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Edmund Burke : la prudence conservatrice

Novembre 1790 : en signant ses Réflexions sur la Révolution de France au succès tonitruant, Edmund Burke (1729-1797) formalise le tempérament contre-révolutionnaire, et devient par la même occasion le père du conservatisme moderne. En Albion, il est applaudi par les Tories mais divise son camp – Thomas Paine lui répond par son virulent Droits de l’homme. Pendant longtemps, les émigrés de Coblence en font leur bréviaire, avant de passer au providentialisme maistrien. Traduit outre-Rhin par Friedrich von Gentz, futur bras droit de Metternich, il attise la flamme romantique et devient l’arme de résistance contre la pénétration des idées révolutionnaires via l’impérialisme napoléonien.

Bien que Whig, cette critique univoque de la Révolution est en parfaite cohérence avec ses positions antérieures. Député aux Communes, il prend fait et cause pour son Irlande natale puis pour les colons anglais installés en Amérique, non pas qu’il soit favorable à l’indépendance – il la regrettera et rêvera d’une réintégration – ni aux idées revendiquées, mais plutôt qu’il cherche à préserver les coutumes institutionnelles contre le pouvoir personnel de George III. Surgit alors la Révolution française, à laquelle Burke s’oppose au nom du même droit de la continuité. Quiconque a lu ses Réflexions aura été frappé par leur désordre : pensé au départ comme lettre adressée à Charles-François de Pont, conseiller au Parlement de Paris, l’écrit s’est transformé au fil des humeurs en un pamphlet copieux et fiévreux où Burke, en plus de prédire les futures atrocités de la Terreur, condamne les droits de l’homme et la tabula rasa révolutionnaire – et avec eux les interprétations démocratiques de la Glorious Revolution. [...]

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Saint-Pierre-et-Miquelon, l’archipel à la croix de Lorraine
Poussière d’empire accrochée à la côte sud de Terre-Neuve, dernier vestige français des « arpents de neiges du Canada », les îles de Saint-Pierre et de Miquelon ont joué un rôle important dans la construction de la légende dorée de la France libre. En 1940, la présence militaire française dans l’archipel se limite au vieil aviso à charbon Ville d’Ys qui appareillera vers les Antilles après l’armistice. Le 24 décembre 1941, l’amiral Muselier débarque à Saint-Pierre sans coup férir à la tête d’une minuscule flottille. Le ralliement de l’archipel est acté dès le lendemain par un plébiscite. Les Américains sont furieux. [...]
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Muray aggrave son cas

Ce nouveau tome du journal couvre les années 1992 et 1993, soit sept cents pages pour seulement deux années de la vie de Muray ! Des années qui voient l’apothéose de la Mitterrandie putrescente : référendum sur le traité de Maastricht, suicide de Bérégovoy, lancement d’Arte… Elles voient aussi l’acculturation de la France à l’american way of life, dont l’implantation d’EuroDisney fait alors augure d’effroyable symbole. Mais le pays, déjà, sécrète ses premiers anticorps comme L’Idiot international auquel Muray contribue. Lui traverse presque indemne ces sinistres années en pratiquant, comme à son habitude, l’art du dégagement aristocratique, tout en excitant à tout propos sa misanthropie native jusqu’à aggraver méthodiquement chaque symptôme de son « rejet de greffe ».

Sous son plus mauvais jour

Ultima necat est désormais pour lui une forme d’automédication : « Je n’écris plus, je produis du contrepoison ». Il est également une arme privilégiée dans la guerre permanente qu’il livre à l’époque, mais aussi aux autres qu’il tient à distance comme pour les empêcher d’altérer sa singularité. Le journal est le moyen de leur échapper mieux, sa tenue quotidienne participe et témoigne d’un art de vivre caché : « Qu’est-ce que tenir son Journal ? Multiplier les pensées clandestines, les actes négatifs, traverser la vie en fraude, tromper tout le monde ». [...]

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Des hommes de SAC et de corde

Né des réseaux de la résistance, le Service d'action civique (SAC), organisation de gros bras parfaitement dévoués à la cause de la grande Zohra, jouit de cette grâce d'avoir su être discret lorsqu'il le fallut (la traversée du désert avant 58) et impressionnant quand il en était besoin (contre l'OAS, durant la guerre d'Algérie). 

Cornaqué de loin par l'éternel Foccart, et organisé de près par des barbouzes comme l'étrange Pierre Debizet, le SAC que décrit François Audigier dans cette demi-somme (le livre ne s'étend que sur la décennie 58-69) se révèle vraiment comme une police politique occulte qui, réactivée pour la prise de pouvoir de de Gaulle, jouera un rôle majeur dans les crises fatidiques comme celle de 68, ou celle de l'Algérie quand bien même la majorité de ses membres était favorable au maintien. [...]

