


Pour l’Allemagne, tout commence par la France. À partir du choc d’Iéna, un nationalisme construit à la fois contre et par imitation du nôtre émerge en Allemagne. Les élites intellectuelles allemandes comprennent la nécessité de la modernisation de l’État et de l’unification de leur nation si elle veut jouer un rôle de premier plan.
Au fur et à mesure que le siècle avance et que la volonté nationale allemande s’affirme, la persistance du statu quo paraît de plus en plus improbable
Seulement, l’ordre qui émerge du congrès de Vienne est conservateur. L’Allemagne reste divisée en 39 États. La Prusse et l’Autriche s’y disputent la prééminence, pour- suivant une rivalité séculaire. Au fur et à mesure que le siècle avance et que la volonté nationale allemande s’affirme, la persistance du statu quo paraît de plus en plus improbable. Deux solutions se dessinent : la solution grande-allemande, qui verrait l’unification réalisée sous l’égide de l’Autriche, et intégrerait tous les territoires germanophones, et la petite-allemande, qui la verrait faite par la Prusse, et exclurait l’Autriche. En effet, celle-ci possède un certain nombre de territoires non germaniques, comme la Hongrie, impossibles à fondre dans une nation allemande. [...]
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Je contemplais l’autre jour une carte de France des plus belles couleurs d’automne, incomplète mais aimable. On pouvait rêver aux aiguilles jaunes des mélèzes du Mercantour ou au bel orange des châtaigniers pyrénéens. Mon automne s’annonçait feuillu et déjà je songeais à des bouquets sans fleurs et à des feuilles égarées dans les livres, petites banquises du souvenir dérivant dans le futur où surgiraient alors de lointains automnes.
Mais voilà que BFM me révèle l’atroce vérité : les arbres perdent leurs feuilles et c’est un « véritable danger » pour les cyclistes, ces gens vertueux qui se dévouent sans compter pour sauver la planète. Comme « véritable danger » risquait de ne pas être bien compris, le journaliste enfonçait le clou : « Les feuilles mortes sont un calvaire pour les cyclistes en Ile-de-France ». Un calvaire, rien de moins. Ces malheureux vivent un chemin de croix quotidien dès octobre. J’avais déjà lu il y a quelques années un prospectus de la SNCF qui expliquait que les feuilles mortes accumulées entravaient la circulation des trains plus sûrement qu’une grève de cheminots, une absence de conducteurs ou la décision de fermer des lignes. [...]
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On croit connaître Marie-Madeleine : elle échappe à toutes les tentatives. Est-elle Marie la Magdaléenne, venue de la ville de Magdala, ou Marie « la Tour » (migdal en hébreu), la Grande, l’Intangible ? On sait que Jésus (selon saint Luc) la délivra de sept démons. Est-elle pour autant confondue avec Marie de Béthanie (sœur de Lazare), avec la prostituée repentie, présente chez Simon le Pharisien, et avec la femme qui, chez Simon le Lépreux, oignit Jésus d’un parfum coûteux et lui essuya les pieds avec ses cheveux ? La tradition de l’Église n’est pas univoque à ce sujet.
Ce que l’on sait, c’est que Marie-Madeleine était au pied de la Croix avec la Sainte Vierge et deux autres femmes, qu’elle fut le premier témoin de la Résurrection du Christ, et qu’une légende populaire la fait accoster, avec Marie Salomé et Marie, mère de Jacques, sur nos côtes méditerranéennes, aux Saintes-Maries-de-la-Mer, justement. Selon cette version, elle serait enterrée à Saint-Maximin, au pied de la Sainte-Baume (et aurait bien de la chance).
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La tradition populaire en a fait l’idéal de la pécheresse repentie, grande amoureuse, qui avait littéralement le diable au corps. Éclairée par la charité, elle utilisa sa nature de feu pour faire le bien, avec le même enthousiasme et la même abnégation. Un tableau de La Tour la représente, dans une attitude à la fois chaste et séduisante, à la lumière – évidemment – d’une bougie. [...]
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Depuis quelques années, en effet, on peut acheter, un peu partout, des vêtements neufs munis de coudières, qui servent habituellement à cacher un trou dans un vieux vêtement. Cette passion du « faux vieux », comparable aux chaussures pré-patinées, aux jeans prétroués ou aux meubles pré-abîmés, est celle d’une société du toc, qui n’a pas le temps d’attendre l’usure normale des choses, et frappe en priorité ceux qui veulent se rendre intéressants. Les coudières de couleur n’en sont que le signe le plus visible : le paroxysme est atteint avec l’achat de chemises – voire de marinières – à coudières.
