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[Cinéma] Le grand chariot : consanguin

À force de voir du sexisme partout, on oublie qu’il existe des lieux où il pullule sans être jamais recensé : les films de Philippe Garrel. Dans Le Grand chariot, une troupe de marionnettistes périclite après la mort du père. Alors que les hommes exercent leur art, les femmes font la popote ou les petites mains, et quand elles doivent reprendre la compagnie, c’est la Bérézina. Les jeunes actrices interchangeables – molles à cheveux longs – peuvent passer d’un gars à l’autre, il faut attendre une heure de film pour qu’on daigne leur donner un nom. Les filles Garrel, elles, sont sans sexualité, sauf Esther qui trahit. Quand un personnage doit déclarer son fils, le prénom oublié et choisi est Edouard, comme Balladur dont Garrel représente un bon équivalent dans le genre bohème subventionnée. Consanguin et sans vie, Le Grand chariot est une immondice.

LE GRAND CHARIOT (1 h 35), de PHILIPPE GARREL, avec Louis Garrel, Damien Mongin, Esther Garrel, en salles le 13 septembre.…

Pierric Bailly, subtilité des chocs

Avec sa silhouette de technicien de théâtre : éternels sweatshirt et casquette noire, Pierric Bailly s’est taillé une place à part sur la scène littéraire actuelle. Né et retourné dans la campagne jurassienne, dont il a fait la toile de fond de ses romans, mais ayant aussi vécu à Montpellier où il a étudié les Arts du spectacle, mais encore, ayant travaillé à l’usine et enchaîné des petits boulots avant de revenir sur la terre natale pour « vivoter » de l’écriture puis de s’installer à Lyon en bénéficiant d’un succès surtout critique, l’auteur n’exhibe pas un CV commun. Avec Nicolas Mathieu, il est l’un des rares auteurs à couvrir l’angle mort de la sociologie nationale : ni Paris, ni banlieue, mais cette France périphérique inaperçue par les médias ; et à mettre en scène des vies simples, en apparence, n’ayant aucune valeur ajoutée idéologique ; des personnages qui ne sont les symptômes de rien si ce n’est du tragique éternel.…

Féminicène : le féminisme du réel

En ces temps où seul le néo-féminisme radical est médiatisé, voici un livre salutaire qui propose une pensée féministe structurée et documentée. Au cœur de la thèse de Véra Nikolski, docteur en sciences politiques, une hypothèse qui fera grincer des dents les activistes pour qui le combat est d’ordre « culturel ». Dans le sillage d’Emmanuel Todd, Nikolski balaye d’un revers de main la légende dorée du féminisme, estimant que l’émancipation des femmes est principalement la conséquence du progrès technique – d’un monde devenu globalement plus « liquide » et plus souple grâce à la science et à l’économie de marché.

C’est à cette « pacification technique de l’Occident » que les femmes devraient leur liberté, et non à leurs luttes politiques. De là à dire que les femmes ont davantage reçu leur liberté des hommes qu’elles ne l’ont gagnée à la sueur de leurs protestations, il n’y a qu’un pas que Nikolski franchit allègrement – et Simone de Beauvoir avant elle, comme le rappelle l’auteur.…

Éric Reinhardt : «Je suis du genre à considérer l’art comme un rite séculier»

Votre roman L’Amour et les forêts, dont l’adaptation cinématographique est sortie cette année, avait donné lieu à un conflit médiatisé avec une lectrice qui vous accusait d’avoir utilisé, pour l’écrire, son histoire et votre correspondance. Ce transfert d’histoire entre une lectrice et un écrivain constitue le cadre-même de votre nouveau roman. Est- ce une manière de légitimer la pratique, d’en mettre en scène la dynamique vertueuse ou bien cette mésaventure vous a-t-elle inspiré le scénario d’un transfert idéal ?

Il n’y avait, de ma part, aucune intention de cet ordre, la dispute qui m’a opposé à cette lectrice a été de courte durée, nous nous sommes expliqués puis réconciliés. Je n’ai pas écrit mon livre en réaction à cet épisode. En revanche, il est exact que je suis parti d’un message puis d’un mail de deux pages que m’a envoyés une lectrice, que je ne connaissais pas, suite à la lecture de mon roman La chambre des époux.…

[Cinéma] Le gang des bois du temple : casse et vengeance

Le surnom officiel de Rabah Ameur-Zaïmeche (Terminal Sud), RAZ, nous a d’abord donné l’envie de titrer cette notule à l’aveugle : « RAZ le bol », tant son cinéma de bande prétendument abrasif et politique s’est toujours révélé informe et vaniteux. Mais voilà, Le Gang des bois du temple, en assumant plusieurs sous-genres policiers – casse et vengeance – lui permet de surmonter ses principaux défauts. Le fil narratif, d’abord lâche, permet la circulation de l’air entre les plans, posant les enjeux et le sac d’ennuis à venir que représente le hold-up d’un prince saoudien par des banlieusards au parfum.

