Skip to content
Castellani, la voix véritable : entretien avec Éric Audouard (1/2)

Pouvez-vous revenir sur votre rencontre avec Castellani et son œuvre, qui sont plutôt méconnus en nos terres ?

Quasi inconnus – même en Argentine, son propre pays. C’est en m’intéressant à l’euphémisation du péché dans le monde moderne, ainsi qu’aux maladies mentales et à leur caractère épidémique à partir de la Renaissance, que je suis tombé sur ses écrits. Ils m’ont fait un tel effet qu’ils m’auraient converti si je n’étais revenu à la foi bien auparavant, avec toutes les difficultés que cela comporte en France, où le scepticisme et l’irréligion sont des brevets de sérieux littéraire et intellectuel. Ayant abandonné l’agréable projet de m’y faire une situation, traduire et défendre Leonardo Castellani m’a paru le moyen le plus rapide d’aggraver mon cas.

Lire aussi : Castellani, la voix véritable : entretien avec Éric Audouard (2/2)

Mais avant toutes choses, il faut souligner le trait le plus frappant de son esprit, parce qu’il fait défaut aujourd’hui: l’humour, un humour authentique, qui est le privilège de la pensée chrétienne réaliste, le garant de toute humilité, le rayon ultraviolet qui détecte le faux, le déformé, l’inepte et le contradictoire – « signe d’une intelligence saine, capable de contempler l’être dans son harmonie et de comprendre la splendeur de sa beauté », comme disait le père Uriburu, un autre prêtre argentin.

Vous parlez de lui comme d’un « être viscéralement religieux ». À plusieurs reprises dans cette anthologie, on sent en effet que sa foi est d’abord inscrite dans sa chair, parfois douloureusement, parfois instigatrice de folie : comment Castellani était-il perçu par ses pairs ? De quel autre écrivain radical et catholique le rapprocheriez-vous ?

Leonardo Castellani n’était pas « fou », sinon aux yeux d’une société pour laquelle seuls le profit, le goût du pouvoir et la quête de satisfaction immédiate méritent d’être qualifiés de raisonnables et de rationnels. Dans un tel monde, quelqu’un qui ne se rend jamais à ces puissances passe ordinairement pour un anormal. Mais il avait toute sa tête – une tête merveilleusement structurée – et c’est bien pourquoi on a voulu la lui couper. Quelqu’un a résumé en une phrase l’impression qu’il faisait sur ses pairs : « Nous étions tellement habitués à l’atmosphère d’impuissance et de prostration dans laquelle baignait le clergé que la stature verticale de Castellani nous frappa comme un attentat aux bonnes mœurs ». Pour cette raison, certains l’admirèrent ; pour la même raison, la plupart des autres le maudirent et s’acharnèrent contre lui comme s’il était un terroriste. Ces derniers ne se trompaient pas, au fond, car dans le royaume de servitude et de lâcheté qu’est en train de devenir la société des hommes, le Christ lui-même est une sorte de terroriste : à son approche, les démons ne sont-ils pas littéralement terrorisés ? Voilà 2 000 ans que cette arête de poisson est coincée dans la gorge des siècles ; elle ne passe pas et ne passera jamais.

Quand on découvre Castellani, comme les repères nous manquent, on peut penser à Chesterton, à Belloc, à Bernanos, à Lewis, à Thibon, etc., mais il faut renoncer à le comparer, comme à ranger son œuvre dans un genre ou une discipline. Apologète et polémiste, exégète et poète, philosophe et conteur, prédicateur et journaliste, théologien et romancier – souvent simultanément, qui plus est – il est un genero único, un « genre en soi », selon le mot d’un de ses préfaciers. [...]

La suite est réservée aux abonnés. Déjà abonné ? Se connecter

Vous souhaitez lire la suite ?

Débloquez tous les articles de l’Incorrect immédiatement !

