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Cristina Campo : L’inconsolée

La joie, disait Simone Weil, n'est autre que « le sentiment de la réalité ». Cristina Campo n’aura de cesse de s’y appliquer. Son génie littéraire météorique, cette aristocratie de l’esprit qu’elle puise à la fois dans une enfance fastueuse et dans une mystique personnelle aux accents de voyance, elle les dévouera à la vérité. Femme enracinée dans sa terre, héritière d’un double patrimoine rural et intellectuel, elle cherchera toute sa vie à retrouver cette grâce des premiers instants, à redouter la disparition du lien avec les « profondeurs de la naissance ». Dilection pour ses origines et pour un enracinement dans une terre ensorcelée par la tradition romagnole, imprégnée à la fois de paysannerie et de noblesse.

Très tôt Cristina Campo a conscience de cette ascendance illustre, sa famille maternelle étant l’une des plus célèbres de Bologne, avec son lot d’artistes et de scientifiques. Des « lambeaux de familles », dit-elle, qui sont comme des « îles miraculeuses dans ce monde d’horribles relations charnelles ». Née avec une malformation cardiaque, ses parents l’écartent de l’école pour l’instruire à la maison, elle passera donc son enfance entourée d’adultes et montrera très tôt des dispositions pour la poésie. Son père, exigeant directeur de l’école de musique de Bologne, lui interdit de lire des traductions : elle se met au français, à l’allemand et à l’anglais pour découvrir Proust, Thomas Mann ou Shakespeare. Elle s’y forge une puissante notion de l’Europe, non comme terre politique ou historique, mais comme sarment poétique, elle reconnaît dans chaque langue les inflexions d’une tradition antique, et s’interrogera toute sa vie sur les puissants schémas qui les régissent.

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C’est le sens de sa poésie, scansion qui ordonne le monde, adresse les civilisations, sarcle les peuples. Comme tous les grands esprits, c’est la correspondance qui lui permet de décupler ses facultés – à la fois d’amour et de style. Son amitié avec Anna Cavaletti, sœur d’âme tragiquement disparue dans le bombardement de Florence en 1943, puis avec Margherita Pieraci, dite « Mita », témoigne d’une passion sororale qui sera déterminante dans sa pratique élective de la poésie. Car la pensée de Campo est d’abord une pensée de lectrice, une pensée d’amoureuse, un travail exégétique qui tend à articuler les auteurs qu’elle révère dans une glose pénétrée de reconnaissance. (...)

L’épopée coloniale allemande, un empire oublié
« Historien du dimanche », au sens noble que lui donnait Philippe Ariès, Sylvain Roussillon s’était fait remarquer ces dernières années pour ses travaux originaux sur les volontaires internationaux engagés dans les rangs franquistes et sur la guerre anglo-américaine de 1812. Dans la lignée des travaux de l’africaniste Bernard Lugan, auteur de la postface du livre, il nous présente aujourd’hui un remarquable ouvrage de synthèse sur un empire colonial oublié, celui bâti par l’Allemagne des Hohenzollern de 1884 à 1918 [ ...]
Science et humanités : rencontre entre les deux cultures

La thèse du livre, exposée explicitement dans le dernier chapitre, est claire et puissante : « Si les méthodes utilisées pour étudier les systèmes physiques et sociaux diffèrent largement et ne sont pas facilement transposables, les systèmes eux-mêmes partagent certaines caractéristiques communes du fait de leur complexité, par conséquent, la connaissance des systèmes naturels complexes offre des intuitions intéressantes concernant l’organisation des systèmes politiques et sociaux ».

