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[Idées] Les remords de Prométhée : terre brûlée

Bref mais stimulant, cet essai analyse les interactions entre le travail et le feu qui ont façonné les rapports de plus en plus destructeurs entre l’homme et la nature. Avec l’analyse du facteur travail, l’auteur dresse une grande fresque où sont disséqués le rôle de l’esclavage, l’apport de Marx et celui de Saint Simon. Le feu, longtemps soumis à la contrainte de la durabilité des forêts, s’en est libéré grâce aux énergies fossiles. Le développement du machinisme et l’illusion du feu perpétuel ont permis l’explosion de l’ère industrielle qui s’est pervertie en société de surconsommation où la fin de l’aventure humaine n’est plus une vue de l’esprit. Ce constat posé, Sloterdijk avance des pistes pour éviter la catastrophe. Réservé sur le léninisme vert d’Andreas Malm, il se rapproche de Bruno Latour prônant une social-démocratie énergétique et le classement des ressources naturelles comme bien commun de l’humanité.

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Mais plutôt qu’espérer un remords prométhéen, il craint davantage une réaction hyper-prométhéenne et deux dangers majeurs : la Chine et la fusion nucléaire.…

[Idées] La lutte des classes est-elle chrétienne ?

Prêtre dominicain et théologien, Herbert McCabe s’est fait un nom outre-Manche pour ses sermons et pour ses positions singulières – notamment pour ses tentatives de réconcilier le catholicisme avec la philosophie analytique de Russel ou Wittgenstein, mais aussi pour son marxisme frondeur. Alors que les questions de séparation des temps spirituel et historique n’ont jamais été aussi prégnantes, les textes proposés ici apportent de salutaires éclairages. En effet, au cœur de la pensée de McCabe se trouve une injonction à comprendre en quoi le message du Christ est politique, ou en tout cas à saisir en quoi, en évacuant précisément le politique, il conserve sa force historique, celle d’une véritable dissidence humaniste. McCabe se bat un christianisme désincarné et appelle de ses vœux une Église qui embrasse de nouveau une de ses missions premières: réparer les injustices sociales.

Alors que les questions de séparation des temps spirituel et historique n’ont jamais été aussi prégnantes, les textes proposés ici apportent de salutaires éclairages.

Brendan O’Neill : «Toute vérité commence par un blasphème »

Votre livre ouvre sur l’expression « pénis féminin », lancée par les tenants du transgenrisme et relayée par la presse, sans ciller. Comment
en est-on arrivé là ? Apathie, lâcheté ou déraison ?

Un mélange de lâcheté et de déraison. La déraison se trouve du côté des activistes, de la classe politique et même de la police. Elle ne concerne pas que des jeunes gens aux cheveux bleus. Au Royaume-Uni, la police arrête chez elles des femmes qui affirment que le pénis est un organe sexuel masculin. La lâcheté vient de ceux qui n’osent pas contrevenir à la doxa et préfèrent protéger leur réputation plutôt que d’assener des vérités. La déraison se nourrit de cette lâcheté.

Mais je ne condamne pas ceux qui se plient aux oukases contemporains. Cet été, la chanteuse irlandaise Róisin Murphy a exprimé ses réticences à propos des bloqueurs de puberté administrés aux mineurs. Elle a reçu des torrents d’insultes (majoritairement de la part d’hommes en robe), sa maison de production a annulé la promotion de son album et décidé que les profits des ventes seraient versés à des groupes pro-trans.…

[Idées] Joseph de Maistre : prophète du passé

« Génie instantané de l’Aperçu » disait de lui Barbey d’Aurevilly, « à l’œil fier, illuminé, rapide, éclatant d’agression soudaine et victorieuse » : plus de deux siècles après sa mort, Joseph de Maistre fascine toujours autant par la culminance de ses vues, par la clairvoyance de ses écrits, par la flamboyance de son verbe. Et en ces temps de chaos, il est une très sûre boussole à laquelle nous propose de recourir Marc Froidefont, auteur en 2010 d’une remarquable Théologie de Joseph de Maistre. Parfait connaisseur des écrits, même mineurs, du Savoisien et de leurs inspirations, le philosophe présente dans cet ouvrage concis et érudit la conception maistrienne de la nation, que l’on peut dire organique et providentialiste (sang, géographie, langue, histoire et religion), très soucieuse de la diversité des peuples, en clair aux antipodes du contractualisme moderne à la Locke.

