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[Idées] Purgatoire terrestre avec John Stuart Mill

Docteur en science politique et agrégée de philosophie, Camille Dejardin est dans son John Stuart Mill, libéral utopique d’une grande clarté conceptuelle qui permet de redécouvrir un grand penseur que sa vie hors norme, son intelligence exceptionnelle et sa grande capacité d’échange avec ses pairs ont conduit à aborder à peu près tous les sujets : liberté, religion, démocratie, limites à l’action humaine, ou encore émancipation des femmes. Comme le dit l’auteur, « son génie est d’avoir su allier la modernité d’une conception globalement matérialiste, agnostique et pragmatique, s’émancipant des traditions tout en demeurant ouverte à une pluralité de métaphysiques, avec une exigence de transcendance ».

Ce qui frappe, c’est que Mill garde toujours à l’esprit la vue d’ensemble sans jamais perdre ni le goût des détails, ni le sens de la nuance. Un vrai penseur du réel. Ses réflexions sur la place de l’éducation et de l’excellence dans le perfectionnement constant de l’humanité mènent au concept d’aristo-démocratie. Mill avait également conceptualisé une « religion de l’humanité », sans perspective surnaturelle de vie future (ce qui au passage montre à quel point il n’est pas utilitariste), mais soudant les humains vers un même idéal. [...]

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[Idées] Le Droit au sexe, ou des droits pour les tas
Si vous êtes intéressé par la pointe des débats féministes, ce livre est fait pour vous. Rassemblant plusieurs essais traitant des agressions, de la pornographie, du « droit au sexe » ou de la prostitution, Amia Srinivasan applique et radicalise la logique woke sur toutes les thématiques sexuelles. C’est que le sexe est politique, qu’il faut donc ôter les masques légaux-rationnels (choix, consentement, présomption d’innocence) pour inspecter ce qui se joue réellement dans nos draps, à savoir – pour elle – l’hétéronormativité, le racisme, le classisme, le validisme, patati patata. Sa thèse : la désirabilité est un pur construit politique, actuellement néfaste car d’essence patriarcale et blanche. Dans les débats féministes qui opposent libérales et moralistes (pro-porno vs anti-porno, etc), elle prône donc le dépassement : l’émancipation réelle ne sera atteinte qu’après l’« empouvoirement » des femmes et la « transfiguration des désirs », c’est-à-dire la mise à bas de la nature et de ses fondamentaux, de la culture et de ses préjugés. En clair, quoiqu’elle ne s’en rende pas compte, la voilà plus libérale que les libéraux, car c’est bien un choix véritablement éclairé qu’elle revendique – à condition qu’il soit possible d’être libre en étant nu et mû par ses sens, ce dont on doute fort. [...]
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Sébastien Lapaque : devenir et rester français avec Bernanos

On ne lit plus Charles Maurras, mais on lit Georges Bernanos. 75 ans après sa mort, comment expliquer ce retour en force de l’auteur du Chemin de la Croix des âmes ? Pourquoi séduit-il une partie significative de la jeunesse intellectuelle ?

Il y a la puissance de ses visions, la souveraineté de son allure, le style en poinçon de son combat, la variété de son inspiration : romans, essais, nouvelles, articles, conférences, portraits de saint (Jeanne d’Arc et Dominique de Guzmán) et pour finir un dialogue pour le cinéma devenu une pièce de théâtre et un livret d’opéra… En trois décennies d’écriture (1919-1948), voilà une bibliographie bien remplie. Les exégètes se régaleront également de textes rédigés avant la Première Guerre mondiale et de 1 500 lettres publiées en trois volumes, une correspondance trop souvent négligée. Selon une habitude en usage dans la collection, les éditeurs de la Bibliothèque de la Pléiade ont séparé son œuvre romanesque et ses essais et écrits de combat.

