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Journalisme : conte de faits

Pour les faits : ce court essai intelligent, érudit et bien mené sonne comme un appel lancé par la journaliste et philosophe Géraldine Muhlmann pour résoudre la terrible crise de l’information qui nous frappe. Et elle le fait d’abord par l’histoire, en décrivant le basculement du journalisme à la fin du XIXe siècle qui, jusqu’alors majoritairement éditorial et critique, se réorienta vous la stricte narration des faits. C’est le passage du « discours » au « récit » : pour s’adresser à tous et non plus à un lectorat étroit et convaincu, il fallait décrire un monde partagé, avec l’objectif de créer un socle factuel commun à partir duquel les débats pourraient s’engager. De cette époque date l’émergence du reporter censé rapporter l’événement avec le plus d’impartialité possible – qui ne signifie pas, pour Muhlmann, une objectivité « désubjectivée », mais une subjectivité qui travaille sur elle-même pour rendre le plus universel possible ce sensible qu’elle a pour tâche de partager.…

[Cinéma] Un choeur qui bat

Mettre en scène, en alexandrins, le dialogue d’une femme désirant avorter et son enfant à naître, ressusciter la tragédie classique – on retrouve même le chœur – tout en éveillant les consciences, ça ne manque pas d’intention, et c’est ce qui fait l’intérêt des Deux colères fracassées dans l’ignorance de Guillaume Bernard, historien du droit et politologue, enseignant à l’Institut catholique de Vendée (ICES). Dès les premières lignes apparaissent les raisons de la colère : l’une ne veut pas gâcher sa vie, l’autre voudrait ne pas la perdre. Les deux angoisses sont palpables, surtout celle du second.

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C’est à la fois un drame en cinq actes et un discours en cinq parties – avec des titres tels « reconnaître un être singulier » et des dialogues qui oscillent entre les états d’âme et les arguments théoriques. Des traits de cynisme mi-figue mi-raisin viennent opportunément alléger la gravité de l’enjeu.…

Jean-Christian Petitfils : « Onfray ne semble pas vraiment au fait de son sujet »

D’où viennent les thèses mythistes ?

Ces thèses radicales ne remontent pas en deçà du XVIIIe siècle. Illustrées par quelques auteurs isolés, comme le comte de Volney et Charles-François Dupuy, elles ont été reprises au XIXe par Bruno Bauer, qui avait développé les analyses mythologiques de David Friedrich Strauss, puis au XXe par le philosophe panthéiste Arthur Drews, l’archéologue Salomon Reinach, le prêtre défroqué Prosper Alfaric et le philosophe, poète et médecin Paul-Louis Couchoud, auteur de L’Énigme de Jésus, parue en 1923 : « J’admets tout le Credo sauf l’incise sub Pontio Pilato. » C’était d’une dangereuse subtilité, car si Jésus n’avait pas « souffert sous Ponce Pilate », le christianisme, religion de l’Incarnation, s’écroulait ! Dieu ne s’était pas fait homme pour racheter l’humanité pécheresse ! Jésus ne serait qu’un être fictif, symbolique, fantasmé, mythologique, créé à partir de l’attente messianique des Hébreux et de quelques passages de l’Ancien Testament.…

L’évangile selon Michel

Sur les preuves de l’existence de Jésus: « Il n’existe aucune preuve de l’existence historique de Jésus dans les textes païens des historiens juifs ou romains contemporains. »; les mentions de Jésus par Flavius Josèphe sont « un ajout de copistes des siècles plus tard »

Les textes sur Jésus provenant d’auteurs romains sont indiscutables. Il est inutile d’y revenir. Quant aux mentions de Flavius Josèphe, juif romanisé né en 37 de notre ère, ce ne sont pas des ajouts de copistes chrétiens. Nul doute que le pharisien Josèphe, qui s’intéressa particulièrement aux différents groupes religieux de son temps, ait connu dans sa jeunesse les premières communautés chrétiennes de Palestine.