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Si RAZ a toujours du mal avec les personnages féminins et les dialogues (lesquels se trouvent heureusement réduits au strict nécessaire), la patiente mise à jour d’un impensé antonionien perturbe le glacis de surface. La tension qui en découle éclate lors d’une transe magistrale en plein live de Sofiane Sadi.…

Éditorial culture de Romaric Sangars : Dernières tendances

La rentrée littéraire est en pleine déflation : 466 livres, c’est le niveau de marée romanesque le plus faible depuis août 2000. Crise du papier, chute des ventes, fatigue du pilon, les raisons sont nombreuses. La masse produite n’en reste pas moins considérable et toujours une spécialité française. Le problème, en la matière, n’est pas tant la surproduction que la qualité réelle des quelques livres qui résisteront au reflux, ainsi que la variété qu’elle offre, cette marée, bien moindre, à l’analyse, que ce que de tels chiffres pourraient laisser supposer. Nous pouvons d’ailleurs résumer à quelques tendances l’essentiel de cette grosse salve d’automne : on y trouve la littérature rapport-sociologique, la littérature sœur-sorcière, la littérature dépôt-de-plainte, la littérature confession-et-résilience, la littérature identité-minoritaire, la littérature récit-de-viol, la littérature rappelle-toi-l’Occupation, la littérature enquête-historique, la littérature rééducation-masculine, la littérature « Je-est-un-autre » -en-conséquence-de-quoi-Gérard-devient-Géraldine ou bien l’inverse, la littérature femme-de-l’ombre-mise-en-lumière ou littérature de rattrapage féministe, la littérature secret-de-famille, la littérature dénonçons-le-fascisme-à-venir ou néo-néo-orwellienne, la littérature portrait-de-femme-forte ou littérature d’empouvoirement féministe, la littérature éco-anxieuse, et finalement pas trop d’autofiction (voici un genre épuisé).…

[BD] Supermatou : joyau retrouvé

À Raminagroville, Modeste Minet et son chien Robert se transforment, la nuit venue, en Supermatou et son cerveau-chien, s’envolent et font régner l’ordre que ne parviennent pas à troubler des hordes de malfrats qui sèment la pagaille en voulant s’enrichir sans travailler – car telle est la vie nocturne des villes de province dans les bandes dessinées. C’était du temps où Pif accueillait des dessinateurs talentueux et des coloristes adorant les couleurs vives, du temps où les typographies étaient molles et les scénarios inclassables. Supermatou, droit sorti des années 70 (ce volume regroupe des histoires parues entre 75 et 78), est une débauche de roses, d’oranges et de violets, de cases surchargées (mais lisibles), de personnages ahurissants, de maisons vivantes et de dialogues soigneusement écrits.

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Les histoires ? Le méchant récurrent est un bébé avide et maléfique, Agagax (« intraitable téteur tyrannique »), un épicier fou hypnotise toute la ville grâce à ses nouilles faites maison pour vendre à prix d’or du saumon fumé, un hyper-expert-comptable-à-moteur (il a une clé dans le dos) vole à 53 km/h en suivant partout Supermatou… Poirier mélange avec bonheur Benoit Brisefer et Mordillo, ajoute un peu de King Kong et de Superman, dessine la nature comme Macherot la rêve, surveille le Concombre masqué sans tomber dans ses outrances, ose tout sans braver l’honnêteté, évoque l’actualité de façon si détournée qu’on peine à déceler la satire sociale.…

Les critiques musicales de l’été

TOUT À FAIT ROMANESQUE

JOY ALL, JENNY LEWIS, Blue Note, 19,99 €

Jenny Lewis a été actrice de sitcom dans son enfance puis son adolescence, elle a aussi été le modèle pour la poupée Barbie western, avant d’interpréter de nombreux personnages de teenmovie américains. À vingt ans, elle se met sérieusement à la musique dans le groupe Rilo Kiley. Bon, Cocteau aussi faisait un peu de tout. Passons. Jenny Lewis est désormais musicienne – et pas la plus mauvaise. Elle eut souvent pour collaborateurs des compositeurs qui composaient autant qu’ils étaient ses compagnons. C’est romanesque. Les albums n’étaient pas mauvais ; en revanche, nous ne savons rien de ces relations. Jenny Lewis mêle la pop, la folk et la country dans la plus pure tradition américaine. Elle fait les yeux doux à chacun des membres de ces petites sectes charmantes. Sûrement est-elle tout à fait honnête. Nous n’en doutons pas.…

L’Incorrect

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