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Soixante ans du Putsch d’Alger : Éloge d’un vaincu

Le 21 avril 1961, mon père, le colonel Bertrand de Seze, était en France. De vieilles blessures, datant du débarquement de Provence, exigeaient qu’il s’y fasse soigner. Trente ans auparavant, à 21 ans, il sortait de Saint-Cyr. La France avait, depuis, un peu changé, et lui aussi ; élevé dans des principes simples et solides (Dieu, la France, le roi), il avait appris l’arabe et le berbère, était devenu officier des Affaires Indigènes, avait déserté en 1942, avait été fait prisonnier par les franquistes – enfermé avec seize autres prisonniers dans pas même huit mètres carrés, il attrapa la variole et perfectionna son espagnol –, avait débarqué en Italie puis en Provence, commandé le bataillon français de l’ONU en Corée… Je passe quelques épisodes qui ne feraient que confirmer que mon père était un officier français ayant l’habitude du combat, et des blessures.

Dix-neuf ans après avoir déserté l’armée française pour aller combattre les nazis, il s’engageait dans la clandestinité pour combattre ceux qui, à leur tour, trahissaient la France

Le 22 décembre 1959, il prenait le commandement du 2e REI, régiment étranger d’infanterie de la Légion étrangère, dans le secteur d’Aïn Sefra. Il y fit du bon travail. L’une de ses citations précise : « Tout particulièrement convaincu de l’importance de l’action psychologique sur les populations musulmanes qu’il aime et dont il parle la langue et connaît leurs problèmes, s’est attaché à séparer celles-ci de la rébellion. » Survint le putsch. Comme d’autres, il avait été tenu à l’écart : les « factieux » n’avaient pas voulu embarquer avec eux tous les régiments ; ils pensaient surtout à la France et sans doute pas assez au pouvoir. Le 30 avril 1961, mon père était revenu dans son régiment. Le 1er mai, il démissionnait. Dix-neuf ans après avoir déserté l’armée française pour aller combattre les nazis, il s’engageait dans la clandestinité pour combattre ceux qui, à leur tour, trahissaient la France. [...]

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Ça fait d’excellents Français : entretien avec Vincent Coussedière

Vous octroyez à la disparition de la volonté assimilatrice de la France un ancêtre relativement inattendu, Jean-Paul Sartre : en quoi a-t-il contribué à ce mouvement ?

Mon hypothèse est que Sartre est à l’origine de la dérive multiculturelle de la gauche française. Il est l’un des tout premiers à développer une critique radicale de l’assimilation et à articuler cette critique au projet d’une politique de la reconnaissance des identités. Dans des textes comme Réfexions sur la question juive ou Orphée noir ou encore dans la fameuse préface à Frantz Fanon, Sartre développe la promotion des identités victimaires. Le marxisme, au fur et à mesure qu’il se décomposait en France, a cherché à se survivre dans une forme de défense abstraite des identités opprimées, remplaçant la défense du prolétariat. Sartre est l’artisan essentiel de cette métamorphose gauchiste du marxisme. Il est à l’origine de ce que j’appelle le « transfert victimaire ». 

Sartre vient faire peser le soupçon d’antisémitisme et de racisme sur ce programme assimilationniste qu’il veut renverser


À partir de la honte du sort fait aux juifs sous l’Occupation, Sartre engage une critique de la démocratie assimilationniste. C’est en effet tout le programme assimilationniste porté par la Révolution française qu’il vient inverser. On se souvient de la phrase de Clermont-Tonnerre : « Il faut tout refuser aux juifs comme nation, et accorder tout aux juifs comme individus ». Cela signifie que la France reconnaît les juifs en tant que citoyens, ayant les mêmes droits et devoirs que les autres citoyens, et devant par conséquent mettre leur judaïsme au second plan. La France reconnaît des Français juifs et non des juifs français. Sartre vient faire peser le soupçon d’antisémitisme et de racisme sur ce programme assimilationniste qu’il veut renverser. La reconnaissance de l’« identité » doit primer désormais sur l’appartenance citoyenne à la nation, c’est ce qu’il appelle le « libéralisme concret » dont je montre qu’il comporte en réalité une ébauche de programme multiculturel. Ce qui est « concret » pour Sartre c’est l’identité définie par la religion, la race ou le sexe, ce qui est abstrait et aliénant, ce qui vient détruire et menacer cette identité concrète, c’est l’assimilation à la France.

