
Aujourd’hui je chanterai les grands bols où l’on mélange la farine, le sucre, le beurre, le sel et deux ou trois autres ingrédients pour préparer un gâteau qui ne réinvente rien et ne sublime pas grand-chose, un gâteau totalement anonyme qui n’a aucune chance de devenir un plat signature ; je chanterai aussi les cuillers en bois et les spatules, et le moule beurré dans lequel on fait couler l’appareil – qu’on appelle pâte, tout simplement ; je chanterai surtout l’immémoriale prière des enfants qui réclament qu’on veuille bien ne pas trop rasiner les parois du grand bol parce qu’ils comptent bien le nettoyer eux-mêmes, au doigt et à la langue, se disputant à la fin la cuiller où reste attachée un peu de pâte moins bien mélangée, grumeleuse, capsule liquide enfermant une farine encore sèche qu’ils goûtent avec un dégoût ravi. On a beau leur dire que le gâteau sera meilleur, ils n’y croient qu’à moitié.…








