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[Idées] La survie des médiocres : haro sur Darwin

Provocateur, le titre de l’ouvrage – La Survie des médiocres – l’est moins encore que la thèse défendue par son auteur, le philosophe Daniel Milo : le paradigme darwinien « prouve trop » pour être efficace (prétendre que ce qui est devait être ne démontre rien) et s’avère fallacieux dès lors que la sélection naturelle et la survie du plus apte sont déduites du seul principe d’évolution des espèces par modifications génétiques. Humain trop humain, Darwin aurait théorisé un ordre naturel en se basant alternativement sur l’artifice – le perfectionnement des bêtes d’élevage par domestication fermière – et l’exception statistique entrevue durant un voyage aux Îles Galápagos. Du cou de la girafe au dimensionnement excessif du cerveau humain, le superflu règne pourtant en maître de l’ordre naturel.

Lire aussi : [Idées] La philosophie de Hayek : retour d’expérience

Si l’efficacité scientifique du réquisitoire de Daniel Milo contre les naïvetés prépolitiques de Darwin est indéniable, la faiblesse de la critique du capitalisme en conclusion d’ouvrage surprend quant à elle par sa naïveté.…

Étienne-Alexandre Beauregard : le Québec pour 1000 ans

En quoi le clivage identitaire, plutôt que le clivage économique ou constitutionnel, est-il aujourd’hui le plus déterminant au Québec ? De quand datez-vous l’entrée dans cette ère identitaire ?

Les lecteurs français qui suivent ce qui se passe outre-Atlantique sauront sans doute qu’en 1980 et en 1995, les Québécois se sont prononcés sur leur indépendance par référendum. Suite à une très courte défaite en 1995, le Oui ayant atteint 49,5% des votes, le souverainisme et le nationalisme avec lui sont entrés en crise pendant une quinzaine d’années, et peinaient à se trouver une légitimité. Dans mon précédent ouvrage, Le Schisme identitaire, je décrivais comment la question identitaire, qui s’exprime chez nous à travers les débats sur la langue française, la laïcité et l’immigration, a servi de bougie d’allumage pour que le camp national regagne en popularité. Depuis environ le milieu des années 2000, ces enjeux occupent une grande place dans le débat politique et intellectuel québécois, et ont contribué à redessiner les clivages politiques, principalement via la prise du pouvoir par la Coalition Avenir Québec, un parti nationaliste, mais non souverainiste.…

Fabrice Hadjadj : « La postmodernité est marquée par des hérésies de la compassion »

Pourquoi vous êtes-vous penché sur les affaires des frères Philippe et de Jean Vanier ?

À vrai dire, je n’ai aucune propension à jeter la pierre ni à remuer la boue. Mon écriture me porte soit vers la philosophie, donc les principes, soit vers le théâtre, donc la poésie. Mais voilà, j’ai lu L’Affaire de Tangi Cavalin, puis le rapport de l’Arche sur Jean Vanier, et, je le confesse, ce n’est pas le redresseur de torts ni l’ami des victimes, c’est le dramaturge en moi qui d’abord fut saisi. La Colline de Barrès m’a paru moins inspirée. L’Imposture de Bernanos trouvait là de quoi dépasser sa fiction. J’ai donc ouvert cette histoire moins comme une affaire à traiter devant un tribunal que comme une intrigue à lire pour se questionner soi-même. Il s’est agi, plutôt que de jeter la pierre, de tendre un miroir.

Quelles sont les spécificités de ces affaires ?…

[Idées] Février 34 : le parlementarisme en crise

Olivier Dard, meilleur spécialiste actuel de l’histoire politique de cette période, et Jean Philippet, auteur d’une thèse sur les ligues françaises, publient à l’occasion des 90 ans de l’évènement une somme particulièrement exhaustive sur le 6 février 1934. L’ampleur de leurs sources, celles de la Préfecture de police, des partis et hommes politiques et de la commission d’enquête parlementaire, leur permet un récit particulièrement détaillé de la folle soirée du 6, mais aussi du 9, la manifestation communiste, et du 12, le cortège de rassemblement des gauches. Cette grande proximité avec les faits est couplée à une vision surplombante qui réinscrit les événements de février 34 dans la perspective longue des crises des années 1930. Le 6, motivé immédiatement par l’affaire Stavisky, du nom de cet escroc lié au Parti radical, est le résultat d’une longue accumulation de frustrations face à une République perçue comme corrompue, coupée des réalités et impuissante.…

Jacques Villemain : « Le soulèvement vendéen est d’abord une guerre de religion »

Qu’est-ce que la « légende thermidorienne » sur la Vendée à laquelle vous vous attaquez ?