Alors que la Première République se targuait d’assimiler, de gré ou de force, n’importe quel individu, quelle haine de soi a pu inverser le mouvement ?

Lorsque Napoléon et ses légistes rédigent le Code civil en 1804, ils n’ont aucun doute sur la nécessité et la possibilité de l’assimilation des étrangers. Cette bonne conscience de notre volonté et de notre capacité d’assimilation durera jusqu’à de Gaulle, même si une inquiétude commence à poindre chez celui-ci en raison du cas algérien (voir le fameux « Colombey les deux mosquées » rapporté par Peyrefte). À la Libération, les directives que donne de Gaulle à son administration sont clairement assimilationnistes.

Sartre est le fondateur de ce que j’appelle un véritable « programme de la honte », programme culpabilisateur et « antiraciste » qui trouvera des relais dans les générations suivantes


Mais l'effondrement de 40 et l'attitude des Français durant l’Occupation vont laisser des traces durables dans la psychè collective et entraîner le développement d’une honte de soi systématiquement cultivée par Sartre. Sartre est le fondateur de ce que j’appelle un véritable « programme de la honte », programme culpabilisateur et « antiraciste » qui trouvera des relais dans les générations suivantes: chez les soixante-huitards, chez les penseurs de la déconstruction, chez les philosophes médiatiques comme BHL, dans le mouvement de SOS Racisme, etc. Programme qu’on retrouve aujourd’hui chez nos « indigènes de la République », nos décoloniaux, nos féministes et autres chantres de la « diversité ». On sous-estime trop souvent la profondeur historique et la force d’ancrage de ce « programme de la honte » qui nourrit tout le clergé de la mauvaise conscience de gauche.

L’assimilation à la française est-elle aussi particulière dans le monde qu’on a tendance à l'affirmer ou a-t-elle des équivalents ?

Toute société humaine fonctionne par assimilation car l’homme est un animal social et politique, qui a besoin d’assimiler des modèles communs par action imitative pour se construire, à commencer par la langue. Assimiler et s’assimiler, ce n’est rien d’autre que faire l’effort de se rendre suffisamment similaires et semblables pour pouvoir « agir ensemble », qualité d’un peuple politique, et non simplement « vivre ensemble », comme une simple collection d’individus qui n’ont rien en commun. L’assimilation n’est donc pas spécifique à la France, elle est un phénomène anthropologique et politique fondamental. C’est d’ailleurs pourquoi il faut cesser d’en avoir honte. Maintenant, ce qui spécifie l’assimilation d’une société à une autre, ce ne sont pas tant les canaux par lesquels elle passe, en tant qu’action imitative (famille, école, religion, travail, culture), que la cohérence des modèles qu’elle vise, cohérence qui est celle d’une nation et d’une civilisation. La particularité de l’assimilation française ce n’est pas l’assimilation, c’est la France…

Lire aussi : Laïcité : un moyen, non une fin

Finalement, quelles sont les raisons qui devraient nous faire préférer l’assimilation à l’intégration?

