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[Idées] Not stolen : le mythe du «colon sauvage»

La cause est entendue : l’aventure européenne au Nouveau Monde ne serait rien de moins qu’un génocide, qui aurait amené la ruine de peuples égalitaires, féministes et environnementalistes avant l’heure, et qui constituerait le fondement illégitime de l’Amérique. Contre ce récit militant qui a le vent dans les voiles dans les médias et à l’université, l’historien américain Jeff Flynn-Paul rétablit les faits, et présente un portrait nuancé des relations entre Européens et Autochtones en Amérique. Déconstruisant le mythe du bon sauvage, il rappelle que les sociétés amérindiennes étaient fortement hiérarchisées et structurées autour de la guerre, et que l’esclavage, le cannibalisme et les sacrifices humains y étaient monnaie courante. Dans la mesure où le métissage s’est fait rapidement dès l’arrivée des colons, il est aussi difficile d’établir une coupure nette entre « oppresseurs » et « opprimés », comme le voudraient certains idéologues.

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Si Flynn-Paul ne nie pas que certaines atrocités soient le fait des Européens, pensons à certaines déportations aux États-Unis, c’est au final un rapport de force structurel, à la fois démographique, technologique et organisationnel, qui a consolidé la primauté européenne sur le continent, bien davantage qu’une intention génocidaire.…

[Idées]Ce sera mieux demain

Aucun doute, ce tableau politique très dense de Jérôme Fourquet fera rapidement partie des indispensables de tout parti. Le paysage politique français s’est profondément modifié durant ces vingt dernières années. Si le substrat politique traditionnel persiste encore dans certaines régions, de nombreux territoires (comme le bassin parisien) sont désormais en rupture totale avec leur histoire longue sous les effets de la désindustrialisation et de l’immigration ou, à l’autre extrémité, de l’accès aux dividendes de la mondialisation. L’analyse du profil des candidats à la députation de juin 2022 est à cet égard éclairante. En Marche sans surprise recrute essentiellement chez les cadres supérieurs bénéficiant d’un bon capital économique et culturel. Chez les Insoumis, le capital culturel reste élevé mais sans fort capital économique (enseignants, professions intermédiaires). Dans le bloc RN dominent les professions intermédiaires, les indépendants et les ouvriers.

Et l’avenir ? L’irruption du phénomène Macron a entrainé la quasi-disparition des partis de gouvernement.…

[Idées] Mes années folles : le vieux monde est derrière toi

Préparez-vous à une plongée dans les errances soixante- huitardes d’un étudiant. Certes, vous verrez du pays : des surréalistes aux Maospontex en passant par la nébuleuse marxiste et les situationnistes. Mais évitez de vous perdre dans les subtilités brumeuses du marxisme althussérien, ou les frictions entre les trotskistes et le Comité d’Action de la philosophie de Caen. Il est désespérant de voir tant d’intellectuels comme Breton, Aragon, Sartre, Althusser, Foucault, Godard sacrifier leur intelligence sur l’autel de l’idéologie, et dont les élucubrations d’intellectuels bien installés dans le confort bourgeois d’un pays en pleine expansion ont cautionné les massacres de millions d’hommes et de femmes, là où la libération révolutionnaire était en marche.

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L’impression laissée par ce livre est en demi-teinte. Si l’auteur insiste sur la nécessité de renouer avec le fil de la transmission culturelle entre les générations rompu par le nihilisme soixante-huitard, il reste plus pessimiste sur la permanence du gauchisme culturel, dernier avatar du gauchisme après tous les échecs sanglants de ses variantes politiques, et désormais à la pointe du combat dit sociétal après être passé d’officines confidentielles aux cabinets ministériels.…

Béatrice Fonck : « L’homme masse est un enfant gâté »

Plutôt social-démocrate dans sa jeunesse, davantage conservateur à la fin, « modérément moderne » dites-vous en conclusion : comment décririez-vous le libéralisme d’Ortega ?

Ortega s’efforce de tracer les nouvelles données d’une éthique du libéralisme qui seraient susceptibles de répondre aux défis posés par la société industrielle et technicienne dont il perçoit les errements. Il n’est pas pour autant insensible aux questions économiques afférentes, il invite Keynes dès 1930, pour prononcer des conférences et fait son éloge dans Méditation de la technique. On pourrait aujourd’hui le rapprocher du libéralisme de Raymond Aron qui, à la veille de sa disparition en 1983, avait rédigé un discours posthume à l’occasion du centenaire de la naissance d’Ortega, lequel dès 1938 préconisait la lecture de la célèbre thèse du philosophe français.

