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Corse : à la recherche d’une patrie

Paul-François Paoli n’est pas connu pour sa haine de la France, c’est le moins que l’on puisse dire. Pourtant dans ce dernier ouvrage, accusant notre grande patrie d’avoir perdu de sa superbe, il lui oppose son petit pays, la Corse, qu’il pare d’atours à notre sens indus, comme l’identité triomphante, la foi catholique et la résistance à l’envahisseur. (Précisons-le, parce que le local est susceptible comme chacun sait depuis Astérix, et partant dénie aisément à quiconque le droit de parler de lui : l’auteur de cette critique est lui-même pour partie corse). Les Corses sont des Français en plus petit, c’est certainement la leçon véritable de ce livre. […]

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Kit mots libres

La sémantique est un combat que la gauche domine largement de nos jours. Geoffroy de Vries a décidé de le livrer. Il dénonce, c’est le sens du titre, la confiscation de près d’une centaine de mots par le camp progressiste qui en a tordu le sens au service de son programme et s’applique, avec patience et clarté, à leur rendre ce sens perdu. Organisé par thèmes tels que « Sociétés et relations humaines » ou « Le rapport à Dieu » l’ouvrage ressemble à des conclusions d’avocat, précises et d’une langue agréable, visant à l’élargissement de la langue française injustement prisonnière. […]

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Castellani, la voix véritable : entretien avec Éric Audouard (2/2)

Ce qui rend unique à mes yeux Castellani, c’est son « esthétique du temps », à ce titre il est très proche de Baudrillard, notamment lorsqu’il dénonce la grande parodie des temps modernes.

« On ne peut attaquer directement le Parodique sans risquer de blesser ce qui se trouve derrière. Le rayonnement radioactif de l’humour est requis. » La délicatesse de ce « sans risquer de blesser » ne vous semble-t-elle pas marquer une fracture entre la pensée d’un Castellani – humaine, latine, affectueuse – et la critique acide, cérébrale, sans joie, des « théoriciens de la post-modernité » ? Il percevait la souffrance de la réalité blessée – souffrance de l’homme, mais aussi souffrance de la substance humiliée par sa falsification, du principe outragé par son inversion, du langage assassiné par le charabia, etc. Et il n’a jamais posé en dandy ou en photographe esthète devant l’effondrement des hommes, devant l’abandon de leur « fragile patrimoine intellectuel et moral » – aussi piteuses que fussent les conséquences de cet effondrement et de cet abandon. Il s’est attaché à sauver ce qui pouvait l’être : non les fruits – pour la plupart pourris – mais la semence de la Vérité, qui est éternelle.

En quoi Castellani parvient-il selon vous à raccorder son expérience d’homme à l’exercice de la spéculation théologique ?

Permettez-moi de formuler les choses simplement, avec naïveté même : soit vous suivez le Christ, soit vous suivez une autre route, d’autres modèles, qu’il s’agisse d’une idole ou de votre propre « épanouissement ». Castellani a choisi la porte étroite, le renoncement à soi, la solitude et le silence de celui qui s’engage sur le chemin de la foi. Le croyant résout les tensions qui l’écartèlent par un « acte existentiel », dans l’engagement total de son âme, qui choisit de servir plus grand qu’elle.

Lire aussi : Castellani, la voix véritable : entretien avec Éric Audouard (1/2)

Comme théologien, Castellani est un apologète, non un propagandiste. Or l’Église de son temps s’est précipité dans la propagande, dans la recherche des suffrages, du succès, de la télévision. Pour le dire à sa manière, l’Église a eu la télé pendant que Castellani gardait la vision. L’une de ses missions fut de sortir la théologie et l’exégèse de l’ennui et de la sécheresse où elles se trouvaient. Il y est parvenu parce qu’il n’était pas un « professionnel », mais un homme en guerre, engagé dans une lutte à mort contre le pharisianisme. C’est une chose sérieuse que ce combat, et qui vous relie au combat du Christ d’une façon bien plus charnelle que tous les diplômes universitaires – qu’il avait obtenus par ailleurs ! [...]

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Castellani, la voix véritable : entretien avec Éric Audouard (1/2)

Pouvez-vous revenir sur votre rencontre avec Castellani et son œuvre, qui sont plutôt méconnus en nos terres ?