Ce qui est particulièrement français, malheureusement, ce n’est pas tant l’assimilation que son oubli et son recouvrement par la notion d’« intégration ». L’assimilation est un processus d’abord social puis proprement politique : on s’assimile par les mœurs puis par la loi. Je distingue en ce sens l’assimilation de la simple intégration. Nous avons cru que nous pouvions intégrer par la loi sans assimiler par les mœurs. Nous avons séparé la sphère privée des mœurs de la sphère publique de la loi. Nous avons demandé aux immigrés de respecter la loi en contrepartie de quoi nous respecterions leurs mœurs. Cet idéal d’intégration républicaine est abstrait et ne pouvait fonctionner, car la loi est préparée par les mœurs, et est davantage le reflet de celles-ci que le seul principe de leur formation. Au lieu d’assumer d’assimiler à la France, on a voulu intégrer aux « valeurs de la République ». Mais que sont ces valeurs? Le pur relativisme en matière de mœurs, la reconnaissance de l’« identité de chacun », le multiculturalisme qui est en réalité un nihilisme[...]

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Larry Elder : l’Agitateur

Comment Uncle Tom est-il reçu ?

Le public est enthousiaste. Uncle Tom est noté 8,8/10 sur Imdb, mieux que les 15 documentaires nominés pour les Oscars 2021. Côté finances, le film a coûté 500 000 dollars et en a rapporté six fois plus. Un hit ! Pourtant notre film a été écarté, rejeté, ignoré – je vous laisse le choix du verbe – par l’Académie des Oscars qui s’enorgueillit d’œuvrer à l’inclusivité raciale. Hollywood étant à gauche dans son écrasante majorité, le fait que je sois un Noir conservateur n’aide pas. Le film a été boudé par la presse professionnelle et généraliste. Variety, The Hollywood Reporter, le New York Times, le Los Angeles Times, le Washington Post: aucun de ces journaux n’en a parlé.

Les relations inter-raciales se sont dégradées sous la présidence Obama. Pourquoi ?

C’est sous George W. Bush que les relations entre les communautés étaient les plus apaisées. Après quoi la situation n’a cessé de se dégrader, notamment à partir de 2014. La mort de Michael Brown (Ferguson, Missouri) a suscité des émeutes alors même que le policier qui a tiré n’était pas en faute. À chaque nouvel incident, les violences se sont accrues. Obama, qui avait promis d’unir le pays, n’a fait que souffler sur les braises et aggraver les tensions raciales. Dans un sondage de juillet 2016, dernière année de son mandat, 63 % des personnes interrogées qualifient les relations interraciales de mauvaises. Obama a embrassé le mouvement Black Lives Mater et invité plus de soixante-dix fois à la Maison Blanche l’incendiaire Al Sharpton [Ndlr, militant des droits civiques, fondateur du National Action Network].

Lire aussi : Uncle Tom : Liste noire

Quels sont les principes du conservatisme noir ?

Dieu, la foi, le travail, l’amour de l’Amérique et des Américains. Les conservateurs ne tiennent pas les autres pour responsables d’actes qu’ils n’ont pas commis, ils s’opposent donc à l’idée de réparations qui consisterait à prendre de l’argent à ceux qui n’ont jamais possédé d’esclaves pour le verser à ceux qui n’ont jamais été esclaves. Les Noirs conservateurs ne se considèrent pas comme des victimes. Personne ne nie l’existence du racisme. La seule question qui vaille : le racisme aujourd’hui empêche-t-il quiconque, qui travaille dur et croit en lui, de réussir ?

L’électorat noir républicain a-t-il crû depuis 2008, année de l’élection d’Obama ?

Il est marginal mais les chiffres augmentent. En 2008, 4 % des Noirs ont voté pour le Parti républicain. Ils étaient 6 % en 2012, 8 % en 2016, 10 % en 2020. Leur principale motivation est économique. La pauvreté parmi les Noirs n’a fait qu’augmenter sous Obama. Je crois aussi que la boutade de Trump « Qu’avez-vous à perdre ? » a fait son effet. [Ndlr: en meeting de campagne en 2016, Donald Trump s’adresse aux Noirs: « Qu’avez-vous à perdre, essayez autre chose, essayez Trump. Vous êtes pauvres, vous n’avez pas de bonnes écoles, 58 % de vos jeunes sont au chômage, qu’avez-vous à perdre? »] Les Noirs peu qualifiés souffrent de la concurrence des immigrés clandestins; le discours de Trump sur l’immigration les a séduits. Le problème des écoles est essentiel pour la population noire urbaine. Trump a libéralisé la carte scolaire tandis que les Démocrates refusent de laisser le libre choix des écoles aux parents.