Lire aussi : Bernanos et les imbéciles

Une longue fréquentation des livres de Bernanos depuis mes années lycéennes me laisse aujourd’hui penser qu’il est regrettable de distinguer ainsi son œuvre non-fictionnelle en lui appliquant les catégories historiques de la littérature pamphlétaire et engagée. C’est négliger les longues prosopopées qui la rythment. Dans ses essais, l’écrivain adore faire parler la France, la Justice, la Technique et il le fait toujours en romancier. Dans Vivre et mourir avec Georges Bernanos, j’ai essayé d’interpréter sa vocation à l’aune de la klesis (l’appel), par là de rapprocher son engagement de l’apostolat paulinien. Cela nous permet sans doute de comprendre ce que l’auteur de L’Imposture entend par la Technique. Pierre Boutang disait que le Christ était l’autre de la marchandise. Eh bien, il me semble que pour Georges Bernanos, la Technique, c’est l’autre de l’appel logé au creux de l’appel. [...]

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[Idées] Paul Yonnet : populicide en direct
Sociologue et journaliste, notamment au Figaro Magazine, le regretté Paul Yonnet connaît une vie nouvelle et amplement méritée, avec la réédition de ce voyage au centre de l’enfer, c’est-à-dire de la France immigrée et antiraciste, cœur du mensonge mitterrandien dont nous payons, et combien, toujours les conséquences. Dire qu’en 1991, quand parut ce livre, il avait déjà tout vu est un euphémisme terrible : rien n’a changé du point de vue de l’idéologie ; tout a changé du point de vue démographique. [...]
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Slava Ukraini : la crucifixion de l’Ukraine

L’essai brillant et riche de Jean-François Colosimo, théologien orthodoxe et directeur des éditions du Cerf, s’intéresse moins à la géopolitique qu’aux fractures religieuses qui la motivent ; et c’est dans le repli des querelles entre catholiques romains et catholiques orthodoxes, entre orthodoxes entre eux, entre les deux patriarcats, Moscou et Constantinople, qu’il faut comprendre la crise identitaire qui amène aujourd’hui Poutine à vouloir envahir l’Ukraine afin de l’anéantir en l’assimilant à sa puissance impériale, désormais mal en point.

Soutenu par l’ancien guébiste Vladimir Goundiaïev, alias Cyrille de Moscou, Patriarche sans foi ni loi, Vladimir Poutine dans la pseudo croisade qu’il mène contre l’Ukraine, illustre la tentation d’une puissance purement politique qui asservit le spirituel à ses propres fins, la conquête territoriale étant aussi une conquête métaphysique placée sous l’égide du néant. [...]

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Christophe Guilluy, le peuple et la grande aliénation matérialiste

Après la « France périphérique » et les « gens ordinaires », Christophe Guilluy adopte une nouvelle terminologie, les « dépossédés », pour décrire cette France des marges qui gronde d’avoir été dépouillée socialement, politiquement et culturellement – moyen aussi pour lui de redonner à cette France d’en bas une unité sociologique qu’il juge plus réelle que l’atomisation induite par l’« archipel français » de Fourquet (se rejoue ici le vieux débat sur la conscience de classe).

Comme toujours, et c’est son grand intérêt, le géographe examine à la loupe des phénomènes sociologiques qui autrement passeraient sous les radars de l’intelligentsia. Il se penche sur la lente privatisation des littoraux (après celle des centres-villes) par le double phénomène de gentrification/airbnbisation qui relègue les classes populaires dans les territoires intérieurs loin de tout, puis rappelle que les banlieues sont elles, malgré les pleurnicheries, en phase d’ascension sociale : la mobilité sociale dépasse 40 % en Seine-Saint-Denis contre moins de 25 % dans la Creuse. Au fond, il nous réapprend l’importance des distances physiques, quand la modernité promettait de les abolir par l’automobile. Mentionnons d’autres remarques très justes sur la révolte des élites (mais on le sait depuis trente ans avec le livre éponyme de Lasch), sur le verbiage technocratique qui brouille tout, sur l’« abstinence sociale du monde d’en haut » ou sur la diabolisation médiatique des petites gens. Sa conclusion est limpide : les gens ordinaires se révoltent légitimement pour préserver un mode de vie qui peu à peu s’évapore.

