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[Idées] Éveille-toi mon âme : âme facile

Quelle destinée que celle d’Edith Stein ! Brillante jeune philosophe juive allemande, élève du phénoménologue Husserl, convertie au catholicisme en lisant sainte Thérèse d’Avila, devenant carmélite sous le nom de Thérèse-Bénédicte de la Croix, puis mourant en 1942 à Auschwitz, avant d’être canonisée par l’Église et déclarée co-patronne de l’Europe. C’est à la pensée de cette philosophe et sainte que nous introduisent Bouillot et Betschart – elle philosophe, lui théologien, ayant tous deux consacré leur thèse de doctorat à Stein – dans ce livre préfacé par l’éminente Marguerite Léna, elle aussi religieuse et philosophe. Le fil conducteur de leurs analyses est la question de l’âme, aussi fondamentale qu’apparemment désuète – alors qu’elle donnerait à penser pour résoudre les problèmes liés à « l’identité ». Le génie de Stein fut de renouveler ce concept traditionnel d’âme, en l’étudiant à différents niveaux, psychologique et phénoménologique, puis métaphysique (thomiste) et même mystique.

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L’âme apparaît comme le noyau de la personne humaine, intime, profond et obscur, qui se sent comme à tâtons, enveloppé de mystère, plutôt que ne s’objective dans la pensée.…

[Idées] Notre France noire : y a bon la France

Célébrer la «France Noire», loin des «polémiques oiseuses ou des jugements anachroniques » : c’est l’intention de l’historien Pascal Blanchard et de ses deux comparses Alain Mabanckou et Abdourahman Waberi. Une intention louable sur le papier : après tout, la France partage suffisamment d’histoire(s) avec le continent africain pour qu’on puisse, en effet, évoquer sans sourciller l’existence d’une France noire qui irait, grosso modo, d’Alexandre Dumas à Kemi Seba (lol) – en passant par l’implication de la France mitterrandienne dans le génocide rwandais. Las, le projet de Blanchard choisit un autre biais : celui d’une « célébration » forcément « enjouée » de l’identité noire, un cortège de clichés propres à consolider un récit national africaniste extrêmement balisé – et toujours encadré par quelques figures tutélaires ultra-ressassées, au hasard Yannick Noah et Léopold Sédar Senghor.

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Si certaines entrées ont le mérite de nous rafraîchir la mémoire sur quelques pans oubliés de l’histoire post-coloniale (Afrique 50, film anticolonial de René Vautier interdit par la censure au même titre que Les Statues meurent aussi d’Alain Resnais et Chris Marker), l’abécédaire est probablement la forme qui permet le mieux de distiller une idéologie en se passant de toute articulation dialectique : outre les très dispensables entrées Kylian Mbappé, Christiane Taubira et Aya Nakamura, les trois complices veulent bâtir une sorte de mythologie à peu de frais, en activant les stimuli habituels et en convoquant une identité franco-africaine davantage fomentée dans les universités américaines que sur le terrain.…

Journalisme : conte de faits

Pour les faits : ce court essai intelligent, érudit et bien mené sonne comme un appel lancé par la journaliste et philosophe Géraldine Muhlmann pour résoudre la terrible crise de l’information qui nous frappe. Et elle le fait d’abord par l’histoire, en décrivant le basculement du journalisme à la fin du XIXe siècle qui, jusqu’alors majoritairement éditorial et critique, se réorienta vous la stricte narration des faits. C’est le passage du « discours » au « récit » : pour s’adresser à tous et non plus à un lectorat étroit et convaincu, il fallait décrire un monde partagé, avec l’objectif de créer un socle factuel commun à partir duquel les débats pourraient s’engager. De cette époque date l’émergence du reporter censé rapporter l’événement avec le plus d’impartialité possible – qui ne signifie pas, pour Muhlmann, une objectivité « désubjectivée », mais une subjectivité qui travaille sur elle-même pour rendre le plus universel possible ce sensible qu’elle a pour tâche de partager.…

[Cinéma] Un choeur qui bat

Mettre en scène, en alexandrins, le dialogue d’une femme désirant avorter et son enfant à naître, ressusciter la tragédie classique – on retrouve même le chœur – tout en éveillant les consciences, ça ne manque pas d’intention, et c’est ce qui fait l’intérêt des Deux colères fracassées dans l’ignorance de Guillaume Bernard, historien du droit et politologue, enseignant à l’Institut catholique de Vendée (ICES). Dès les premières lignes apparaissent les raisons de la colère : l’une ne veut pas gâcher sa vie, l’autre voudrait ne pas la perdre. Les deux angoisses sont palpables, surtout celle du second.

