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Sohrab Ahmari : contre la tyrannie privée

Qu’entendez-vous par « tyrannie privée » ? Un exemple ?

Nous avons l’habitude de penser que la coercition est uniquement le fait des gouvernements. En réalité, nous sommes aussi gouvernés, et donc contraints, dans nos vies de travailleurs et de consommateurs. Pourtant, dans une grande partie de l’Occident, et en particulier dans le monde anglo-saxon, nous ne pouvons pas négocier politiquement cette coercition et la soumettre à des compromis, précisément parce que l’idéologie dominante désigne le marché comme étant « privé ». Ce système de coercition omniprésente, à l’abri de toute contestation politique, est ce que j’appelle la « tyrannie privée ».

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Un exemple évident est l’engloutissement de l’économie réelle (où nous produisons des biens et des services tangibles) par l’économie financière, par Wall Street. Loin d’améliorer indéfectiblement les entreprises qu’ils rachètent, les fonds de capital-investissement les dépouillent de leurs actifs, ne réinvestissent pas les bénéfices pour maintenir le capital social existant, et rendent les faillites beaucoup plus probables.…

Matthieu Lavagna : « Michel Onfray accumule une grande quantité d’arguments fallacieux »

Pourquoi vous semblait-il important d’écrire ce livre sur Jésus vu par Michel Onfray ?

Parce que Michel Onfray a encore malheureusement beaucoup d’influence sur les esprits contemporains. Son Traité d’athéologie a été vendu à plus de 350 000 exemplaires et la désinformation historique anti-chrétienne continue à se répandre plus que jamais. C’est pourquoi il m’a semblé urgent d’apporter une réponse de fond à l’ensemble de ses arguments contre le christianisme, montrant à quel point ils relèvent de l’imposture intellectuelle.

Quelles sont les sources non chrétiennes permettant de certifier que Jésus a bien existé, contrairement à ce qu’il avance ?

En plus d’être attestée dans les Évangiles, dans les écrits du Nouveau Testament et dans ceux des Pères apostoliques, l’existence de Jésus est aussi confirmée par un grand nombre d’auteurs non chrétiens : Flavius Josèphe, Tacite, Suétone, Pline le Jeune, Lucien de Samosate, Galien, Mara bar Sérapion et Celse, de même que dans le Talmud de Babylone.…

Ernest Hello : Ermite des âges bibliques

D’Ernest Hello, on retient surtout l’image qu’en brossèrent certains de ses plus illustres contemporains, comme Léon Bloy ou Joris Karl Huysmans. Dans À rebours, le héros huysmansien pose d’ailleurs sur l’œuvre du Breton un regard plutôt critique, l’assimilant volontiers à un « fanatique religieux » qui « pontifiait et vaticinait du haut d’un rocher fabriqué dans les bondieuseries de la rue Saint-Sulpice ». Il faut dire qu’Ernest Hello fait figure d’anomalie, même dans le singulier paysage littéraire français du XIXe siècle. C’est presque un météore venu d’un temps passé, féodal, qui observe avec un mépris total les turpitudes de son temps, vomissant une époque régicide où fermentent la vulgarité, l’amour de l’argent et le scientisme aliénant. Même Léon Bloy, ce doloriste qui passa sa vie en lamentations à biffer ses propres chances de réussite à coups d’invectives, voit en Hello un martyr : « Peu d’écrivains illustres furent, autant que cet obscur, coupés en morceaux.…

« L’obsession égalitaire » : essai inégal

Erwan Le Noan accuse une dérive de notre démocratie : l’obsession pour l’égalité. L’analyse tocquevillienne et une étude sourcée des inégalités lui font soutenir une thèse intéressante : loin de signifier une injustice, les inégalités, inévitables, peuvent s’avérer bonnes et stimuler la mobilité sociale, alors que le combat visant à les éradiquer provoquerait lui de l’injustice en consacrant une société de la « comparaison permanente ». Si l’auteur pointe à juste titre la confusion entre égalité des chances et des places, il entend restaurer la méritocratie dans un sens très libéral qui peine à dépasser les principales objections faites à cet idéal. Sans nier un certain déterminisme en matière d’éducation, le journaliste affirme combien l’égalité y est un « mensonge coupable et hypocrite » qui laisse croire à une équivalence des talents et des efforts.