Quasi inconnus – même en Argentine, son propre pays. C’est en m’intéressant à l’euphémisation du péché dans le monde moderne, ainsi qu’aux maladies mentales et à leur caractère épidémique à partir de la Renaissance, que je suis tombé sur ses écrits. Ils m’ont fait un tel effet qu’ils m’auraient converti si je n’étais revenu à la foi bien auparavant, avec toutes les difficultés que cela comporte en France, où le scepticisme et l’irréligion sont des brevets de sérieux littéraire et intellectuel. Ayant abandonné l’agréable projet de m’y faire une situation, traduire et défendre Leonardo Castellani m’a paru le moyen le plus rapide d’aggraver mon cas.

Lire aussi : Castellani, la voix véritable : entretien avec Éric Audouard (2/2)

Mais avant toutes choses, il faut souligner le trait le plus frappant de son esprit, parce qu’il fait défaut aujourd’hui: l’humour, un humour authentique, qui est le privilège de la pensée chrétienne réaliste, le garant de toute humilité, le rayon ultraviolet qui détecte le faux, le déformé, l’inepte et le contradictoire – « signe d’une intelligence saine, capable de contempler l’être dans son harmonie et de comprendre la splendeur de sa beauté », comme disait le père Uriburu, un autre prêtre argentin.

Vous parlez de lui comme d’un « être viscéralement religieux ». À plusieurs reprises dans cette anthologie, on sent en effet que sa foi est d’abord inscrite dans sa chair, parfois douloureusement, parfois instigatrice de folie : comment Castellani était-il perçu par ses pairs ? De quel autre écrivain radical et catholique le rapprocheriez-vous ?

Leonardo Castellani n’était pas « fou », sinon aux yeux d’une société pour laquelle seuls le profit, le goût du pouvoir et la quête de satisfaction immédiate méritent d’être qualifiés de raisonnables et de rationnels. Dans un tel monde, quelqu’un qui ne se rend jamais à ces puissances passe ordinairement pour un anormal. Mais il avait toute sa tête – une tête merveilleusement structurée – et c’est bien pourquoi on a voulu la lui couper. Quelqu’un a résumé en une phrase l’impression qu’il faisait sur ses pairs : « Nous étions tellement habitués à l’atmosphère d’impuissance et de prostration dans laquelle baignait le clergé que la stature verticale de Castellani nous frappa comme un attentat aux bonnes mœurs ». Pour cette raison, certains l’admirèrent ; pour la même raison, la plupart des autres le maudirent et s’acharnèrent contre lui comme s’il était un terroriste. Ces derniers ne se trompaient pas, au fond, car dans le royaume de servitude et de lâcheté qu’est en train de devenir la société des hommes, le Christ lui-même est une sorte de terroriste : à son approche, les démons ne sont-ils pas littéralement terrorisés ? Voilà 2 000 ans que cette arête de poisson est coincée dans la gorge des siècles ; elle ne passe pas et ne passera jamais.

Quand on découvre Castellani, comme les repères nous manquent, on peut penser à Chesterton, à Belloc, à Bernanos, à Lewis, à Thibon, etc., mais il faut renoncer à le comparer, comme à ranger son œuvre dans un genre ou une discipline. Apologète et polémiste, exégète et poète, philosophe et conteur, prédicateur et journaliste, théologien et romancier – souvent simultanément, qui plus est – il est un genero único, un « genre en soi », selon le mot d’un de ses préfaciers. [...]

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Il voulut être Rubempré, il fut Rastignac

La France n’a pas dit son dernier mot, affirme Éric Zemmour. La France sûrement, l’Histoire que le journaliste aime tant nous l’apprend, ce vieux pays se relève toujours, mais Éric Zemmour, lui, avait-il autre chose à dire que ce qu’il avait déjà écrit, quelque chose de nouveau ? Dès l’introduction, le ton surprend. Plus intime, plus interrogatif, le journaliste ne propose pas comme annoncé la suite du Suicide français mais l’avènement d’un nouveau Zemmour : le statut de star médiatique et tronçonneur en chef des tabous ne suffit plus. « Maintenant il faut agir », lui dit son fils. […]

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La littérature contre la lettre