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C’est à la fois un drame en cinq actes et un discours en cinq parties – avec des titres tels « reconnaître un être singulier » et des dialogues qui oscillent entre les états d’âme et les arguments théoriques. Des traits de cynisme mi-figue mi-raisin viennent opportunément alléger la gravité de l’enjeu.…

Jean-Christian Petitfils : « Onfray ne semble pas vraiment au fait de son sujet »

D’où viennent les thèses mythistes ?

Ces thèses radicales ne remontent pas en deçà du XVIIIe siècle. Illustrées par quelques auteurs isolés, comme le comte de Volney et Charles-François Dupuy, elles ont été reprises au XIXe par Bruno Bauer, qui avait développé les analyses mythologiques de David Friedrich Strauss, puis au XXe par le philosophe panthéiste Arthur Drews, l’archéologue Salomon Reinach, le prêtre défroqué Prosper Alfaric et le philosophe, poète et médecin Paul-Louis Couchoud, auteur de L’Énigme de Jésus, parue en 1923 : « J’admets tout le Credo sauf l’incise sub Pontio Pilato. » C’était d’une dangereuse subtilité, car si Jésus n’avait pas « souffert sous Ponce Pilate », le christianisme, religion de l’Incarnation, s’écroulait ! Dieu ne s’était pas fait homme pour racheter l’humanité pécheresse ! Jésus ne serait qu’un être fictif, symbolique, fantasmé, mythologique, créé à partir de l’attente messianique des Hébreux et de quelques passages de l’Ancien Testament.…

L’évangile selon Michel

Sur les preuves de l’existence de Jésus: « Il n’existe aucune preuve de l’existence historique de Jésus dans les textes païens des historiens juifs ou romains contemporains. »; les mentions de Jésus par Flavius Josèphe sont « un ajout de copistes des siècles plus tard »

Les textes sur Jésus provenant d’auteurs romains sont indiscutables. Il est inutile d’y revenir. Quant aux mentions de Flavius Josèphe, juif romanisé né en 37 de notre ère, ce ne sont pas des ajouts de copistes chrétiens. Nul doute que le pharisien Josèphe, qui s’intéressa particulièrement aux différents groupes religieux de son temps, ait connu dans sa jeunesse les premières communautés chrétiennes de Palestine.

Il est vrai toutefois qu’un de ses textes, appelé le Testimonium flavianum, paru dans ses Antiquités juives (93- 94), a fait l’objet de maintes controverses, tant il semble refléter une confession de foi chrétienne. Il convient donc de s’arrêter sur ce point.…

[Idées] Libéré, délivré

Issu du 34e forum Philo tenu en 2022, ce collectif interroge la question de la liberté, à la croisée de la philosophie et de la politique, en 14 chapitres de qualité inégale. On y trouve de belles analyses sur la question éternelle de la liberté. Dialoguant avec un interlocuteur déterministe fictif, Francis Wolff la résout dans une perspective wittgensteinienne, en distinguant entre deux plans, deux types de causalité, celle des événements, qui ont des causes, et celle des actions, qui ont des raisons. En historien synthétisant plus de deux millénaires de disputes, Olivier Boulnois examine la manière dont la question de la liberté fut (mal) posée, au plan métaphysique, ce qui la rendait insoluble et antinomique, avant de plaider d’un point de vue aristotélicien pour sa re-position au plan éthique. Mais c’est aussi la situation politique concrète de la liberté qui est interrogée.

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François Sureau critique d’un point de vue intelligemment libéral l’emprise étatique sur les libertés publiques, notamment pour des raisons « sécuritaires ».…

[Idées] Le dévoreur de mondes

Néologisme fourre-tout destiné à exciter l’imaginaire et à faire passer la pilule, le transhumanisme n’est pour Colomb, sociologue, qu’un bon vieux capitalisme toujours plus ensauvagé, qui s’ingénie à étendre son empire sur la totalité des choses – dont la GPA est l’arbre qui cache la forêt. Le constat est sidérant : fœtus avortés revendus à prix d’or en Russie pour des thérapies anti-vieillissement, collecte de cellules souches de prépuces de nouveau-nés en Corée du Sud, création de biobanques partout dans le monde pour satisfaire les appétits des grands labos. Revenant sur les origines du mal, Colomb explique comment nous sommes passés du « corps-relieur » de l’ère féodale au « corps-interrupteur » de l’âge industriel. Il montre que le capitalisme s’identifie lui-même à un corps cannibalisé, qui aurait besoin de se consommer pour s’étendre.

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Plus radical encore, la science, l’État et le capital relèveraient pour lui d’une même logique de dépossession et de monopolisation ; alors que sous couvert de morale, la bioéthique agirait comme facilitateur pour la bioéconomie.…

L’Incorrect

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