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Philippe II d’Espagne et le « Siglo de Oro »
Bien avant l’Angleterre, Philippe II fut le monarque d’un empire mondial. Il domine l’Amérique espagnole, depuis que Cortès a débarqué au Mexique. Il ouvre l’Asie à la conquête avec la prise de Manille en 1571. Sur le continent, il règne sur les différents royaumes et principautés d’Espagne (Aragon, Castille), les Pays-Bas et une partie de l’Italie. Cet ensemble disparate est sous la menace des Ottomans en Méditerranée. Soliman le magnifique veut s’emparer de Malte et les pirates algériens mènent des razzias dans le sud de l’Espagne. La victoire de Lépante met un frein à l’expansion ottomane. À l’intérieur, Philippe II doit affronter le schisme religieux. Le protestantisme a cessé d’être une bizarrerie allemande et se répand aux Pays-Bas, en Flandres et même en Espagne. Le Duc d’Albe (barbe en pointe, regard de vipère) se charge de la rééducation des huguenots : les iconoclastes sont décapités, les hérétiques brûlés. Philippe II est un catholique en treillis de combat. Quelque peu énervé par les Sarrasins, il force les Arabes ibériques (appelés morisques) à s’intégrer. Parler arabe est désormais interdit, les prénoms devront être choisis dans le calendrier chrétien. Du Zemmour avant Zemmour ! [...]
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Penser le déclin avec Spengler
En ces temps troublés, excellente idée que de publier en poche le très célèbre Déclin de l’Occident, ouvrage au « titre proprement providentiel » paru dès après la Première Guerre mondiale, qui sut plus qu’aucun autre parler à l’Allemagne défaite quoiqu’il traite de la « lente pulsion des siècles » d’après les justes mots de Johann Chapoutot. Œuvre proprement monumentale qui devait réunir tous les savoirs et clore les débats de la vaine philosophie, composée par le virtuose mais ténébreux Oswald Spengler, Le Déclin se veut une révolution copernicienne de l’histoire : préférant la morphologie comparée des corps sociaux à la causalité mécanique des événements, le philosophe substitue au temps fléché vers le meilleur des progressistes un temps circulaire et cosmologique. Telle une plante, chaque civilisation est un organisme vivant qui connaît une phase de formation, de maturité et de dépérissement. [...]
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Hélie Denoix de Saint Marc : le Preux et le Croisé

C’était le mercredi 26 avril 1961 : le putsch d’Alger a échoué et le commandant du 1er R.E.P. Hélie Denoix de Saint Marc se constitue prisonnier. De retour en France, comme il le relate dans ses mémoires Les Champs de braises, les autorités lui posent la question rituelle : « Avez-vous déjà été condamné ? ». Il répond : « À la perpétuité, par les Allemands ». Son procès n’est pas encore commencé que le ton est bel et bien donné.

Saint Marc comparaît devant le Haut Tribunal militaire le 5 juin 1961, et c’est le compte rendu intégral du procès publié chez les Nouvelles Éditions Latines, abondamment annoté et commenté par Bernard Zeller – le fils d’un des généraux du putsch, André Zeller –, qui nous permet de plonger dans les drames qui ont drapé l’événement. Plus que son action dans la Résistance, les vingt-deux mois passés dans les camps de concentration ou son combat en Indochine, c’est son procès pour participation au Putsch des généraux qui a fait sa renommée. Face à un pouvoir public qui requit contre lui la peine injustement lourde de vingt ans d’emprisonnement, encensé par des témoins qui regrettaient de devoir déposer contre lui, soutenu à demi-mot par l’avocat-général, puis frappant tous ceux présents par sa droiture et ses répliques sans faille, Saint Marc a, pour citer l’historien Olivier Dard en préface de l’ouvrage, « marqué l’histoire comme la mémoire de la France contemporaine ». [...]

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L’Inconomiste – Appauvrissez-vous : vive la dette !

Que l'on évoque la dette des ménages ou la dette publique, on ne l'envisage souvent que sous l'angle des simples relations économiques, donnant raison à Marx, qui dans le Manifeste du parti communiste, critiquait ainsi la bourgeoisie : « Partout où elle a conquis le pouvoir, elle a foulé aux pieds les relations féodales, patriarcales et idylliques. Tous les liens complexes et variés qui unissent l'homme féodal à ses “supérieurs naturels”, elle les a brisés sans pitié pour ne laisser subsister d'autre lien, entre l'homme et l'homme, que le froid intérêt, les dures exigences du “paiement au comptant”. Elle a noyé les frissons sacrés de l'extase religieuse, de l'enthousiasme chevaleresque, de la sentimentalité petite-bourgeoise dans les eaux glacées du calcul égoïste ».

La dette fait partie de la condition humaine

Rétablir le caractère multiple et profondément humain de la dette est l'ambition de l'essai que publie Hubert de Vauplane (éditions Première partie). Sous le titre provocateur Endettez-vous ! qui répond par-delà les siècles à l'exhortation bourgeoise de Guizot Enrichissez-vous !, l'auteur, avocat associé dans un cabinet d'affaires américain et professeur associé à Sciences Po, remet en perspective la notion de dette en montrant qu'elle fait partie de la condition humaine.

Lire aussi : L’Inconomiste – Plaidoyer pour L’État stratège

Nous sommes ontologiquement débiteurs, d'abord par rapport à Dieu qui nous a créés et nous a rachetés par la Croix de la dette du péché. « Car le salaire du péché, c'est la mort ; mais le don gratuit de Dieu, c'est la vie éternelle en Jésus-Christ notre Seigneur », dit saint Paul (Rm, VI, 23). Reconnaître la dette du péché est le préalable indispensable pour s'ouvrir à la miséricorde de Dieu et accueillir son salut. C'est vrai d'un point de vue individuel comme collectif car le péché originel est cette dette collective de l'humanité pécheresse à l'endroit de son créateur pour avoir troublé l'harmonie du cosmos par la démesure infinie du péché. 

Dans ce contexte, on comprend que Nietzsche ait voulu affranchir l'humanité de cette culpabilité ontologique qui pèse sur l'homme. Dans la Généalogie de la morale que cite Vauplane, Nietzsche considère que l'athéisme « libèrerait l'humanité de toute obligation envers son origine, sa causa prima » de sorte qu'il ferait advenir une « seconde innocence » marquée par l'absence de toute culpabilité mais aussi de toute forme de reconnaissance. « Nos fautes sont des dettes contractées ici et payables ailleurs, écrit à juste titre Hugo. L'athéisme n'est autre chose qu'un essai de déclaration d'insolvabilité ». [...]

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