



Dans un premier tome – Greta a tué Einstein –, Jean-Paul Oury montrait comment l’écologisme, incarné par la jeune Greta Thunberg, était une sorte de foi dans une Nature déifiée, et visant en fait à démanteler tout ce qui fonde notre civilisation. Dans ce deuxième opus – Greta a ressuscité Einstein –, l’auteur montre que les tenants de cet écologisme très peu scientifique sont allés plus loin et utilisent maintenant la science comme argument d’autorité pour faire taire les récalcitrants. Le sous-titre décrit très bien cela : « La science entre les mains d’apprentis dictateurs. » Riche, documenté, argumenté et rigoureux, cet essai est à mettre entre toutes les mains pour comprendre notre époque, et ne pas se faire manipuler. Le schéma d’action de ces « prophètes » est toujours le même : susciter la peur devant des dangers plus ou moins avérés, abuser du principe de précaution pour empêcher tout progrès scientifique et technique (on ne peut jamais garantir qu’une technologie est sans risque), s’appuyer sur des idéologues déguisés en scientifiques pour faire taire toute discussion au nom du consensus.…


Le moins que l’on puisse dire, depuis trois ans, c’est que l’époque se précipite. L’histoire revient sous la forme de catastrophes qu’on percevait comme à jamais bannies de la sphère occidentale. Épidémies, guerres de haute intensité menaçant de se mondialiser : en l’espace de quelques mois le monde a plus changé qu’en vingt ans, retrouvant ainsi la narration brutale qu’on croyait seulement circonscrite aux livres d’histoire. Ce faisant, l’humanité européenne a dû commencer à renoncer à ce qu’elle tenait pour acquis : la paix perpétuelle à peine dérangée par un terrorisme métastatique, le confort de la civilisation et la mort houellebecquienne que l’on goûte après une vie rationalisée par la jouissance et épuisée par l’ennui. Craignons donc qu’à l’avenir les choses empirent, que la violence s’impatronise, que le chaos devienne la norme, bref, comme le chantait Dylan, que les temps changent.
Nous pouvons le craindre et nous devons nous y préparer ; aussi, déjà, il faut commencer de se méfier des enchanteurs qui se parent du beau nom de réalistes, et qui ne sont que des cyniques ; qui disent que nous pourrions demeurer tranquilles, à l’abri de ce qui se trame ; que la guerre est atroce – en quoi ils ont raison, parce qu’elle l’est toujours – et que la paix est forcément bonne – ce qui est à moitié vrai, donc nécessairement faux.…



Vous prêtez un projet militant à Spinoza, dissimulé sous l’apparat de la rigueur philosophique, quel est ce projet ?
Spinoza a un projet militant : ruiner le pouvoir des théologiens et des religieux et mettre fin à sa collusion avec le politique. L’union du sabre et du goupillon aura un double effet : l’élaboration d’une religion minimale et nationale destinée à anesthésier le peuple et l’abolition des guerres fratricides.
Lire aussi : [Idées] Science du divin
Or, lorsque Spinoza naît en 1632, personne à Amsterdam ou dans la République des Provinces-Unies n’est obligé d’adopter une religion sous la contrainte. Le politique tient la bride courte au religieux et impose une efficace tolérance. Spinoza se bat donc pour remporter une victoire déjà gagnée par d’autres. Pour ce faire, il lui faut néanmoins désacraliser la Bible. Mon livre analyse les moyens mis en œuvre par Spinoza pour parvenir à ses fins : mensonges, trucages, contradictions, travestissement de l’histoire, à quoi s’ajoutent les passions tristes qu’il déclare combattre, tous artifices indignes de la part d’un philosophe.…
L’Incorrect
Retrouvez le magazine de ce mois ci en format
numérique ou papier selon votre préférence.