L’image que donne Alain Finkielkraut est celle d’un éternel mécontent, un grincheux par principe qui plutôt que de se réjouir d’un prétendu miracle progressiste ne cesse de pester contre une modernité à laquelle il ne trouverait aucun charme. On pourrait le comprendre tant le présent, pour celui qui le scrute, offre la plupart du temps le spectacle tout à la fois dérisoire et sinistre d’une modernité qui ne sait plus quel prétexte trouver à la détestation de ses propres fondations et qui se ridiculise dès que possible, quand elle ne nourrit pas le ressentiment des monstres qui, en bons modernes, rêvent de la dévorer. Mais cette image, comme souvent les images, est fausse car ce qui énerve Alain Finkielkraut, ce n’est pas la modernité, ce n’est pas non plus le progrès dont il faut bien reconnaître, par esprit d’équité, qu’il n’a pas que du mauvais, c’est l’impossibilité de la nuance vers quoi les hommes se dirigent, l’ensauvagement d’un monde qui ne sait plus dire que le Blanc ou le Noir, quitte à cela d’inventer un Noir qui permette de redonner son éclat perdu à un Blanc toujours plus caricatural, et dont le renoncement à la littérature figure tout à la fois le symptôme et la cause.

Nous voici entrés de plain-pied dans ce nouvel espace pseudo-civilisationnel qu’Alain Finkielkraut appelle l’Après-Littérature

C’est-à-dire que nous voici entrés de plain-pied dans ce nouvel espace pseudo-civilisationnel qu’Alain Finkielkraut appelle l’Après-Littérature, lequel voit en Tante Céline, un personnage de Proust répugnant aux bienséances hiérarchiques du temps de Saint Simon, l’espèce de symbole… littéraire ; soit quelqu’un que la distinction entre les êtres révolte parce que cette séparation formelle augurerait là d’une forme d’injustice. Aussi, il n’est pas seulement question de littérature dans ce livre composé de petits chapitres qui prennent chacun un fait médiatique de l’époque que nous traversons sur lequel l’académicien disserte humblement ; il en est question évidemment, on retrouve d’ailleurs l’intérêt de Finkielkraut pour certains écrivains tutélaires qu’il convoque régulièrement, parmi lesquels Philip Roth ou Milan Kundera, mais il est surtout question de distinction, de nuance, de hiérarchie, et donc de civilisation et de justice et, par conséquent, de morale dans le sens le plus noble que peut porter ce terme, à présent dévoyé par les tenants de l’Empire du Bien décrit avec une actualité troublante par Philippe Muray et qui, à l’instar des prêtres de Nietzsche, ont fait de la morale une pure moraline, autrement dit un simple instrument de domination. [...]

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Éditorial essais d’octobre : Le Diable et celui d’en face

L’avantage avec Dieu, c’est que l’on sait où Il se trouve, Il est situable, Il habite la Vérité, laquelle reste difficile à trouver, indicible, revêche le cas échéant, un rempart croise avec un écrin, c’est l’existence, ça n’est pas facile et c’est confus, mais au moins si on l’ignore forcement c’est là, en témoignage de l’invisible présence de tout ce qui nous dépasse. Le problème avec le diable, c’est qu’on le voit facilement ; et d’abord dans le camp d’en face. On le voit remuer mollement ses ailes immenses avant de les déployer pour s’élever dans le ciel et fondre sur nous. On le voit dans tout ce qui n’est pas nous et dans tout ce qui nous menace, on le voit dans ce qui nous nie et qui se dresse en face, car aussi haut le Diable puisse-t-il monter pour nous impressionner il demeure celui qui habite l’horizon, l’abscisse est son domaine, l’invisible un exil auquel il n’a pas droit.…

Jackie et Martel
À défaut d’être édités en Pléiade, les « Dits et écrits » de Jack Lang ont trouvé leur place chez Bouquins qui accueille habituellement des intégrales de Barrès, Baudelaire, Tocqueville, Tacite ou Joseph de Maistre. Un anoblissement pour l’ancien grand ministre de la Culture, prélat du socialisme triomphant des années Mitterrand, qui n’en demandait probablement pas tant à un Frédéric Martel « autorisé » pour l’occasion à fouiller dans ses archives. Le résultat de ce travail donne un livre épais de 1 312 pages vendu au prix modique de trente-deux euros. [...]
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