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Castellani, la voix véritable : entretien avec Éric Audouard (2/2)

Leonardo Castellani, prêtre catholique argentin, est l’auteur d’une œuvre radicale où se mêlent théologie, poésie et exégèse aux allures de pamphlet anti-moderne. Malheureusement inconnu en Europe, il a fallu l’opiniâtreté et la dévotion de l’écrivain et traducteur Éric Audouard pour défricher la production du jésuite rebelle. Le deuxième recueil de ses textes traduits en français, La Vérité ou le Néant vient de paraître : lumières sur un esprit indompté. Partie 2/2.

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© Jacques Terpant

Ce qui rend unique à mes yeux Castellani, c’est son « esthétique du temps », à ce titre il est très proche de Baudrillard, notamment lorsqu’il dénonce la grande parodie des temps modernes.

« On ne peut attaquer directement le Parodique sans risquer de blesser ce qui se trouve derrière. Le rayonnement radioactif de l’humour est requis. » La délicatesse de ce « sans risquer de blesser » ne vous semble-t-elle pas marquer une fracture entre la pensée d’un Castellani – humaine, latine, affectueuse – et la critique acide, cérébrale, sans joie, des « théoriciens de la post-modernité » ? Il percevait la souffrance de la réalité blessée – souffrance de l’homme, mais aussi souffrance de la substance humiliée par sa falsification, du principe outragé par son inversion, du langage assassiné par le charabia, etc. Et il n’a jamais posé en dandy ou en photographe esthète devant l’effondrement des hommes, devant l’abandon de leur « fragile patrimoine intellectuel et moral » – aussi piteuses que fussent les conséquences de cet effondrement et de cet abandon. Il s’est attaché à sauver ce qui pouvait l’être : non les fruits – pour la plupart pourris – mais la semence de la Vérité, qui est éternelle.

En quoi Castellani parvient-il selon vous à raccorder son expérience d’homme à l’exercice de la spéculation théologique ?

Permettez-moi de formuler les choses simplement, avec naïveté même : soit vous suivez le Christ, soit vous suivez une autre route, d’autres modèles, qu’il s’agisse d’une idole ou de votre propre « épanouissement ». Castellani a choisi la porte étroite, le renoncement à soi, la solitude et le silence de celui qui s’engage sur le chemin de la foi. Le croyant résout les tensions qui l’écartèlent par un « acte existentiel », dans l’engagement total de son âme, qui choisit de servir plus grand qu’elle.

Lire aussi : Castellani, la voix véritable : entretien avec Éric Audouard (1/2)

Comme théologien, Castellani est un apologète, non un propagandiste. Or l’Église de son temps s’est précipité dans la propagande, dans la recherche des suffrages, du succès, de la télévision. Pour le dire à sa manière, l’Église a eu la télé pendant que Castellani gardait la vision. L’une de ses missions fut de sortir la théologie et l’exégèse de l’ennui et de la sécheresse où elles se trouvaient. Il y est parvenu parce qu’il n’était pas un « professionnel », mais un homme en guerre, engagé dans une lutte à mort contre le pharisianisme. C’est une chose sérieuse que ce combat, et qui vous relie au combat du Christ d’une façon bien plus charnelle que tous les diplômes universitaires – qu’il avait obtenus par ailleurs ! [...]

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