
Un des nombreux paradoxes de la littérature contemporaine américaine, c’est qu’elle évite en général de parler d’argent. Pour un peuple aussi prompt à dégainer ses mantras ultra-libéraux, ça ne laisse pas de surprendre. Comme si la chose littéraire devait flotter au-dessus de ces trivialités. L’une des seules à avoir bravé l’interdit, c’est probablement Ayn Rand, prêtresse de la pensée libertarienne avec son brûlot anti-communiste La Grève, best-seller de l’année 1957 qui glorifiait l’entreprise individuelle. Autre temps, autres mœurs : si Hernan Diaz s’intéresse aux ressorts mythiques du capitalisme à travers le prisme déformant d’une vraie-fausse biographie d’industriel au mitan des années 20, c’est pour mieux raconter l’Amérique d’aujourd’hui, une Amérique paupérisée, fracturée, malmenée par deux siècles de capitalisme sauvage. Peu d’écrivains américains « natifs » ont osé ainsi prendre le taureau par les cornes. Les années 20 voient la spéculation grimper en flèche grâce à l’arrivée des « téléscripteurs » qui permettent pour la première fois une récolte d’informations quasi-instantanée, et constituent, selon Diaz, la matrice de notre modernité.…








