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[Cinéma] Sous le soleil de l’Islande : entretien avec Hlynur Palmason

À l’origine du film, il y a une poignée de photographies qui auraient été prises par un prêtre en Islande au début du XXe siècle.

J’ai pris soin de semer le doute sur ces photographies. Elles sont une pure fiction, mais elles ont été décisives dans le développement du projet. Quand j’ai commencé à écrire le scénario, en 2013, j’ai eu pendant longtemps des problèmes avec le film, il me manquait un déclic. C’est lorsque j’ai commencé à imaginer mon personnage de prêtre muni d’une caméra que les choses se sont enchaînées. Les prêtres missionnaires devaient souvent documenter visuellement leur mission, j’ai commencé à imaginer ces images et cela a stimulé le processus d’écriture.

Le choix du format 4/3, l’économie très stricte des mouvements de caméra, les cadrages évoquent immédiatement le cinéma muet…

Je suis un grand admirateur du cinéma muet, il m’a beaucoup inspiré à cause de son aspect très physique, et le format 4/3 relève de ça, parce qu’il utilise toute la surface du négatif. C’est un très beau format que j’ai choisi parce que j’avais des problèmes avec le Super 35, le format avec lequel j’ai tourné mon film précédent. Je ne le trouvais pas très intéressant pour cadrer les visages et pour le rendu expressionniste que je cherchais sur Godland. Le 4/3 s’est donc imposé pour les visages, mais aussi pour les paysages, qui deviennent luxuriants et beaux, tout en gagnant en intimité. Avec le 4/3, chaque mouvement d’appareil devient presque essentiel, on n’a pas besoin d’en faire trop. De plus, il rappelle le format de l’appareil qui est utilisé par le héros du film, qui est une caméra de huit pouces sur dix. Je tiens à préciser qu’il n’y a aucune retouche numérique sur le film.

Lire aussi : [Enquête] Culture : bilan d’une année woke

Godland a été intégralement filmé sur des lieux que vous connaissez parfaitement, puisqu’il s’agit de votre région natale, où vous vivez toujours.

Oui, c’est très important pour moi, et j’aime beaucoup travailler avec des lieux que je connais, écrire pour des lieux que je peux revisiter en écrivant. J’aime aussi écrire pour des acteurs précis, je sais qui va parler et qui va se déplacer dans ces paysages. Cela m’aide vraiment à imaginer l’ambiance et la couleur du film. Mais tourner dans cette région était aussi une gageure, car elle est très sauvage, très difficilement praticable. Nous avons souffert autant que nos personnages en acheminant le matériel de tournage sur ces plateaux reculés, parfois à pied, souvent à cheval. Je crois que cette épreuve physique vécue par toute l’équipe se ressent dans le film. Il s’agit d’un petit film artisanal, mais les conditions de tournage lui ont conféré une dimension épique. C’est un mélange assez radical d’intimisme et d’ambition. [...]

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[Cinéma] Tempête : tristesse et jubilation 
Zoé grandit dans le haras de ses parents où elle lie une relation très intense avec une jeune pouliche, Tempête. Lorsque la jeune fille est grièvement blessée par l’animal, elle s’enfonce dans une apathie amère dont elle se relèvera lentement grâce à sa passion pour l’équitation. Capable du meilleur comme du pire, Duguay nous livre cette fois un récit familial très réussi, qui oscille habillement entre tristesse et jubilation. [...]
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Affaire Bastien Vivès : bande-dessinée, morale et représentation

Le dessin, art pulsionnel par essence

Grand amateur de bande dessinées, je tiens Bastien Vivès pour un excellent raconteur d’histoires mais pour un dessinateur plutôt médiocre. Ses dessins allusifs, esquissés, relèvent plus du story-board qu’autre chose et symbolisent à mon sens une « néo-ligne claire » très mainstream – typique de l’ère du « roman graphique ». Pourtant, si j’ai défendu l’œuvre de Bastien Vivès à plusieurs reprises dans les pages de L’Incorrect, c’est au nom de ce que je pense être la liberté nécessaire du dessinateur à outrager, passer les bornes, déranger. Jusqu’à preuve du contraire, un dessin ne fait de mal à personne et Bastien Vivès n’est pas accusé de quoi que ce soit à part d’avoir un peu trop transpiré sur sa tablette graphique.