Formule Intégrale

À partir de 5,80€ / mois

  • Papier
  • Web
  • Tablette
  • Mobile
Formule numérique

À partir de 4,10€ / mois

  • Web
  • Tablette
  • Mobile
Il voulut être Rubempré, il fut Rastignac

La France n’a pas dit son dernier mot, affirme Éric Zemmour. La France sûrement, l’Histoire que le journaliste aime tant nous l’apprend, ce vieux pays se relève toujours, mais Éric Zemmour, lui, avait-il autre chose à dire que ce qu’il avait déjà écrit, quelque chose de nouveau ? Dès l’introduction, le ton surprend. Plus intime, plus interrogatif, le journaliste ne propose pas comme annoncé la suite du Suicide français mais l’avènement d’un nouveau Zemmour : le statut de star médiatique et tronçonneur en chef des tabous ne suffit plus. « Maintenant il faut agir », lui dit son fils. […]

La suite est réservée aux abonnés. Déjà abonné ? Se connecter

Vous souhaitez lire la suite ?

Débloquez tous les articles de l’Incorrect immédiatement !

Formule Intégrale

À partir de 5,80€ / mois

  • Papier
  • Web
  • Tablette
  • Mobile
Formule numérique

À partir de 4,10€ / mois

  • Web
  • Tablette
  • Mobile
La littérature contre la lettre

L’image que donne Alain Finkielkraut est celle d’un éternel mécontent, un grincheux par principe qui plutôt que de se réjouir d’un prétendu miracle progressiste ne cesse de pester contre une modernité à laquelle il ne trouverait aucun charme. On pourrait le comprendre tant le présent, pour celui qui le scrute, offre la plupart du temps le spectacle tout à la fois dérisoire et sinistre d’une modernité qui ne sait plus quel prétexte trouver à la détestation de ses propres fondations et qui se ridiculise dès que possible, quand elle ne nourrit pas le ressentiment des monstres qui, en bons modernes, rêvent de la dévorer. Mais cette image, comme souvent les images, est fausse car ce qui énerve Alain Finkielkraut, ce n’est pas la modernité, ce n’est pas non plus le progrès dont il faut bien reconnaître, par esprit d’équité, qu’il n’a pas que du mauvais, c’est l’impossibilité de la nuance vers quoi les hommes se dirigent, l’ensauvagement d’un monde qui ne sait plus dire que le Blanc ou le Noir, quitte à cela d’inventer un Noir qui permette de redonner son éclat perdu à un Blanc toujours plus caricatural, et dont le renoncement à la littérature figure tout à la fois le symptôme et la cause.

Nous voici entrés de plain-pied dans ce nouvel espace pseudo-civilisationnel qu’Alain Finkielkraut appelle l’Après-Littérature

C’est-à-dire que nous voici entrés de plain-pied dans ce nouvel espace pseudo-civilisationnel qu’Alain Finkielkraut appelle l’Après-Littérature, lequel voit en Tante Céline, un personnage de Proust répugnant aux bienséances hiérarchiques du temps de Saint Simon, l’espèce de symbole… littéraire ; soit quelqu’un que la distinction entre les êtres révolte parce que cette séparation formelle augurerait là d’une forme d’injustice. Aussi, il n’est pas seulement question de littérature dans ce livre composé de petits chapitres qui prennent chacun un fait médiatique de l’époque que nous traversons sur lequel l’académicien disserte humblement ; il en est question évidemment, on retrouve d’ailleurs l’intérêt de Finkielkraut pour certains écrivains tutélaires qu’il convoque régulièrement, parmi lesquels Philip Roth ou Milan Kundera, mais il est surtout question de distinction, de nuance, de hiérarchie, et donc de civilisation et de justice et, par conséquent, de morale dans le sens le plus noble que peut porter ce terme, à présent dévoyé par les tenants de l’Empire du Bien décrit avec une actualité troublante par Philippe Muray et qui, à l’instar des prêtres de Nietzsche, ont fait de la morale une pure moraline, autrement dit un simple instrument de domination. [...]

La suite est réservée aux abonnés. Déjà abonné ? Se connecter

Vous souhaitez lire la suite ?

Débloquez tous les articles de l’Incorrect immédiatement !