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Découlant d’une anthropologie, cette philosophie de la nation suppose certaines conséquences que déroule Froidefont sur le pouvoir, le droit, la guerre ou – pour nous chrétiens – l’islam.…

[Idées] Comment en mettre plein la vue (pour pas grand-chose)

Clément Viktorovitch, avec sa dégaine d’étudiant en sociologie, a une prétention inversement proportionnelle à son talent. Vu d’abord sur Clique ! puis désormais au Quotidien de Yann Barthès, Viktorovitch a été propulsé on ne sait comment spécialiste français du langage et roi du débunkage des discours de nos politiques (surtout lorsqu’ils sont de droite). On a déjà constaté la médiocrité de ses analyses – qui se contentent souvent d’opposer à une intervention quelques figures de style dont le nom exotique esbaudira le péquin moyen, exemple : « Marion Maréchal pratique ouvertement l’anaphore ». Il restait à la petite mascotte télévisuelle de s’épancher dans un livre, c’est chose faite avec ce best-seller (plus de 100 000 exemplaires vendus scandent les affiches dans le métro) que l’éditeur Points réédite en poche. Le résultat est à peu près à la hauteur des attentes : Le Pouvoir rhétorique est un interminable pensum où l’auteur accumule exemples et explications plus ou moins laborieuses pour faire gonfler artificiellement le volume.…

[Idées] Une infiltrée chez les wokes

On connaissait les approximations, incohérences et lacunes du wokisme sur le plan intellectuel, magistralement mises en lumière par le célèbre canular Sokal au carré dès 2019 et depuis démontrées par de nombreuses parutions des deux côtés de l’Atlantique, dernièrement avec la publication des actes du colloque Après la déconstruction. Bref, le savoir dont les wokes se revendiquent est corrompu jusqu’à l’os – ce qui ne signifie pas toutefois qu’ils n’ont rien à nous dire.

Restait à examiner de manière systématique, et ça n’avait jamais été fait à notre connaissance, le royaume de l’« affect » pour y mesurer en actes le monde et les comportements provoqués par les discours, et mettre les militants wokes face à leur promesse d’inclusion, d’ouverture, de joie et de félicité, de lendemains qui chantent.

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Longue d’une année, l’enquête immersive de Nora Bussigny est réussie malgré les quelques libertés prises avec le cahier des charges.…

[Idées] Pour Dieu et le roi

Plus de deux siècles après sa mort, l’histoire de François Athanase Charette de La Contrie, héros des guerres de Vendée, continue de toucher le public français, en témoigne le succès rencontré par le film du Puy du Fou au début de l’année. La réédition revue et actualisée de cette biographie, parue à l’origine en 2005, permet de se plonger plus en profondeur dans la vie de l’un des plus grands personnages de la contre-révolution sous la plume d’Anne Bernet, auteur de nombreux ouvrages dont une histoire de la chouannerie.

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La qualité du contenu, dense et exhaustif, ne se fait pas au détriment du style de l’historienne qui, loin de tomber dans certaines lourdeurs universitaires, embarque le lecteur dans un grand récit romanesque particulièrement bien écrit. Des passages moins connus de la vie du héros sont relatés, comme ses années de service dans la marine, ou sa présence à Paris dans la nuit du 9 au 10 août 1792 lorsque les révolutionnaires ont envahi le palais des Tuileries.…

Cagé & Piketty : alliance impossible

Evènement intellectuel de la rentrée, la somme des économistes Julia Cagé et Thomas Piketty, Une histoire du conflit politique, entend ni plus ni moins retracer l’histoire des comportements électoraux et des inégalités socio-spatiales en France de 1789 à 2022, grâce à la numérisation massive (et en libre accès) de données inédites.

Il y aurait beaucoup à dire, mais concentrons-nous sur le cœur du propos. Première thèse : la classe géo-sociale (niveau de revenu et lieu de résidence) n’a jamais été aussi importante pour comprendre le vote – elle l’expliquerait à 70 %. Seconde thèse : la bipartition gauche/ droite de type classiste serait la plus favorable du point de vue démocratique et socio-économique (parce que la vilaine droite, pour rester au pouvoir, fait des concessions avec la merveilleuse gauche), alors que la tripartition se nourrit d’une division des classes populaires en deux camps pour des raisons spatiales et identitaires, ce qui permet à la bourgeoisie de se maintenir au pouvoir sans rien concéder.…

L’Incorrect

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