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Mobilisant des connaissances très variées, tant scientifiques que philosophiques, Vincent Le Biez, jeune haut fonctionnaire, se livre à un brillant exercice de style, structuré autour de couples de penseurs. Chaque chapitre rapproche les pensées d’un scientifique et d’un philosophe ou penseur politique : Sadi Carnot se retrouve ainsi apparié avec Hannah Arendt, Ernst Ising avec Alexis de Tocqueville. Platon est lui couplé à Darwin : la théorie de l’évolution du scientifique anglais, qui montre que les êtres vivants évoluent et que cette évolution n’est pas le fruit d’un dessein, est mise en opposition avec la pensée de Platon où, au contraire, l’ordre des choses, statique, répond à un dessein et à une volonté de perfection. Riche discussion, seulement esquissée dans l’essai, sur la téléonomie, le finalisme, et les différentes conceptions du monde. Ce livre est d’autant plus stimulant qu’il expose avec clarté et maîtrise la pensée d’auteurs nombreux, tant en sciences qu’en philosophie politique. [...]

L’Antiquité au chevet des dieux

« Quand tu seras à la hauteur de Palôdès, annonce que le Grand Pan est mort ». C’est cet ordre donné par une voix mystérieuse à un pilote de navire égyptien – relaté par Plutarque – qui marque l’avènement des temps nouveaux et la dissolution du monde antique. Un récit fascinant et mystérieux car certains commentateurs ont vu dans la figure de Pan une image du Christ lui-même. Comme si en annonçant sa propre mort il n’avait pu faire autrement que s’attribuer les frusques de « l’ennemi », emportant avec lui l’héritage des anciens.

Le philosophe Pierre Bouretz s’interroge sur cette période-clé, sur le glissement du monde païen vers le monde chrétien et dont le bassin méditerranéen fut l’arène. Un glissement qui a pris plusieurs siècles et qui s’est matérialisé dans la pensée de quelques philosophes oubliés, notamment parmi les médio et les néo-platoniciens. Si on présente ces derniers comme les fondateurs du rationalisme, comme les hérauts d’une pensée « émanatiste » qui portait en elle les germes de la théologie trinitaire, Bouretz montre que les choses n’étaient pas aussi simples. Par les figures de Jamblique et de Porphyre, il démontre comment co-existait l’intuition monothéiste du monde et une survivance des cultes anciens. Car ces héritiers de la pensée d’Aristote et de Platon, dont la volonté première fut d’accorder ces deux conceptions métaphysiques pour en tirer un syncrétisme fondateur, se sont affrontés durablement sur le champ des idées et sur la question épineuse des pratiques religieuses. Porphyre écrivit à la fin du IIIe siècle une Lettre à Anébon l’Égyptien qui est en réalité adressée à Jamblique, et dans laquelle il fus- tige ses pratiques « théurgiques » [ ...]

Jean-Pierre Denis : « Êtes-vous capables de dire “Je crois” ? »

Pourquoi « les catholiques, c’est pas automatique » ?

C’est une boutade empruntée à une campagne de communication contre l’usage excessif d’antibiotiques, justifiée par le fait que je m’intéresse à un sujet d’ordre médical, la pandémie, et ce qu’elle a pu changer d’un point de vue spirituel. C’est une tentative de faire un lien entre la foi, la place des catholiques dans la société et la pandémie comme expérience spirituelle, puisque si tout le monde a un avis sur les réponses techniques, une seule chose est laissée de côté : ce que cette pandémie peut changer sur le plan culturel et, de là, civilisationnel. Les églises ont été fermées durant le confinement, parce que la foi n’est pas considérée comme un bien de première nécessité. En cela on voit qu’être catholique n’est plus automatique dans une société complètement sécularisée. Un ministre de l’Intérieur a pu affirmer au sujet de la foi que « s’il s’agissait de prier on pouvait très bien faire ça chez soi ». Bref, on voit que comprendre ce qu’est la foi n’est plus automatique ni pour les pouvoirs publics, ni pour la société en général, ni pour les catholiques eux-mêmes qui ont été à la fois très engagés dans le service à la personne (distribution de repas) et relativement peu dans l’interprétation des événements.

Vous vous inscrivez dans le sillage de Vatican II qui dit que l’Église doit distinguer les signes des temps.

Depuis quelques années on observe une succession d’événements traumatiques (Notre-Dame, Arnaud Beltrame, le père Hamel), lors de moments clés d’ailleurs, comme la Semaine sainte : ce sont des chocs mais d’un point de vue chrétien ce sont surtout des invitations à la conversion.