Après la chute de Robespierre le 9 thermidor an II (27 juillet 1794), la Convention, dite désormais « thermidorienne », réécrit l’histoire pour dissimuler que pendant l’année écoulée, elle a ponctuellement renouvelé les pouvoirs du Comité de salut public et voté toutes les lois répressives qu’il lui proposait. Se développe alors un discours négationniste sur le thème «on ne savait pas »,« on n’a pas voulu cela », « on nous a obligés », « c’était un complot dans lequel nous n’avons aucune part ». Robespierre et ses affidés exécutés avec lui
(près de cent personnes) auraient été les seuls coupables de la Terreur, qui fut le cadre général des atrocités de Vendée (170 000 morts, soit 21 à 23 % de la population, même proportion que les Cambodgiens tués par les Khmers rouges).…

[Idées]Se méfier de Kafka : se méfier de Geoffroy

Se méfier de Kafka. Hein ? Quoi ? Comment ? On peut se méfier d’un politique, d’un sociologue, d’un vendeur de primeurs… mais d’un romancier ? Cet essai du sociologue Geoffroy de Lagasnerie est entièrement fondé sur une totale méprise ontologique. Tout au long de cette brochure, l’auteur met en regard deux domaines qui s’excluent par nature: d’une part l’esthétique romanesque, et de l’autre la sociologie politique. Si GdL avait lu René Girard ou Philippe Muray, il saurait que le romanesque est par définition anti-sociologique, puisqu’il est entièrement fondé sur l’idée d’un complot téléologique qui serait au cœur de la société – et non sur une lutte des classes dont l’issue serait un sacro-saint vivre-ensemble.

Cet essai du sociologue Geoffroy de Lagasnerie est entièrement fondé sur une totale méprise ontologique.

Comme le dit Muray, la littérature c’est le diable de la réalité, c’est une œuvre au noir, un travail au négatif qui n’est pas censé éclairer le réel, mais le transformer.…

[Idées] La philosophie de Hayek : retour d’expérience

Contempteur de Keynes et des théories de la relance, Friedrich Hayek est l’auteur d’une œuvre que ses adversaires assimilent au libéralisme thatchérien, et que certains conservateurs annexent pour sa critique du constructivisme. Dans La Philosophie de Hayek, l’historien des idées Philippe Némo clarifie le sens politique de l’œuvre hayékienne, au moyen d’un panorama érudit qui en souligne avec pédagogie la genèse et la profondeur. Contre la pensée rationaliste, Hayek postule avec les conservateurs que le vrai est l’objet d’une découverte souvent fortuite, et que l’expérience confère une efficience supérieure aux actes des individus. Cette apologie de l’expérience ne s’inscrit cependant dans aucun cadre moral, sinon celui de la prudence, et réclame a contrario un ordre économique et juridique minimal, favorable à l’échange interindividuel.

Lire aussi : Edmund Burke : la prudence conservatrice

Si les dynamiques de marché se découvrent à défaut de se déduire, alors tout interventionnisme fausse le processus d’information par l’échange, et affaiblit l’ensemble des acteurs économiques.…

Les confessions de Finkielkraut

Le nouveau livre d’Alain Finkielkraut, Pêcheur de perles, est un petit bijou. Chaque chapitre s’ouvre sur une citation chère au philosophe, et à partir de laquelle il se livre à des méditations aussi profondes que diverses. Levinas pour différencier la courtoisie de la muflerie, l’affreux « bonjour » qui succède au délicat « Chère Madame », et la disparition de cette « rencontre du visage » qui un jour «subvertit» le programme d’enrichissement d’Oskar Schindler en Pologne pour sauver ses ouvriers. Évidemment, Kundera n’est jamais loin de Finkielkraut pour nous rappeler que notre « occidentalité » est fragile comme tout ce qui est précieux, et que nos ricaneurs de France Inter devraient se rappeler que l’humour est « ce plaisir étrange issu de la certitude qu’il n’y a pas de certitude ».

Lire aussi : Alain Finkielkraut : « À travers la défense de la laïcité, c’est une certaine tradition française qui est en jeu »

Dès les premières lignes, le philosophe se met à nu.…

L’Incorrect

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