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Que faire de René Girard ?

Que faire de René Girard ? Comment rendre compte de la richesse d’une pensée si originale, et comment souligner les nombreux problèmes qu’elle pose ? Ce n’est, en effet, qu’en prenant conscience de ses limites que l’on peut en faire un usage fécond pour penser notre époque si tourmentée.

Girard est un électron libre génial, un astéroïde qui a traversé la critique littéraire, l’anthropologie et la théologie avec une quête authentique de vérité ; un chercheur d’une grande liberté intellectuelle fasciné par la théorie mimétique qu’il a inventée à partir de sa lecture de Stendhal, Cervantès, Dostoïevski, Proust, Flaubert, Shakespeare mais aussi des tragiques grecs, des mythes de nombreuses traditions religieuses et enfin de la Bible. Rappelons-en les éléments principaux.

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Du bouc émissaire à l’agneau de Dieu

Le désir est à distinguer du simple appétit sensible, nutritif et sexuel. Le désir que j’éprouve vient de l’imitation du désir de l’autre.…

[Idées] Le bons sens inspiré

Les éditions chrétiennes Mame poursuivent leur excellent travail d’exhumation des écrits inconnus de Gustave Thibon avec la publication de ces Propos d’avant-hier pour après-demain, un recueil inédit de conférences – du moins dans leurs grandes lignes, fixées sur feuille volante, mais dont il n’hésitait pas à se détacher – prononcées par le philosophe-paysan dans les années 50-60. « Ces canevas de conférences sont à son œuvre ce que les esquisses sont aux toiles ou aux sculptures des artistes » annonce très justement Françoise Chauvin en présentation.

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Et l’on retrouve en effet dans ces notes, par-delà leur dépouillement, leur nudité même – et sur des thèmes aussi divers que la patrie et la chrétienté, la paysannerie et la bourgeoisie, le vin et la mort, Nietzsche et Weil – toute la délicatesse thibonienne, sa rondeur et sa précision, la limpidité pénétrante de ses exposés, son refus des embrigadements et son souci révérencieux de dire le réel, sa foi lucide surtout qui lui fait voir derrière chaque problème la dimension spirituelle hors de laquelle il n’est point de salut.…

[Idées] Lunettes antimodernes

Avec La Tradition sans complexe, Arnaud Guyot-Jeannin, journaliste spécialiste de la pensée traditionaliste et auteur d’une biographie de Julius Evola, signe un ouvrage à la fois pédagogique et exigeant sur l’antimodernité. Après une brillante préface de l’abbé Guillaume de Tanoüarn, l’ouvrage se divise en deux parties. La première est un abécédaire thématique : des définitions percutantes, sans fioriture, permettent aux lecteurs de penser des thématiques aussi différentes que l’écologie, Charles de Gaulle ou l’Europe, dans une perspective antimoderne.

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La seconde est une galerie de portraits, qui nous fait redécouvrir la pensée de grands intellectuels de la tradition antimoderne. Outre les célèbres Charles Maurras ou Gustave Thibon, l’auteur nous présente les parcours moins connus du grand public de Denis de Rougemont ou de Paul Sérant. Et si l’ouvrage a le mérite de définir ce qu’est l’antimodernité, il revient aussi sur tout ce qu’elle n’est pas, à commencer par le conservatisme, le nationalisme et le libéralisme.…

[Idées] Dégénérations

Professeure de psychologie à l’Université d’État de San Diego (États-Unis), Jean Twenge brosse dans Generations le portrait des différentes générations vivantes, de la génération silencieuse née pendant la Grande Dé- pression à la génération Z, née au tournant du millénaire. En présentant les caractéristiques propres de chaque cohorte, elle analyse en détail les retombées sociétales de la révolution Mai 68 : d’une génération conformiste et conservatrice, qui se mariait tôt et qui avait en moyenne plus de trois enfants (les Silencieux), a émergé l’individualisme contemporain et des tendances que nous subissons toujours : dénatalité, problèmes de santé mentale, taux de suicide important.