Les statistiques établissent un lien clair entre l’absence du père et la délinquance. 70 % des enfants noirs naissent dans des foyers sans père

Quels sont les principaux problèmes auxquels se confronte la communauté noire ?

Père absent. Père absent. Père absent. Les statistiques établissent un lien clair entre l’absence du père et la délinquance. 70 % des enfants noirs naissent dans des foyers sans père. En 1950, c’était 18 %. En 1965, le président Lyndon Johnson a lancé sa « guerre contre la pauvreté ». Depuis lors, le contribuable finance par milliards les programmes sociaux, et la pauvreté demeure. Du temps de l’esclavage, un enfant noir avait plus de chance de naître sous le même toit que sa mère et son père biologiques qu’aujourd’hui.

Où en est le débat sur les réparations ?

Cette histoire est ridicule. Seuls 5 % des Blancs aux États-Unis ont des ancêtres liés à l’esclavage. Parmi les 350 000 propriétaires d’esclaves en 1860, une infime minorité, peut-être 8, étaient républicains. Le Ku Klux Klan a été fondé par des Démocrates. Les Démocrates se sont opposés aux 13e ,14e et 15e amendements qui libéraient les esclaves, leur accordaient la citoyenneté et le droit de vote. Quant au Civil Rights Act de 1964, davantage de Républicains que de Démocrates ont voté pour. Le père jamaïcain de notre vice-présidente Kamala Harris reconnaît avoir des propriétaires d’esclaves parmi ses ancêtres. Alors qui doit payer ces réparations?

Le chômage des Noirs n’a jamais été aussi bas grâce à lui. Trump a gracié à titre posthume Jack Johnson, premier champion noir de boxe poids lourd, injustement condamné sur des fondements racistes

Donald Trump a été constamment traité de raciste. L’est-il ? 

Si oui, il s’y prend mal. Le chômage des Noirs n’a jamais été aussi bas grâce à lui. Trump a gracié à titre posthume Jack Johnson, premier champion noir de boxe poids lourd, injustement condamné sur des fondements racistes. Même Obama ne l’avait pas fait malgré la campagne menée auprès de lui pour rendre justice à ce héros. Trump a signé le First Step Act qui réduit en moyenne de 70 mois les peines injustement sévères pour crime non-violent lié à la drogue infligées à 5 000 condamnés (en majorité des hommes noirs). Trump a augmenté les budgets alloués aux collèges historiquement noirs. Il a développé des « zones d’entreprises » pour créer des emplois dans les quartiers défavorisés[...]

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Jérémy Bouhy : « Il n’y a aucune chance que cette Super League voie le jour »

Douze grands clubs européens ont annoncé hier la création d’une Super League. Quels intérêts les grands clubs ont-ils à créer une telle compétition ?

Tout ce que les économistes avaient prévu est en train de s’opérer. En clair, les deux grandes bulles spéculatives qu’étaient les droits télévisés et le prix des joueurs ont explosé en même temps avec le Covid. Ces douze clubs se retrouvent aujourd’hui surendettés avec aucun autre moyen de survie que de faire, selon la grande expression du moment, un grand reset. 

Tout le monde parle d’une victoire du football marketing sur le football populaire, mais vous nous dites donc qu’il s’agit plutôt d’une géante opération de sauvetage ?

C’est une opération de sauvetage. S’ils ne repartent pas d’une page blanche pour recréer une nouvelle bulle spéculative sur les droits TV, ils ne pourront pas poursuivre économiquement. Que les clubs appartiennent aux supporters (Real Madrid, FC Barcelone) ou à des actionnaires privés (Manchester, Chelsea, Milan AC, etc), tous sont financièrement dans le rouge.