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Comment s’inscrit-il dans les débats sur la décadence dans l’entre-deux-guerres ?

Il est au cœur de ces débats.…

[Idées] Emmanuel Kant, la dictature de la transparence

Emmanuel Kant (1724-1804) est un monument de la pensée qui a inspiré une large part de la philosophie moderne, enfermant celle-ci dans un système intellectuel très élaboré mais redoutablement dévastateur. Dans sa Critique de la raison pure (1781), il remet en cause la capacité de la raison humaine à saisir l’essence des choses, inaugurant une philosophie idéaliste ancrée dans la pensée rationnelle plutôt que dans une réalité extérieure à l’homme. Dans les Fondements de la métaphysique des mœurs (1785) ainsi que dans la Critique de la raison pratique (1788), il pose les bases d’une morale du devoir fondée sur l’impératif catégorique. L’accomplissement du bien ne doit plus viser le bonheur humain comme chez Aristote (eudémonisme) ou le salut éternel, comme chez les chrétiens ; il doit être voulu pour lui-même, étant une fin en soi. De plus, le critère d’une bonne action est son caractère universalisable : « Agis de telle sorte que la maxime de ton action puisse être érigée par ta volonté en une loi universelle », ce qui signifie qu’une règle est moralement bonne si on peut la transposer à tous les hommes.…

[Idées] Nos futurs : convertissez-vous !

Après avoir subverti le slogan capitaliste « No limit » en Nos Limites, Gaultier Bès retourne le mot d’ordre « No future » dans son nouveau livre Nos futurs, plaidoyer pour une lucide espérance. Normalien et agrégé de lettres, il fait partie de la « génération Laudato Si », et cofonda la revue d’écologie intégrale Limite. Dans cet essai passionnant, bien documenté et écrit avec style, il livre une analyse critique et lucide de la débâcle de la société industrielle, qui a tout d’un crépuscule. Au fil des pages, on mesure l’abîme qu’a engendré notre société productiviste et consumériste. Mais Bès met autant en garde contre le nihilisme désespéré que contre le progressisme béat et coupable.

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Il pose la seule question valable : « Que faire quand tout se défait ? ». Rien n’est définitivement écrit, et si l’avenir est déjà en partie joué par nos choix présents et passés, nous pouvons et devons toujours agir, changer de vie, lutter contre les injustices et construire une écologie intégrale, faite de fraternité et de sobriété.…

[Idées] Plaidoyer pour une providence naturelle

«Dieu est mort», nous le savons. Pour autant, l’idée de providence qui lui fut longtemps associée n’est pas en reste dans nos esprits modernes; son sens fut dévoyé au gré de l’histoire, renversé par les théories positiviste, progressiste ou individualiste. Rémi Brague ne surprend plus par l’originalité de ses thèses, qui ne s’encombrent pas du moindre présupposé infondé : « Nommer, c’est introduire dans la sphère du sens. » L’homme moderne croit fermement dans une providence, sans le savoir, comme régulation ou correction de notre pratique. Ainsi de la « divinisation de la sélection naturelle », du combat écologiste ou encore des pratiques telles que la magie ou la superstition.

Il nous faut revenir à une conception chrétienne de la providence divine. Celle-ci, précisément, n’agit pas a posteriori pour rectifier un désordre, mais elle se greffe sur une nature, en tant qu’elle est l’action d’un Créateur, qui « donne à chaque créature ce dont elle a besoin pour se tirer d’affaire toute seule ».…

[Idées] Armes de liquéfaction massive

Éric Sadin poursuit sa critique de la civilisation numérique avec un nouvel opus consacré au métavers (monde virtuel) et à l’intelligence artificielle. Plutôt qu’une technologie disruptive et libératrice, il démontre comment le métavers s’inscrit en réalité dans un long processus de déréalisation de l’espace et du temps commencé au début de l’ère industrielle. Un « âge de la régression de l’humanité vers le stade de l’indifférenciation », et dont les algorithmes seraient nos mauvais génies lâchés en liberté. Sadin démonte certains clichés sur le numérique qui ont la vie dure comme l’« addiction » aux écrans, qui relève davantage d’un « capitalisme hématologique de la fixité des corps » – pour le dire clairement : des consommateurs autosuffisants enfermés dans leur bulle.

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Il s’élève aussi contre le principe de la « société du contrôle » annoncé par Foucault, arguant que le capitalisme n’a pas tant intérêt à contrôler la société qu’à la rendre de plus en plus liquide, absente à elle-même, réduite à un simple jeu de surfaces.…

L’Incorrect

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