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De génération en génération, de nouvelles attitudes dénotent cette constante individualisation, détricotant graduellement le tissu social solide des Silencieux, en amenant avec lui les contrecoups de cette liberté excessive. Lorsqu’elle se penche sur le moment présent, Twenge voit un nouveau basculement, comparable à 68 : les années 2013- 2014 marquent à la fois la naissance de l’idéologie woke, l’essor des réseaux sociaux et l’amorce d’une nouvelle crise de la santé mentale.…

[Idées] Contre la détestation de l’homme par l’homme : homo desperatus

Docteur en histoire moderne et un temps enseignante en bioéthique à l’institut de formation Capsud Méditerranée de Toulon, Véronique Bourgninaud signe un essai remarquable à la noble ambition : redonner espoir en l’homme. L’homme moderne serait effectivement plongé dans une impasse intellectuelle et éthique que l’essayiste nomme « errance existentielle ». En cause, trois maux qui sévissent dans notre société : le transhumanisme, la théorie du genre et l’antispécisme.

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Ces mouvements culturels et intellectuels, théorisés par l’homme contre lui-même, conduisent à la remise en cause d’un modèle anthropologique réaliste « qui reconnaît l’existence d’une nature humaine transcendante au reste du vivant et commune à tous les hommes indépendamment des représentations et des expériences que ceux-ci en font ». Une errance ayant pour conséquence la mutation de l’homo festivus en homo desperatus, qui se traduit, par exemple, par le néo-malthusianisme des « childfree », personnes refusant d’avoir des enfants par souci écologique.…

[Idées] David Ricardo : premier économiste

L’été 1816 fut pourri, forçant David Ricardo à rester chez lui pour finir le manuscrit dont il ne cessait de repousser la publication, celui des Principes de l’économie politique et de l’impôt. Le livre paraîtra l’année suivante et deviendra aux yeux de l’Histoire le deuxième grand classique de l’économie politique anglaise naissante, avec la Richesse des nations d’Adam Smith, que Ricardo avait découvert quinze ans plus tôt lors d’un séjour à Bath où Madame prenait les eaux.

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Archiviste paléographe, auteur d’un essai sur John Law, Nicolas Buat revient sur le cas Ricardo dans un petit livre à cheval sur les genres, à la fois biographie, essai, histoire de l’économie anglaise à l’époque et histoire des débuts de l’économie politique. D’un côté, Ricardo paraît appartenir à un monde disparu, encore agricole et manufacturier, largement pré-industriel ; il n’ajoute le chapitre sur les machines qu’à la troisième édition des Principes.…

[Idées] Not stolen : le mythe du «colon sauvage»

La cause est entendue : l’aventure européenne au Nouveau Monde ne serait rien de moins qu’un génocide, qui aurait amené la ruine de peuples égalitaires, féministes et environnementalistes avant l’heure, et qui constituerait le fondement illégitime de l’Amérique. Contre ce récit militant qui a le vent dans les voiles dans les médias et à l’université, l’historien américain Jeff Flynn-Paul rétablit les faits, et présente un portrait nuancé des relations entre Européens et Autochtones en Amérique. Déconstruisant le mythe du bon sauvage, il rappelle que les sociétés amérindiennes étaient fortement hiérarchisées et structurées autour de la guerre, et que l’esclavage, le cannibalisme et les sacrifices humains y étaient monnaie courante. Dans la mesure où le métissage s’est fait rapidement dès l’arrivée des colons, il est aussi difficile d’établir une coupure nette entre « oppresseurs » et « opprimés », comme le voudraient certains idéologues.

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Si Flynn-Paul ne nie pas que certaines atrocités soient le fait des Européens, pensons à certaines déportations aux États-Unis, c’est au final un rapport de force structurel, à la fois démographique, technologique et organisationnel, qui a consolidé la primauté européenne sur le continent, bien davantage qu’une intention génocidaire.…

[Idées]Ce sera mieux demain

Aucun doute, ce tableau politique très dense de Jérôme Fourquet fera rapidement partie des indispensables de tout parti. Le paysage politique français s’est profondément modifié durant ces vingt dernières années. Si le substrat politique traditionnel persiste encore dans certaines régions, de nombreux territoires (comme le bassin parisien) sont désormais en rupture totale avec leur histoire longue sous les effets de la désindustrialisation et de l’immigration ou, à l’autre extrémité, de l’accès aux dividendes de la mondialisation. L’analyse du profil des candidats à la députation de juin 2022 est à cet égard éclairante. En Marche sans surprise recrute essentiellement chez les cadres supérieurs bénéficiant d’un bon capital économique et culturel. Chez les Insoumis, le capital culturel reste élevé mais sans fort capital économique (enseignants, professions intermédiaires). Dans le bloc RN dominent les professions intermédiaires, les indépendants et les ouvriers.

Et l’avenir ? L’irruption du phénomène Macron a entrainé la quasi-disparition des partis de gouvernement.…

L’Incorrect

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