Formule Intégrale

À partir de 5,80€ / mois

  • Papier
  • Web
  • Tablette
  • Mobile
Formule numérique

À partir de 4,10€ / mois

  • Web
  • Tablette
  • Mobile
Éditorial essais d’octobre : Le Diable et celui d’en face

L’avantage avec Dieu, c’est que l’on sait où Il se trouve, Il est situable, Il habite la Vérité, laquelle reste difficile à trouver, indicible, revêche le cas échéant, un rempart croise avec un écrin, c’est l’existence, ça n’est pas facile et c’est confus, mais au moins si on l’ignore forcement c’est là, en témoignage de l’invisible présence de tout ce qui nous dépasse. Le problème avec le diable, c’est qu’on le voit facilement ; et d’abord dans le camp d’en face. On le voit remuer mollement ses ailes immenses avant de les déployer pour s’élever dans le ciel et fondre sur nous. On le voit dans tout ce qui n’est pas nous et dans tout ce qui nous menace, on le voit dans ce qui nous nie et qui se dresse en face, car aussi haut le Diable puisse-t-il monter pour nous impressionner il demeure celui qui habite l’horizon, l’abscisse est son domaine, l’invisible un exil auquel il n’a pas droit.…

Jackie et Martel
À défaut d’être édités en Pléiade, les « Dits et écrits » de Jack Lang ont trouvé leur place chez Bouquins qui accueille habituellement des intégrales de Barrès, Baudelaire, Tocqueville, Tacite ou Joseph de Maistre. Un anoblissement pour l’ancien grand ministre de la Culture, prélat du socialisme triomphant des années Mitterrand, qui n’en demandait probablement pas tant à un Frédéric Martel « autorisé » pour l’occasion à fouiller dans ses archives. Le résultat de ce travail donne un livre épais de 1 312 pages vendu au prix modique de trente-deux euros. [...]
La suite est réservée aux abonnés. Déjà abonné ? Se connecter

Vous souhaitez lire la suite ?

Débloquez tous les articles de l’Incorrect immédiatement !

Formule Intégrale

À partir de 5,80€ / mois

  • Papier
  • Web
  • Tablette
  • Mobile
Formule numérique

À partir de 4,10€ / mois

  • Web
  • Tablette
  • Mobile
Théologie laïque, la religion du rien

« Le mal est religieux, la révolution est religieuse, le remède est religieux, nous ne guérirons que religieusement », disait Blanc de Saint-Bonnet. Et voilà que la République approuve stricto sensu ! Vincent Peillon exhume dans ce petit essai une tradition trop méconnue de la gauche républicaine qui, s’opposant avec Jaurès au positivisme étriqué d’un Littré, concevait la laïcité comme « un acte de foi ». Si elle part d’un point juste – l’homme est par essence religieux – cette religion laïque repose bien vite sur une ambiguïté : permettre à chacun d’avoir ses croyances d’un côté, ou poser un nouvel idéal de l’autre. La solution est flottante, car doit se plier au pluralisme : ce sera une « libre- pensée religieuse » utopique et spiritualiste du devenir, anticléricale et anti-athée, faite de science et de justice. […]

La suite est réservée aux abonnés. Déjà abonné ? Se connecter

Vous souhaitez lire la suite ?

Débloquez tous les articles de l’Incorrect immédiatement !

Formule Intégrale

À partir de 5,80€ / mois

  • Papier
  • Web
  • Tablette
  • Mobile
Formule numérique

À partir de 4,10€ / mois

  • Web
  • Tablette
  • Mobile
Antonio Gramsci, réquisition générale

« Il est temps d’appliquer les leçons de Gramsci », déclarait en 2018 Marion Maréchal, dans un entretien à Valeurs Actuelles, selon un étonnant raisonnement circulaire qui consistait à dire que pour ne pas céder à la domination de la gauche il fallait appliquer les leçons d’un penseur de… gauche. C’est que, de gauche, Gramsci l’est de toutes ses fibres !

