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[Idées] Mes années folles : le vieux monde est derrière toi

Préparez-vous à une plongée dans les errances soixante- huitardes d’un étudiant. Certes, vous verrez du pays : des surréalistes aux Maospontex en passant par la nébuleuse marxiste et les situationnistes. Mais évitez de vous perdre dans les subtilités brumeuses du marxisme althussérien, ou les frictions entre les trotskistes et le Comité d’Action de la philosophie de Caen. Il est désespérant de voir tant d’intellectuels comme Breton, Aragon, Sartre, Althusser, Foucault, Godard sacrifier leur intelligence sur l’autel de l’idéologie, et dont les élucubrations d’intellectuels bien installés dans le confort bourgeois d’un pays en pleine expansion ont cautionné les massacres de millions d’hommes et de femmes, là où la libération révolutionnaire était en marche.

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L’impression laissée par ce livre est en demi-teinte. Si l’auteur insiste sur la nécessité de renouer avec le fil de la transmission culturelle entre les générations rompu par le nihilisme soixante-huitard, il reste plus pessimiste sur la permanence du gauchisme culturel, dernier avatar du gauchisme après tous les échecs sanglants de ses variantes politiques, et désormais à la pointe du combat dit sociétal après être passé d’officines confidentielles aux cabinets ministériels.…

Béatrice Fonck : « L’homme masse est un enfant gâté »

Plutôt social-démocrate dans sa jeunesse, davantage conservateur à la fin, « modérément moderne » dites-vous en conclusion : comment décririez-vous le libéralisme d’Ortega ?

Ortega s’efforce de tracer les nouvelles données d’une éthique du libéralisme qui seraient susceptibles de répondre aux défis posés par la société industrielle et technicienne dont il perçoit les errements. Il n’est pas pour autant insensible aux questions économiques afférentes, il invite Keynes dès 1930, pour prononcer des conférences et fait son éloge dans Méditation de la technique. On pourrait aujourd’hui le rapprocher du libéralisme de Raymond Aron qui, à la veille de sa disparition en 1983, avait rédigé un discours posthume à l’occasion du centenaire de la naissance d’Ortega, lequel dès 1938 préconisait la lecture de la célèbre thèse du philosophe français.

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Comment s’inscrit-il dans les débats sur la décadence dans l’entre-deux-guerres ?

Il est au cœur de ces débats.…

[Idées] Emmanuel Kant, la dictature de la transparence

Emmanuel Kant (1724-1804) est un monument de la pensée qui a inspiré une large part de la philosophie moderne, enfermant celle-ci dans un système intellectuel très élaboré mais redoutablement dévastateur. Dans sa Critique de la raison pure (1781), il remet en cause la capacité de la raison humaine à saisir l’essence des choses, inaugurant une philosophie idéaliste ancrée dans la pensée rationnelle plutôt que dans une réalité extérieure à l’homme. Dans les Fondements de la métaphysique des mœurs (1785) ainsi que dans la Critique de la raison pratique (1788), il pose les bases d’une morale du devoir fondée sur l’impératif catégorique. L’accomplissement du bien ne doit plus viser le bonheur humain comme chez Aristote (eudémonisme) ou le salut éternel, comme chez les chrétiens ; il doit être voulu pour lui-même, étant une fin en soi. De plus, le critère d’une bonne action est son caractère universalisable : « Agis de telle sorte que la maxime de ton action puisse être érigée par ta volonté en une loi universelle », ce qui signifie qu’une règle est moralement bonne si on peut la transposer à tous les hommes.…

[Idées] Nos futurs : convertissez-vous !

Après avoir subverti le slogan capitaliste « No limit » en Nos Limites, Gaultier Bès retourne le mot d’ordre « No future » dans son nouveau livre Nos futurs, plaidoyer pour une lucide espérance. Normalien et agrégé de lettres, il fait partie de la « génération Laudato Si », et cofonda la revue d’écologie intégrale Limite. Dans cet essai passionnant, bien documenté et écrit avec style, il livre une analyse critique et lucide de la débâcle de la société industrielle, qui a tout d’un crépuscule. Au fil des pages, on mesure l’abîme qu’a engendré notre société productiviste et consumériste. Mais Bès met autant en garde contre le nihilisme désespéré que contre le progressisme béat et coupable.

