





Sandra (Sandra Hüller) est un écrivain célèbre du genre Angot autofictif. Allemande d’origine, elle a suivi le père de son fils, avec qui elle communique en anglais, jusqu’à un trou montagnard où ils habitent un chalet anonyme à peine fonctionnel. Semblant ne pas connaître l’existence des droits d’auteur, notre autrice vivote de traductions, alors que son français est très insuffisant. Samuel (Samuel Theis), le malheureux compagnon de Sandra, tente d’écrire des romans impubliables. Juste avant sa chute mortelle, il diffuse à tue-tête et en boucle un instrumental mariachi d’après un rap « misogyne » (sic) pour gêner l’interview que Sandra donne à une thésarde enamourée. Cette pollution sonore sera sa seule manifestation dans le film. On suppute le pauvre type, ce qu’indique la pénible scène de ménage bergmanienne en flash-back, où, bien sûr, il se fait écraser. Daniel (Milo Machado Graner) est l’enfant du succès et de l’échec. Un drame affreux, digne d’un soap mexicain, l’a rendu malvoyant (il aurait pu y laisser la vue, mais s’il y voyait vraiment que dalle, il n’y aurait pas eu de film).…


Les Tuches 4, Ducobu Président, Irréductibles, Joyeuse Retraite 2, Rumba la Vie… ces titres ne vous disent rien ? C’est probablement parce que vous faites partie d’une élite citadine enfermée dans sa tour d’ivoire floquée CSP+. La preuve, vous tenez L’Inco entre vos mains manucurées. Pourtant, le succès d’un certain cinéma français est encore porté par ce genre de comédies qui conquiert les foules au-delà du périphérique : la saga des Tuches, par exemple, réalisée par l’ancien compère de Kad Merad, Olivier Baroux, comptabilise près de 20 millions d’entrées. Pas mal pour un succédané balourd de Bienvenue chez Les Ch’tis et de Milliardaire malgré lui, qui capitalisa en son temps sur le succès des Gilets Jaunes et sur une certaine revanche vis-à-vis du déclassement populaire, bien destiné à affronter le macronisme tout puissant à coups de blagues vulgaires et d’enracinement proto-beauf. Et si le dernier Astérix de Guillaume Canet n’a pas rencontré totalement son public, c’est peut-être justement parce qu’aujourd’hui, les comédies qui fonctionnent sont des produits marketés qui s’adressent directement à des communautés : on a la comédie pour quinquagénaires figaro-compatibles (Joyeuse Retraite, Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu), celle destinée aux jeunes de banlieues qui flatte vilement une forme d’identité « gentiment » anti-française totalement surjouée (Taxi, Neuilly sa Mère), la comédie pour enfants dégénérés (L’élève Ducobu et autres lugubres Blagues de Toto), la comédie à destination des « célibattantes contre la ménopause » (Rumba la vie, Les Cyclades).…

« Someone shot nostalgia in the back ». Prenez ces paroles de Who killed Mr Moonlight ? (Bauhaus, Burning from the inside, 1983), changez la nostalgie par l’ennui, et vous avez nos vies modernes sans continuité, avides de prothèses numériques, où l’attention a tourné depuis longtemps à la folle du logis. Un seul endroit subsiste où l’ennui existe à l’état de mines inexplorées, les salles de cinéma. Et un genre bien particulier, plus encore que les films d’auteur « prise de tête », comme disent ceux à qui il ne viendrait jamais l’idée de se la prendre justement, le cultive : les blockbusters d’été. Deux sont tombés sous nos yeux, l’un révélant sa jungle abyssale d’ennui touffu, là où l’autre plus pudique ne laissait deviner qu’un simple bosquet, en bout de course…
Avec l’âge, le prêt-à-regarder ne subsiste plus chez nous qu’à l’état de traces. On a normalement vu tous les Indiana Jones – avec un doute presque inquiétant sur le 4ème, Le Royaume de Cristal – et ne surnage qu’une scène : un patibulaire basané faisant une démonstration d’armes blanches devant Harrison Ford qui l’abattait, sans autre forme de procès, d’un coup de feu.…
L’Incorrect
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