Jamais une quelconque critique de ces gens ordinaires n’est esquissée, comme si tout ce qui est populaire était légitime parce que populaire sans que ne se pose la question du bien

Toutefois, et quoique l’auteur répète à longueur d’entretiens qu’il n’idéalise les classes populaires ni ne vomit les élites, son ouvrage verse dans les facilités marxistes les plus binaires, en opposant deux cents pages durant les gens ordinaires tout beaux tout propres aux méchantes élites – auxquelles il prête d’ailleurs une unité factice. Jamais une quelconque critique de ces gens ordinaires n’est esquissée, comme si tout ce qui est populaire était légitime parce que populaire sans que ne se pose la question du bien ; or, par souci de lucidité, il nous faut reconnaître leur part de responsabilité dans cette modernité qui déraille car ils en ont embrassé le rêve parousiaque au mépris des sagesses antiques. [...]

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Éditorial idées de novembre : L’heure de voir ce que l’on voit

Il est une façon de penser contre-intuitive qui n’a rien à voir avec le fait de penser en fonction des modes et pour être dans le coup, mais qui consiste à s’efforcer de penser à l’heure. Ni en avance, ni en retard, à l’heure, c’est-à-dire selon la singularité propre à l’instant T. La chose est difficile parce qu’elle réclame patience et sang-froid, qu’en outre nous pensons naturellement par analogie, donc en comparant ce qui se présente à nous, en premier lieu sous la forme de l’accident, avec ce que nous connaissons déjà et dont, de ce fait, nous croyons éprouver la répétition. Car il ne s’agit pas de comprendre l’adage de Péguy « voir ce que l’on voit » comme l’éloge de l’opinion brute, mais de savoir que pour pouvoir voir ce que l’on voit, on doit s’efforcer de ne pas le regarder d’abord à la lumière du déjà-vu. Voir est difficile et dire plus encore, et le courage authentique de dire ce que l’on voit, c’est le courage envers soi-même d’avoir tenté de voir, avant de dire, en saisissant la singularité de chaque chose pour pouvoir la dire de la façon la plus juste.…

Antonin-Gilbert Sertillanges : docteur exceptionnel

Antonin-Dalmace, entré en 1883, à vingt ans, dans l’ordre prêcheur des Dominicains sous le nom d’Antonin-Gilbert, promu secrétaire de la Revue thomiste dès sa fondation en 1893, professeur de philosophie morale à l’Institut catholique de Paris en 1900, dirigera la Revue des jeunes pour qui il traduira de grandes questions de la Somme théologique. Esprit réaliste au sens philosophique, contemporain très proche de Bergson sur la foi de qui il a des pages émouvantes, Sertillanges sera surtout et d’abord l’un des rénovateurs du thomisme dans l’esprit de l’encyclique Aeterni patris de Léon XIII (1879). Le dominicain livrera en 1910 deux forts ouvrages sur le « boeuf muet de Sicile », destinés à le rendre accessible à tous. Il y brosse le portrait d’un Saint Thomas plus aristotélicien qu’Aristote lui-même

Le néo-thomisme embrasera toute la sphère catholique intellectuelle, particulièrement française. Aux côtés de Maritain ou d’Étienne Gilson, avec qui il joutera régulièrement, surtout avec le premier dont il jugeait le thomisme trop tributaire du grand commentateur Jean de Saint Thomas, Sertillanges participera à l’admirable mouvement de rapprochement d’une science imbue de son athéisme et de la pensée catholique. La crise moderniste traversée, à laquelle il prendra part plutôt du côté « moderniste » comme nombre de lecteurs de S. Thomas, notre homme se penchera sur le rôle et la nécessité du syndicalisme chrétien, notamment dans Socialisme et christianisme. [...]

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