Jusqu’à preuve du contraire, un dessin ne fait de mal à personne et Bastien Vivès n’est pas accusé de quoi que ce soit à part d’avoir un peu trop transpiré sur sa tablette graphique

Le dessin est par nature le lieu du fantasme, du pulsionnel, et du tabou.…

Qui, mais qui ? Édouard Levé

Sa singularité, son talent, sa mort volontaire une boule à facette à ses pieds dans un appartement aux murs noirs, contribuèrent vite à sa légende, ainsi que Les Forçats, très beau récit paru il y a trois ans que son complice Bruno Gibert consacra à leur amitié et leur pratique artistique. Peintre repenti fasciné par le double, l’artiste se fait connaître par des portraits photographiques d’homonymes de célébrités ou de scènes pornographiques rejouées en costume et sans expression : c’est chic, potache, un peu troublant, un peu vain. Puis il passe de l’art conceptuel à la littérature comme art du concept, faisant le chemin inverse de son maître Duchamp pour écrire, plutôt que de les réaliser, les projets de 533 œuvres d’art (Œuvres), et le peintre raté, le photographe intrigant mais limité, devient un fascinant écrivain.

Lire aussi : Qui, mais qui ? Arctic Monkeys

Perec dépressif

Avec Autoportrait, publié en 2005, Levé se décrit en 1 600 phrases sans lien logique, précises, cocasses, tranchantes, à la Perec, mais nimbées d’un genre d’étrangeté désabusée. Deux ans plus tard, il remet le manuscrit de Suicide, autour du suicide d’un ami survenu vingt-cinq ans plus tôt, et passe à l’acte dix jours plus tard. Sa vie réelle semble rejoindre la performance, ce qui répond à un effet de symétrie assez logique, vu que l’art qu’il développa consista essentiellement à enregistrer le réel de la manière la plus transparente possible pour en faire ressortir l’incongruité comico-tragique. La publication, cet automne de ces Inédits préfacés et ordonnés par Thomas Clerc, n’entame nullement le mythe paradoxal d’un écrivain démystificateur. Au contraire. [...]

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Affaire Bastien Vivès : réflexions sur l’art, la morale, la vérité et sur le fantasme

De prime abord, la polémique autour de Bastien Vivès semble se résumer à un débat autour de la censure. On voudrait censurer un dessinateur qui n’a fait que dessiner, un créateur qui n’a fait que créer. Pire, on voudrait aseptiser l’art pour complaire à l’ère du temps et lui retirer sa vertu cathartique, laquelle ne va pas sans une certaine transgression nécessaire à son accomplissement. Mais si on réclame la catharsis dans l’art, on reconnaît alors à l’art une dimension morale et c’est cette  question de la morale dans l’art qu’il faut poser, même si on craint ce faisant de donner l’impression de céder à la fureur woke qui entend à terme effacer tout ce qui a été. Tant pis, l’effort de la réflexion mérite qu’on prenne ce risque car si l’hérésie woke pose pour une fois une bonne question, tout nous oblige à lui apporter urgemment une réponse correcte afin d’éviter qu’elle ait pour elle à la fois l’initiative et la conclusion, bref, qu’elle gagne.…

Jean Dutourd : son exploit

LUI : Je viens de lire un roman incroyable. Les Horreurs de l’amour, de Jean Dutourd.

MOI : Dutourd ! Ça ne nous rajeunit pas. Ça date de quand ?

LUI : 1963. Dutourd avait eu l’idée de ce roman trois ans plus tôt, dans le train de ses vacances pour Libourne, en lisant les mémoires de Linda Baud, la protagoniste de « l’affaire Jaccoud », qui a passionné la Suisse à la fin des fifties. Livre niais, dit-il, mais dont l’histoire a été une révélation, comme quand un fait divers a donné à Stendhal l’idée du Rouge et le Noir, toutes proportions gardées.