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Il pose la seule question valable : « Que faire quand tout se défait ? ». Rien n’est définitivement écrit, et si l’avenir est déjà en partie joué par nos choix présents et passés, nous pouvons et devons toujours agir, changer de vie, lutter contre les injustices et construire une écologie intégrale, faite de fraternité et de sobriété.…

[Idées] Plaidoyer pour une providence naturelle

«Dieu est mort», nous le savons. Pour autant, l’idée de providence qui lui fut longtemps associée n’est pas en reste dans nos esprits modernes; son sens fut dévoyé au gré de l’histoire, renversé par les théories positiviste, progressiste ou individualiste. Rémi Brague ne surprend plus par l’originalité de ses thèses, qui ne s’encombrent pas du moindre présupposé infondé : « Nommer, c’est introduire dans la sphère du sens. » L’homme moderne croit fermement dans une providence, sans le savoir, comme régulation ou correction de notre pratique. Ainsi de la « divinisation de la sélection naturelle », du combat écologiste ou encore des pratiques telles que la magie ou la superstition.

Il nous faut revenir à une conception chrétienne de la providence divine. Celle-ci, précisément, n’agit pas a posteriori pour rectifier un désordre, mais elle se greffe sur une nature, en tant qu’elle est l’action d’un Créateur, qui « donne à chaque créature ce dont elle a besoin pour se tirer d’affaire toute seule ».…

[Idées] Armes de liquéfaction massive

Éric Sadin poursuit sa critique de la civilisation numérique avec un nouvel opus consacré au métavers (monde virtuel) et à l’intelligence artificielle. Plutôt qu’une technologie disruptive et libératrice, il démontre comment le métavers s’inscrit en réalité dans un long processus de déréalisation de l’espace et du temps commencé au début de l’ère industrielle. Un « âge de la régression de l’humanité vers le stade de l’indifférenciation », et dont les algorithmes seraient nos mauvais génies lâchés en liberté. Sadin démonte certains clichés sur le numérique qui ont la vie dure comme l’« addiction » aux écrans, qui relève davantage d’un « capitalisme hématologique de la fixité des corps » – pour le dire clairement : des consommateurs autosuffisants enfermés dans leur bulle.

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Il s’élève aussi contre le principe de la « société du contrôle » annoncé par Foucault, arguant que le capitalisme n’a pas tant intérêt à contrôler la société qu’à la rendre de plus en plus liquide, absente à elle-même, réduite à un simple jeu de surfaces.…

[Idées] Marx décroissant contre Rousseau

Il y a quelque temps que Jean-Claude Michéa n’avait plus publié, le temps de s’installer dans un petit village du sud- ouest pour découvrir cette France périphérique ignorée de l’intelligentsia germanopratine, et de s’assurer que la maxime décroissante était bien le gage d’une vie plus enrichissante que celle promise par le progressisme. Vérification faite, le philosophe partage cette expérience dans un essai passionnant qui, sans révolutionner sa pensée, essaye de saisir le capitalisme moderne non dans telle ou telle de ses manifestations, mais en tant que « fait social total » (Marcel Mauss). Et il réussit à le faire dans un livre drôlement construit, à partir d’un grand entretien donné à la revue gasconne Landemains qu’il approfondit et précise au travers d’un appareil de notes et de notes de notes, en forme de poupées gigognes. De quoi retrouver avec plaisir son sens de la formule (malgré une écriture alourdie par les italiques, parenthèses et tirets), ses facultés pédagogiques, son immense érudition aussi (le livre est parcouru de notes de lecture et de renvois).…

[Idées] America’s cultural revolution : des racines et du zèle

Christopher Rufo est devenu un acteur central du débat public américain en alertant sur la prolifération de la « théorie critique de la race » dans les écoles. Son premier essai se penche sur les racines de la vague woke qui a conquis les grandes entreprises et les institutions publiques. Le journaliste et militant pointe du doigt une gauche qui a renié l’idéal de révolution prolétarienne pour transformer la société par le haut, à travers les universités, les corporations et les programmes EDI (équité, diversité, inclusion). L’ouvrage fait le portrait de quatre penseurs influents de cette nouvelle gauche : Herbert Marcuse, Angela Davis, Paulo Freire et Derrick Bell. Au cœur de leur programme, la subversion des institutions pour en faire des organes diffusant leur idéologie et finançant leur militantisme.

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Cet objectif, largement accompli, atteint ses limites dans la mesure où il ne promeut que la négation radicale de l’histoire et de l’identité américaines, sans idéal positif pour ceux qu’il prétend défendre.…

L’Incorrect

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