Entre les coudières et l’uniforme bleu marine et blanc, interchangeable, du monde politique, il y a sans doute une place pour une expression personnelle, irréfutable parce que discrète
L’histoire de l’élégance française est celle d’une double tradition?: celle de l’Ancien Régime, qui met en valeur une certaine magnificence frivole, et sert à afficher ses moyens autant que son originalité ; celle de l’époque contemporaine, liée à l’austérité bourgeoise de la révolution industrielle, et qui envisage l’habillement comme une succession d’uniformes adaptés aux circonstances, uniformes dans lesquels seules quelques variations discrètes distinguent les individus. Les coudières, qui laissent entendre la (fausse) pauvreté des habits rapiécés, et qui prétendent montrer qu’on fait le malin d’une manière voyante, vont à l’encontre de tout cela. [...]
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Au départ, il y a les Indiens. Le 12 octobre 1492, Christophe Colomb, le premier des conquistadors, jette l’ancre dans les Bahamas, face à l’île Guanahani. Quelques jours plus tard, il voit les premiers indigènes fumant des feuilles de tabac enroulées. C’est l’aube d’une grande passion qui va gagner la planète.
Certes, les débuts sont poussifs. De retour en Espagne, un des matelots de Christophe Colomb, a la mauvaise idée de fumer à tout-va. Soufflant de la fumée par la bouche et le nez, les passants sont effrayés et pensent qu’il est possédé par le diable. Le tribunal de l’Inquisition l’envoie en prison pour dix ans. Ces mésaventures ne découragent pas les addicts. Progressivement le tabac s’introduit dans les classes supérieures. Il est apprécié pour l’esthétisme de ses grandes feuilles et ses propriétés médicinales. Étourdi par la fumée, le patient oublie sa douleur !
L’introduction du tabac en France fit de Saint-Claude la capitale mondiale de la pipe en bruyère
Les XVIIe et XVIIIe siècles constituent l’apogée de la pipe. À cette époque, elle n’est pas en bois mais en terre cuite. Les pipes en argile sont produites dans de vastes fours. 1 000 à 5 000 unités sont cuites en même temps. Le fumeur achète une douzaine d’entre elles à la fois, car la pipe en argile est fragile.
Au XIXe, la pipe actuelle en bruyère apparaît. Poussant sur le pourtour de la Méditerranée, la bruyère est un arbuste aux racines profondes qui présentent des nœuds compacts. Secs et légers, les nœuds sont taillés pour constituer des pipes robustes. Les tourneurs de Saint-Claude s’emparent de ce nouveau bois. Lieu de pèlerinage, ce bourg jurassien était connu jusqu’alors pour sa production d’objets religieux en bois. L’introduction du tabac en France fit de Saint-Claude la capitale mondiale de la pipe en bruyère. [...]
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De l’eau, de la levure, de la farine, du sel. Il ne faut rien de plus, mais rien de moins pour obtenir ce sommet absolu de l’art et de la gastronomie, j’ai nommé la baguette de pain à la française. 250 gr de perfection et de bonheur indicible. Osons-le dire : un avant-goût du paradis.
Ou plutôt si, il faut quelque chose en plus. Des siècles de patience et d’amour, de savoir-faire et d’art de vivre. Cela s’appelle la civilisation.
L’UNESCO vient enfin de faire accéder la baguette à cette consécration universelle qu’est l’inscription au patrimoine immatériel de l’humanité, où elle rejoint, pêle-mêle, la construction et l’utilisation des pirogues monoxyles expansées dans la région de Soomaa en Estonie et les danses croates de la Saint-Tryphon. Il était temps.
À l’annonce de cette belle nouvelle, une inquiétude nous envahit cependant. Le classement par l’UNESCO n’est-il pas une forme de sacralisation des chefs-d’œuvre en péril ? À l’image des monuments historiques, seul ce qui subit les outrages du temps et est menacé de disparition mérite d’être épinglé au panthéon des gloires universelles de l’humanité, avant de n’être plus qu’un lointain souvenir qu’on évoque d’une voix tremblante avec un soupir.
À l’image des monuments historiques, seul ce qui subit les outrages du temps et est menacé de disparition mérite d’être épinglé au panthéon des gloires universelles de l’humanité
Dans les années 1990, la baguette a bien failli disparaître. Un temps pas si lointain, celui de l’enfance du modeste auteur de ses lignes, qui se rappelle quand il fallait parfois faire des kilomètres pour dénicher l’objet rare, une baguette à la croûte dorée et croustillante à souhait, avec une mie délicatement alvéolée, à la couleur écrue tirant légèrement sur le bistre. [...]
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