Né en Sardaigne en 1891, il figure l’archétype du penseur militant : membre fondateur du parti communiste italien, dont il fut le secrétaire jusqu’à son emprisonnement dans les geôles fascistes en 1926 où il croupit onze années avant de mourir en 1937, Gramsci n’est pas un philosophe qui s’intéresse à la politique, c’est un philosophe du politique et même un politique qui arme la philosophie à cette seule fin, un de ceux qui, dans la lignée de Machiavel, son plus grand inspirateur après Marx, considèrent que toute pensée commande l’action et que seule l’action est juge de la vérité ; action hors de laquelle aucun grand principe ne peut exister ni ne vaut une seconde de peine. Autrement dit, Gramsci est marxiste, le monde ne doit pas être contemplé et interprété à la façon des Grecs anciens ou des médiévaux mais transformé selon cette formule qu’on lui prête mais qu’il emprunte à Romain Rolland : « pessimisme de l’intelligence, optimisme de la volonté ».

Gramsci est le père des « cultural studies », ancêtres des maléfiques « gender studies » qui à présent dévorent l’université et tentent de plier le réel

Il invente cependant une nouvelle façon de conduire la lutte selon la distinction qu’il opère entre la « guerre de mouvement », propice aux révolutions, et la « guerre de position » seul moyen pour le prolétariat de l’emporter dans une société capitaliste où le consentement à sa domination prend le pas sur la coercition. Grignoter le terrain du consentement, voilà la fameuse métapolitique qu’il est de bon ton de citer aujourd’hui – sans qu’on en comprenne les implications métaphysiques et morales profondes et délétères – et qui, en effet, a connu une pérennité effrayante, offrant la victoire à la gauche sociétale puisqu’on considère à juste titre Gramsci comme le père des « cultural studies », ancêtres des maléfiques « gender studies » qui à présent dévorent l’université et tentent de plier le réel pour en détruire toutes les anciennes représentations au nom du monde qui vient – la vraie formule du progressisme. [...]

La suite est réservée aux abonnés. Déjà abonné ? Se connecter

Vous souhaitez lire la suite ?

Débloquez tous les articles de l’Incorrect immédiatement !

Formule Intégrale

À partir de 5,80€ / mois

  • Papier
  • Web
  • Tablette
  • Mobile
Formule numérique

À partir de 4,10€ / mois

  • Web
  • Tablette
  • Mobile
Duc du Maine : la légende noire du bâtard
Il fut le fils préféré de Louis XIV. Préféré mais bâtard. Issu de la relation adultérine de la Montespan et du roi-soleil, arraché dès la naissance à sa mère pour être élevé par madame de Maintenon, future femme de Louis XIV, Louis-Auguste de Bourbon vient au jour le 31 mars 1670. Malgré une difformité physique (il boite), le duc du Maine est un enfant vif et travailleur. Le roi qui veut en faire un prince à part entière le couvre d’affection et d’honneurs : à quatre ans, il reçoit la charge de colonel-général des Suisses, et part à 18 ans combattre sur les bords du Rhin. Discipliné et effacé, il s’y montre piètre officier. Qu’importe, son influence grandit à la cour grâce à sa proximité avec son père. En 1711, meurt le Grand Dauphin dit Monseigneur, le fils légitime. Quelques mois plus tard, son propre fils, le duc de Bourgogne succombe à une épidémie de rougeole. C’est l’hécatombe au sein de la famille royale, et le seul héritier de la couronne est un enfant de deux ans, arrière-petit-fils de Louis XIV. Par testament, le roi fait entrer le duc du Maine dans le conseil de Régence en lui confiant l’éducation du futur Louis XV. [...]
La suite est réservée aux abonnés. Déjà abonné ? Se connecter

Vous souhaitez lire la suite ?

Débloquez tous les articles de l’Incorrect immédiatement !

Formule Intégrale

À partir de 5,80€ / mois

  • Papier
  • Web
  • Tablette
  • Mobile
Formule numérique

À partir de 4,10€ / mois

  • Web
  • Tablette
  • Mobile

L’Incorrect

Retrouvez le magazine de ce mois ci en format

numérique ou papier selon votre préférence.

Retrouvez les numéros précédents

Pin It on Pinterest