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Les critiques littéraires de juillet

L’art de la ruine

Leur Chamade, Jean-Pierre Montal, Séguier, 254p., 20€

Chaque écrivain à son Orient, un monde alternatif où rejouer les drames sous une lumière plus chaude, un rêve qui hante le réel commun pour en révéler les angles morts. Cet Orient peut être une époque, un espace ou les deux. Comme Liberati, Montal a le sien, d’Orient, dans les années 60, mais selon une nuance plus française et mélancolique, et son soleil défunt est ici représenté par une affiche de La Chamade d’Alain Cavalier, un film avec Deneuve et Piccoli, tiré d’un roman de Sagan, qui sort à contretemps en 68, avec son parfum de vaudeville bourgeois amer et sentimental très éloigné de la poussée de fièvre révolutionnaire. Cette affiche est aussi l’icône d’une rencontre, puisque c’est à l’occasion du tournage de ce film que se noue la liaison entre Jacqueline et François, comme la robe Yves Saint-Laurent que Jacqueline est amenée à porter alors, deviendra un fétiche que sa fille, Edwige, hésite à laisser sous terre ou à revêtir à son tour à l’ouverture du roman: les funérailles de Jacqueline lançant l’intrigue d’un grand fash-back corrigé par la découverte d’un second volume de son journal intime, et où se mêlent également les souvenirs d’une relation de l’héroïne avec un architecte génial de vingt-cinq ans son aîné: Daniel Giesbach, désormais rattrapé par la vague puritaine américaine.…

Baxter Dury : nonchallance et chic british

Baxter a la classe. Il a vite pigé qui il était : ce charme singulier, cette élégance débraillée, ce chic… Récupérez tous ces mots : vous pouvez les attribuer à sa musique. Baxter habille ses compositions comme il se pare lui-même, cravate raffinée et cheveux en bataille. Dès son premier album Happy Soup sorti en 2011, il a défini la recette. Une basse en avant avec des rythmiques sobres, des chœurs féminins et cette voix trainante mêlant le talk over d’un crooner cockney et des mélodies chantées avec une nonchalance charmante et faussement fébrile. Il creuse depuis ce sillon qui lui va si bien. Peut-être se répète-t-il un peu, reproduisant une manie musicale qui, si elle fonctionne, manque parfois d’originalité après tous ces albums. Pour- tant, en continuant d’écrire ses textes doux-amers, emprunts d’une mélancolie ironique, il n’en est pas moins devenu une figure essentielle de la scène musicale anglaise.

Une enfance étrange

Son sixième disque intitulé I Thought I Was Better Than You (cette sentence s’adresse probablement à son défunt père, le chanteur Ian Dury, auteur de la chanson « Sex, Drugs & Rock’N’Roll ») est une confession poétique sur son passé.…

Qui, mais qui ? Jean-Louis Bergheaud Murat

Coup de com’ macabre et ironique en cette fin de mai : alors que PIAS décidait d’éditer, le 26, un imposant Best-of (nom stupide) de Jean-Louis Murat, le chanteur, stupéfiant tout le monde, décédait… la veille. Coup de com’ raté puisque la mort du chanteur éclipsait la sortie du disque (sur la pochette duquel, comble de l’ironie, on devait y voir Murat en jardinier – pelle à la main, creusant la terre – mais que l’on ne perçoit plus qu’en fossoyeur), et la lumière fut alors moins faite sur la qualité de ses chansons que sur celle de ses interventions médiatiques. En résumé, on statufiait le chanteur en un genre de Jean-Pierre Mocky des variétés, prodigue en saloperies percutantes (« Johnny, c’est le ringard absolu qui fascine par une sauvagerie de chien husky à qui on a coupé la queue. », « Renaud est si con qu’il pourrait s’appeler Citroën. », « Angèle, c’est une Chantal Goya 2.0.

[Cinéma] La beauté du geste : stade terminal

La Beauté du Geste en raconte peut-être plus sur l’état du cinéma japonais actuel que sur son sujet : le parcours chaotique d’une malentendante dans l’univers de la boxe semi-professionnelle. Avec un style impressionniste et d’une rare âpreté, qui refuse toute psychologie au point de flirter avec l’autisme, le réalisateur Shô Miyake livre un produit étrangement déceptif, presque masochiste, qui se charge d’éliminer tous ses effets et toutes les attentes du spectateur avec une constance impressionnante.