Il est vrai toutefois qu’un de ses textes, appelé le Testimonium flavianum, paru dans ses Antiquités juives (93- 94), a fait l’objet de maintes controverses, tant il semble refléter une confession de foi chrétienne. Il convient donc de s’arrêter sur ce point.…

[Idées] Libéré, délivré

Issu du 34e forum Philo tenu en 2022, ce collectif interroge la question de la liberté, à la croisée de la philosophie et de la politique, en 14 chapitres de qualité inégale. On y trouve de belles analyses sur la question éternelle de la liberté. Dialoguant avec un interlocuteur déterministe fictif, Francis Wolff la résout dans une perspective wittgensteinienne, en distinguant entre deux plans, deux types de causalité, celle des événements, qui ont des causes, et celle des actions, qui ont des raisons. En historien synthétisant plus de deux millénaires de disputes, Olivier Boulnois examine la manière dont la question de la liberté fut (mal) posée, au plan métaphysique, ce qui la rendait insoluble et antinomique, avant de plaider d’un point de vue aristotélicien pour sa re-position au plan éthique. Mais c’est aussi la situation politique concrète de la liberté qui est interrogée.

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François Sureau critique d’un point de vue intelligemment libéral l’emprise étatique sur les libertés publiques, notamment pour des raisons « sécuritaires ».…

[Idées] Le dévoreur de mondes

Néologisme fourre-tout destiné à exciter l’imaginaire et à faire passer la pilule, le transhumanisme n’est pour Colomb, sociologue, qu’un bon vieux capitalisme toujours plus ensauvagé, qui s’ingénie à étendre son empire sur la totalité des choses – dont la GPA est l’arbre qui cache la forêt. Le constat est sidérant : fœtus avortés revendus à prix d’or en Russie pour des thérapies anti-vieillissement, collecte de cellules souches de prépuces de nouveau-nés en Corée du Sud, création de biobanques partout dans le monde pour satisfaire les appétits des grands labos. Revenant sur les origines du mal, Colomb explique comment nous sommes passés du « corps-relieur » de l’ère féodale au « corps-interrupteur » de l’âge industriel. Il montre que le capitalisme s’identifie lui-même à un corps cannibalisé, qui aurait besoin de se consommer pour s’étendre.

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Plus radical encore, la science, l’État et le capital relèveraient pour lui d’une même logique de dépossession et de monopolisation ; alors que sous couvert de morale, la bioéthique agirait comme facilitateur pour la bioéconomie.…

Théorie d’Onfray

Lue sans notes et sans explications, l’Écriture sainte est un poison » avait prévenu Joseph de Maistre dans ses lumineuses Soirées de Saint-Pétersbourg. Hélas pour ceux qui se pensaient au moins épargnés sur ce point par la modernité apostate, la barque de Pierre n’a pas fini de susciter les attaques les plus fallacieuses. La dernière en date est l’œuvre de Michel Onfray qui, partant des Évangiles, réinterprète la vie de Jésus – en tant qu’ « idée », car celui-ci n’aurait jamais existé historiquement.

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Histoire sans preuves

Non-content d’avancer une thèse historique que personne ne partage (peu lui importe les « prétendus historiens »), Onfray le fait sans faire d’histoire. Écartant d’emblée toute source chrétienne parce qu’elles seraient juges et parties, et outre quelques paragraphes très insuffisants pour disqualifier les sources antiques, plus rien. Exit les travaux historiques, géographiques, archéologiques, philologiques et autres – Onfray ne cesse d’ailleurs dans son livre de moquer les approches « positivistes » de la Bible, car il n’y aurait rien d’autre à comprendre qu’allégorique.…

Du Syllabus à Vatican II : histoire d’une évolution

Au XIXe siècle, l’Église catholique, traumatisée par la Révolution française, pourfend dans une même vindicte le libéralisme politique et l’indifférentisme philosophique (que nous appellerions aujourd’hui relativisme).

Le libéralisme politique, qui s’épanouit en France autour de Chateaubriand, Constant, Tocqueville et – sur un registre plus spécifiquement catholique – Montalembert, revendique l’instauration des grandes libertés politiques et religieuses (liberté de presse, de réunion, de culte) au bénéfice de tous. En face, les papes – notamment Grégoire XVI et Pie IX – considèrent que cette liberté doit être l’apanage de ceux qui servent la vérité, les opinions hétérodoxes ne pouvant au mieux qu’être tolérées. Tel est le sens de l’encyclique Mirari vos (1832) qui qualifie d’« exécrable » la liberté de la presse car son utilisation servirait, dans la majorité des cas, à combattre le règne de Dieu dans la société. Il en va de même du Syllabus (1864) qui condamne les grandes propositions libérales.…

L’Incorrect

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