mortes (Prix du jury au dernier Festival de Cannes) fonctionne à l’économie. Le découpage ne s’autorise aucun plan inutile. La simplicité va avec la précarité de la vie, comme on entend à la radio, emplissant le studio de l’héroïne, des nouvelles de la guerre en Ukraine.

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L’amour entraperçu puis égaré – un ouvrier qui cache son alcoolisme – repassera-t-il ? Relevant du genre délicat de la rencontre avortée comme Solitude (Paul Fejos, 1928) ou Elle et lui (Leo McCarey, 1938 et 1957), cette romance en pointillé s’autorise à peine un baiser. La noblesse un peu rugueuse des amoureux – idéalement incarnés par Alma Pöysti et Jussi Vatanen – rappelle le cinéma muet dont Kaurismäki a été l’un des derniers représentants (Juha, 1999).…

[Cinéma] La petite : exquis

Il fut un temps où la comédie italienne prenait en charge la rapidité inexorable des changements sociaux en pointant les ridicules et la démence partout où ils se trouvaient. C’est désormais chose impossible; qui se veut critique doit avancer masqué. Avec l’argument de La Petite, d’après un roman de Fanny Chessel, un Risi s’en serait donné à cœur joie, mais Guillaume Nicloux doit marcher sur des œufs, d’où l’abondance d’abord injustifiable de musique émotionnelle. Car, derrière cette histoire de grand-père courage qui veut retrouver la mère porteuse enceinte de son fils gay décédé, se cache bien la folie de l’époque.

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Comme réinitialisé par ses formidables partenaires, Mara Taquin et Maud Wyler, Fabrice Luchini ne s’est jamais autant mis au service d’un scénario depuis vingt ans. L’intelligence de l’écriture montre comment son personnage s’adapte à un matriarcat de fait, qui le voit transformé au final en vieille lesbienne.…

Les critiques musicales de septembre

RÉSURRECTION RÉUSSIE

THE BALLAD OF DARREN, BLUR, Parlophone, 16,99 €

Doit-on retrouver nos amis du lycée, vingt ans plus tard? Que leur dira-t-on? Les conversations auront-elles la même saveur, la même innocence, la même intensité ? C’est un peu les mêmes questions que l’on pourrait se poser concernant les membres d’un groupe culte qui se reforme. Blur a été grand, parfois majestueux (ô la première moitié de l’album Think Thank !), puis Graham Coxon et Damon Albarn ont décidé d’entamer une première rupture, avant de se retrouver en 2015, soit douze années plus tard, pour enregistrer un album très honorable. Pendant cet intermède, Coxon et Albarn ont montré, avec des disques toujours réussis, à quel point ils étaient, même l’un sans l’autre, des compositeurs majeurs. Les voilà désormais réunis avec ce nouveau disque nommé The Ballad of Darren. On peut toutefois se demander si l’influence de Graham Coxon est encore palpable dans la musique de Blur ?…

[Opéra] Macbeth de verdi à Salzbourg : une routine post-moderne

L’incapacité d’engendrer produit des monstres. Perverse parce que stérile, Lady Macbeth est obsédée par les enfants, omniprésents sur la scène du Grand Palais des Festivals. Même les sorcières, enfermées dans une cage, ont des têtes d’enfants. Sur fond d’analyse psychiatrique, Krzysztof Warlikowski accumule références au cinéma et autres signes plus ou moins déchiffrables. Comme d’habitude, son théâtre est moins une narration qu’une séance d’exorcisme. Le pouvoir n’est rien si on ne peut pas le transmettre. Le roi usurpateur côtoie Œdipe, sa descente aux enfers prend des couleurs de tragédie grecque, sans que le drame de Verdi s’en trouve vraiment malmené. Le sulfureux déconstructeur aurait-il épuisé ses forces ? Au moins la technique est impeccable. À condition d’oublier le concept et de pardonner le flou, on trouvera les décors luxuriants, les mouvements réussis, la direction d’acteur superbement maitrisée.

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Il est vrai que les interprètes ont été choisis surtout pour leur talent scénique.…

[Cinéma] Le procès Goldman : Kahn coupable

Chantre à ses débuts d’un naturalisme morne, Cédric Kahn s’est converti depuis une décennie à une écriture plus télévisuelle où chaque résolution est calculée dès l’argument de base. Exemple avec La Prière (2018): un jeune drogué sera-t-il sauvé de son addiction par Dieu ou par l’amour d’une femme? On devine d’emblée la réponse. Mais avec Le Procès Goldman, un nouveau cap est franchi: Pierre Goldman est-il innocent du meurtre des deux pharmaciennes tuées lors du hold-up du 19 décembre 69 (cf. encadré) ou bien n’est-il pas coupable? Kahn a fait son choix. Ce qui frappe en premier lieu dans ce huis clos judiciaire, c’est l’indigence de l’interprétation. Tout le monde joue à côté de son rôle, en dessous ou au-dessus. Est-ce parce que Kahn filme à trois caméras et que les acteurs ne savent jamais quand ils sont regardés ? Le casting s’attache surtout à viser le symbolique : Arieh Worthalter est certes à l’opposé du physique de Goldman, mais son nom est complémentaire si l’on traduit de l’allemand : « L’homme en or qui tient sa parole », la preuve, le prévenu refuse de nommer son délateur.…

L’Incorrect

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