Un ministre de l’Intérieur a pu affirmer au sujet de la foi que « s’il s’agissait de prier on pouvait très bien faire ça chez soi »

Si Jésus s’énerve quand on lui demande des signes et qu’il répond qu’il n’y en aura pas d’autres que celui de Jonas, c’est qu’il comprend bien que ses interlocuteurs demandent du grand spectacle et n’ont pas l’intention de se convertir.

Les catholiques ont déserté leurs églises même lorsqu’elles ont rouvert : que pensez-vous de cette relation à l’eucharistie qui apparaît soudain comme superficielle ?

Je suis catholique pratiquant, très attaché à l’eucharistie, j’ai besoin de me rendre à la messe le dimanche, j’ai vécu cette privation du sacrement comme quelque chose d’intense, et me suis précipité lors de la réouverture : je m’attendais à ce que les églises soient pleines, or il s’est avéré que beaucoup de gens ont purement et simplement disparu de la circulation. Le modèle sur lequel l’Église est orientée depuis le concile de Trente, celui de la communion pour tous par opposition au protestantisme, arrive à une forme d’épuisement. La question posée est celle de l ’Église « attestataire » : la succession des derniers évènements est une invitation urgente à un christianisme missionnaire. [...]

La Résistance sera spirituelle

Imprimés clandestinement à l’été 1943 dans le cadre des Cahiers du Témoignage chrétien lancés par le prêtre jésuite Pierre Chaillet, ces textes de Bernanos firent une forte impression dans la France occupée par les Allemands. Un romancier catholique adressait à ses compatriotes depuis le Brésil un appel à l’héroïsme délivré au nom de la vérité, mobilisant le sens de l’honneur face à la déliquescence des institutions et à la trahison des classes dirigeantes.

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Ce cri évangélique dressé face à la barbarie nazie mais aussi face aux puissances d’argent surprend par sa capacité à parler aux Français d’aujourd’hui. Loin de se réduire à un simple document historique, cette réédition salutaire d’Où allons-nous permettra au lecteur de saisir en quelques pages toute l’acuité du message de Bernanos: une réponse conservatrice à la modernité destructrice. Désormais, la résistance serait spirituelle ou ne serait pas.

Où allons-nous ? Georges Bernanos
Seuil, 128p., 12€
Covid 19 : journal de bord pamphlétaire
Inventeur du concept de « catastrophisme éclairé », convoqué à tort selon lui à l’occasion de cette épidémie, Jean-Pierre Dupuy tient ici le journal de bord des neuf premiers mois d’une crise dont l’issue à cette heure semble encore incertaine. Sorte de pamphlet retourné, puisque la colère palpable de Dupuy prend appui sur la raison et se refuse à toute forme d’insulte – en quoi elle s’avère plus dévastatrice que les récriminations d’enfants gâtés habituelles de ceux auxquels Dupuy donne, tour à tour, une leçon de mathématique, une leçon de philosophie, et une leçon de politique, les renvoyant implacablement à leur incompréhension dramatique du Bien commun, montrant aussi comment ils radotent leurs syllogismes pervers à contretemps et en roue libre dans la plus parfaite ignorance des réalités scientifiques ou même des bases élémentaires de la logique [ ...]
Etat des lieux saints
Dominique Reyné, directeur général du très libéral think tank Fondapol, s’entoure de dix spécialistes pour écrire un livre apte à répondre, ou du moins à susciter des interrogations fondamentales sur l’Église catholique et les communautés chrétiennes et leur place au sein de « l’équilibre mondial ». Comment doit-on comprendre l’Église et comment elle-même doit-elle se comprendre, en Europe et ailleurs ? Philosophes, historiens, professeurs et intellectuels de tout acabit ont travaillé cette analyse qui demeure toutefois éloignée de l’étude purement théologique ou philosophique, et qui a à cœur d’exposer des phénomènes et des mouvements de société ayant conduit au christianisme contemporain. [...]

L’Incorrect

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