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« Petit, lent mais constant », c’est d’ailleurs le titre original du film ; une description en creux de cette anti-héroïne minérale, dont nulle émotion ne sort en 1 h 39 alors qu’elle est presque de tous les plans. Quant aux matchs de boxe, on n’en verra rien si ce n’est une succession de photogrammes volontairement figés. Une étonnante contre-performance, filmée en 16 mm dans une banlieue triste et sale de la capitale, et dont ne ressortent que des lavis beiges et des couleurs passées.…

Vannina Santoni : droit d’excès

Oubliées après leur composition (1885-87), c’est en 1903 que les « Ariettes » tirées de Verlaine revoient le jour après une profonde révision, où Debussy maintient l’accompagnement du piano. Plusieurs admirateurs posthumes se chargeront de l’orchestration, jusqu’à notre contemporain Robin Holloway, compositeur « néo-romantique » anglais, qui est allé plus loin dans la tâche. Non content de repeindre les six morceaux en couleurs symphoniques, il en change l’ordre et y rajoute quatre mélodies ultérieures de Debussy, cousant l’ensemble avec de brefs interludes de sa propre main, avant de fermer ce patchwork sur un développement, emphatique à souhait, de « La mer est plus belle que les cathédrales » (1891).

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Louable intention d’unité, débouchant tout naturellement sur les trois tableaux symphoniques de « La mer », chef-d’œuvre de peinture sonore qu’exalte l’Orchestre Philharmonique de Radio France, porté sur les cimes par la baguette de Mikko Franck.…

[Cinéma] Strange way of life : clinquant mais vain

Qui peut le plus peut le moins. Pedro Almodovar semble bien connaître cet adage : après le télé-achat (La Voix humaine, son précédent et premier court-métrage en anglais), voici le publi-reportage pour un grand couturier (Strange way of life, son second). La maison Yves Saint-Laurent assure tous les costumes de ces cow-boys très chics dans ce qui a été vendu comme un remake de Brokeback Mountain. On ne voit guère que deux motifs s’aboucher paresseusement : le retour d’un grand amour (Johnny Guitare) et l’affrontement avec l’objet du désir (Duel au soleil).

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Malgré le luxe de la marchandise vantée, le produit manque d’attrait. Derrière le « travail sur le genre », on renifle sans coup férir la pompe à fric. Ethan Hawke et Pedro Pascal, dont on remarque surtout les dents impeccables, font ce qu’ils peuvent au long d’interminables dialogues.…

[Cinéma] Les avantages de voyager en train : psy-show

Dans un TGV espagnol, une éditrice fait la connaissance d’un psychiatre bavard qui la captive par ses récits de monomanie. Sur cette entame bunuelienne, Aritz Moreno va procéder comme le Quichotte et multiplier les histoires se ramifiant jusqu’à plus soif dans le bizarre et le scabreux. Les Avantages de voyager en train feuillette la fiction et les identités comme du Raoul Ruiz, mais sans son charme d’illusionniste. Le baroque hésite ici entre Jeunet vicelard et Gondry adulte. Pourtant, dans une seconde partie où la voyageuse se charge de la narration, une histoire bien menée tranche avec le reste.

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Ce double cas pathologique, qui n’aurait pas déplu à Marco Ferreri, fonctionne enfin à l’économie en se reposant sur les acteurs. Les remarquables Quim Guttiérez et Pilar Castro jouent en effet leur partition dans une progression des sentiments qui ne se départit jamais d’un certain mystère.…

Théâtre en Dauphiné

La cinquième édition du Festival de Cuirieu, fondé et dirigé par un vigneron passionné de culture, Charles-Louis de Noüe,  et par un homme de théâtre, Émile Azzi, se tiendra les vendredi 4 et samedi 5 août à 20h30 au château de Cuirieu en Dauphiné, près de La Tour-du-Pin. Après s’être penché plusieurs années durant sur l’œuvre du dramaturge catholique Paul Claudel, qui possédait non loin de là une propriété dans le village de Brangues, le festival explore cette année l’héritage monastique de notre pays.

A cet effet, il propose une pièce d’Émile Azzi intitulée L’abbaye du Phénix. Le feu des pierres. Jouée par la compagnie « A Ciel ouvert, les justes causes», elle est consacrée à l’histoire de l’abbaye pyrénéenne de Saint-Pé-de-Bigorre, fondée au XIe siècle par le duc Sanche de Gascogne, endommagée au XVIIe siècle par un important tremblement de terre et dont ne subsistent aujourd’hui que quelques vestiges qui ont peiné à trouver une nouvelle destination.…

L’Incorrect

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