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Il fustige une excessive redistribution qui généraliserait un contrôle social en maltraitant le droit de propriété par l’impôt.…

« Le piège de l’identité » : golem progressiste

Quand France Culture promeut Le Piège de l’identité, cela pique ma curiosité d’homme blanc, catholique et hétérosexuel. Bilan : un livre qui malgré ses redites et sa foi progressiste ne manque pas d’intérêt. Les quatre parties du livre sont inégales. La première remonte aux origines intellectuelles du wokisme, appelé synthèse identitaire et souligne le rôle clé de penseurs comme Foucault, Saïd ou Spivak dans la critique des valeurs universelles.

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La deuxième partie explique avec brio comment cette théorie universitaire de niche pour la défense des minorités a gagné, avec une rapidité foudroyante, une influence considérable et délétère. Après une description, souvent ahurissante mais centrée sur les États-Unis, des errements de cette idéologie, la dernière partie se veut une défense, assez élémentaire, du libéralisme universaliste. En conclusion, Mounk appelle à un combat de tous les progressistes libéraux pour vaincre cette idéologie qui pourrait aussi, en filigrane, favoriser le retour du grand méchant Trump.…

« L’avenir de la démocratie » : achever Habermas

Avec l’Américain John Rawls, le philosophe allemand Jürgen Habermas (94 ans) est le grand ponte de la modernité libérale et démocratique. C’est bien simple, derrière toute logorrhée progressiste (mais pas postmoderne) plus ou moins sophistiquée se cache de près ou de loin des idées habermassiennes. Certes lui, ainsi que l’attestent les textes réunis dans L’Avenir de la démocratie, est un grand savant, à la rudesse prussienne : ses textes sont de volumineuses architectures de concepts qui semblent se soutenir logiquement, du moins pour qui n’est pas égaré par le jargonnage – on s’étonne que le verbe de celui qui prône une politique transparente et universelle soit ainsi réservé aux initiés.

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Parti du marxisme et de l’école de Francfort, Habermas s’inscrivit par la suite dans l’héritage des Lumières et fixa dans les années 90 sa théorie de la démocratie, avec pour objectif de faire accoucher la promesse moderne (l’autodétermination) tout en résolvant l’antique tension entre souveraineté populaire et droits de l’homme (les deux sont pour lui « co-originaires »).…

« Israelophobia » : l’antisémitisme politiquement correct

Le conflit qui fait rage entre Israël et le Hamas depuis le 7 octobre 2023 a exposé au grand jour un antisémitisme de gauche qui couvait depuis de nombreuses années, sous couvert d’antisionisme. Le journaliste britannique Jake Wallis Simons, rédacteur en chef du Jewish Chronicle et chroniqueur au Spectator, s’attaque à cette haine politiquement correcte dans Israelophobia. Pour décrire les multiples visages qu’a pris l’antisémitisme à travers les siècles, l’auteur parle du « Juif de Schrödinger », d’après le chat du célèbre physicien, à la fois vivant et mort. S’ils étaient détestés pour leur foi au Moyen Âge puis pour leur ethnicité au XXe siècle, les juifs sont désormais attaqués pour l’État-nation d’Israël, honni de la gauche sans-frontiériste et anti-occidentale, une aversion qui remonte à l’Union soviétique.

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Simons s’emploie à démontrer que la logique antisioniste est en fait antisémite, dans la mesure où elle applique des doubles standards impossibles: personne ne remet en question le droit aux États-Unis d’exister pour des débordements policiers ou militaires par exemple, alors que c’est régulièrement le cas en ce qui concerne Israël.…

[Idées] Le phénomène divin

Parcours de la distance est le recueil de quatre des plus décisives et importantes œuvres de Jean-Luc Marion, le plus célèbre des philosophes catholiques de notre temps. En 1977, alors qu’il a seulement 31 ans, il publie L’Idole et la distance, qui interroge la « mort de Dieu » nietzschéenne. N’a pu « mourir » qu’un Dieu qui n’en était pas vraiment un, c’est-à-dire une idole, image forgée par nous du divin. Dès lors, la voie est libre pour penser à nouveaux frais, hors de concepts usés et idolâtriques, le vrai Dieu, lequel ne se donne que dans une irréductible distance – ce que Marion essaye à partir de Hölderlin et de Denys l’Aréopagite.

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Cette tentative de soustraire la théologie à la métaphysique et au filet de ses concepts toujours trop courts est approfondie dans l’énigmatique Dieu sans l’être (1982).…

L’Incorrect

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