MOI : Qu’est-ce que ça raconte ?

LUI : Peu de choses, ce qui n’empêche pas Dutourd d’en tirer 500 pages tassées, par plaisir de « prendre son temps », comme un romancier selon lui doit le faire. C’est l’histoire des amours adultères d’Édouard Roberti, député rad-soc de la Quatrième République, avec Solange Mignot, petite dactylo plus jeune de trente ans. C’est tout. Il n’y a presque pas de personnages secondaires : Mme Roberti, un peu, le frère de Solange, quelques autres ; mais l’essentiel se passe dans les âmes de Roberti et de Solange, passées au scanner par Dutourd avec une patience, un goût prodigieux de détecter les changements d’humeur, les moindres progrès de l’amour.

[…]
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Affaire Bastien Vivès : la possibilité d’une censure

Que faire de Bastien Vivès ? La question nous est posée de manière générale et nous voilà obligés d’y répondre, même malgré nous. De manière générale, c’est-à-dire à tous les citoyens français, mais plus particulièrement à nous, presse et médias, éditeurs et critiques d’art. Que faire de son œuvre et, sans se mettre à la place d’une police et d’une justice que nous ne sommes pas et ne voulons jamais être, tenter d’y répondre d’un point de vue moral, ce qui contrairement à ce qu’assène la vulgate de cette époque, également partagée entre droite et gauche, n’est pas un mot ridicule ? Mais un mot supérieur.

Pour notre part, nous avons participé de quelque façon à la publicité faite à Bastien Vivès, qui pouvait s’entendre au premier abord dans le sens où il est reconnu généralement comme un grand dessinateur de bd contemporaine. Nous l’avons interviewé en mai 2020, au sujet de son album Quatorze juillet, qui n’avait aucun rapport avec quelque sexualité enfantine que ce soit, mais une question finale lui était posée sur le « consensus » qui avait fait reléguer son Petit Paul sous blister dans les enfers des boutiques, comme s’il s’était agi d’une censure politique.…

Les disques de Noël passent au crible 

Il est certains sujets plus risqués que d’autres. En proposant de parler ce mois-ci, dans ces colonnes, des albums de Noël, je me doutais bien qu’en plus de n’être pas forcément aisé, le thème était, chez les gens de goût (mais qui sont-ils ?) depuis longtemps source d’ironie et de rires moqueurs. Il faut bien le dire, l’adolescent que j’étais a eu lui aussi envie de casser mille fois la chaîne hi-fi familiale à coups de marteau en entendant ces titres ronflants. La mode commence vraisemblablement juste après-guerre (comme quoi, les victoires militaires n’ont pas que du bon). Auparavant, le mal était moindre : on laissait chanter les enfants à côté du sapin enguirlandé ou l’oncle ivrogne debout sur la table à la fin du repas, mais on n’allait pas jusqu’à imprimer sur des disques de pareilles chansons. On savait se tenir. Après le Débarquement, le Plan Marshall, les Lucky Strike à Paname et l’arrivée des chewing-gums à Châteauroux, il fallait que l’Amérique aille jusqu’à nous imposer des disques de Noël.

Trenet et Presley sous le sapin 

Les pionniers du genre se nomment Frank Sinatra, Nat King Cole ou Bing Crosby. Les crooners chantent Jésus, Santa Claus, la neige blanche qui tombe du ciel et la petite ville de Bethléem. Les orchestrations sont souvent élégantes (« The Christmas Song » de Nat King Cole en est un bon exemple), mais, comme avec les bons sentiments en littérature, elles n’en font pas pour autant de grandes chansons. Il faut beaucoup de talent pour chanter la joie. En France, nous avions un spécialiste : Charles Trenet. Si ce n’est certainement pas ce qu’il a fait de mieux, ses chansons de Noël (« Le Petit Noël », « Chanson pour Noël », « C’est la plus belle nuit ») ont le mérite d’être chantées par cet être magique. Au même moment, Sinatra (mille fois trop vanté par des gens aux oreilles bouchées) fait le malin en chantant comme on fait les yeux doux aux jeunes filles : avec superficialité et orgueil. [...]

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