Le politique mettra toujours un veto à ce type de projet, au nom de la sauvegarde de la dimension populaire du football. Or, en football, c’est le politique qui a le dernier mot

Les leviers de croissance ont été épuisés, les actionnaires sont déjà propriétaires de leurs stades, certains clubs déjà cotés en bourse, et puisque la crise a fait fondre leur valeur et exploser leur endettement, leur revente est quasiment impossible. La variable d’ajustement se situe donc dans les recettes TV. Ce projet global n’est donc ni plus ni moins qu’un projet de refinancement de la dette des clubs. D’ailleurs, la banque JP Morgan est partie prenante à l’opération. [...]

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Laïcité : un moyen, non une fin

D’un bout à l’autre du spectre politique, ne se passe pas un jour ou presque sans que la laïcité ne soit brandie comme un étendard ou un repoussoir, selon la sensibilité.

A gauche, à l’exception notable d’une poignée d’irréductibles proches de Manuel Valls et du Printemps républicain, la laïcité est brocardée en survivance du néocolonialisme français et blanc. A droite, les ténors, de Xavier Bertrand à Marine Le Pen, ont adopté la définition traditionnelle de la laïcité. C’est-à-dire, outre la séparation des cultes et de l’Etat, la séparation entre espace public, neutre, et espace privé, libre d’être confessionnel. Cependant, la loi de 1905, qui, rappelons-le, ne fait figurer le terme de laïcité à aucun endroit du texte législatif, est souvent mis en avant comme un « idéal d’émancipation ». Ce qui correspond en effet à la volonté de ses inspirateurs, radicaux-socialistes et libres penseurs.

Certains voudraient faire de la laïcité un athéisme d’Etat, à l’instar de l’Albanie communiste d’Enver Hoxha, « premier Etat athée au monde »

C’est là que le bât blesse. La laïcité n’est pas une fin en soi. Elle est un mode d’organisation de la société, qui permet, par la neutralité confessionnelle de l’Etat et la séparation stricte entre le politique et le cultuel, la paix et la concorde civile, en évitant les guerres de religions. En outre, si l’Etat a légitimement un droit de regard sur la pratique des cultes, via les articles de la loi de 1905 relatifs à la police de ceux-ci, il ne s’ingère pas dans leur fonctionnement interne. La liberté de culte est donc légalement garantie. Certains voudraient faire de la laïcité un athéisme d’Etat, à l’instar de l’Albanie communiste d’Enver Hoxha, « premier Etat athée au monde ».

Ce n’est pas l’objet de la loi de 1905. Car si ses pères-fondateurs voulaient séculariser l’espace public, jamais, ô grand jamais, il n’a été question d’interdire purement et simplement l’exercice du culte. De même, la distinction entre cultuel et culturel est fondamentale. Si l’Etat est neutre cultuellement, il ne l’est pas culturellement. Le Général De Gaulle expliquait cette nuance par une formule lapidaire : « La République est laïque, la France est chrétienne ».

Lire aussi : Sondage sur les lycéens et le religieux : acte de fin pour la laïcité à la française ?

N’est-ce pas d’ailleurs la République qui institua la « fête de Jeanne d’Arc et du patriotisme », « Sainte de la Patrie », comme fête nationale en 1920 ? N’est-ce pas le très laïque Clemenceau qui, s’il refusa d’assister au Te Deum d’action de grâce à Notre-Dame de Paris le 11 novembre 1918, déclama le même jour à la Chambre des Député un discours magnifique sur la France « hier soldat de Dieu, aujourd’hui soldat de l’humanité, toujours soldat de l’idéal » ?

Pendant quasiment un siècle, entre 1918, après la fin des tensions avec les catholiques suite à la promulgation de la loi de 1905, aux inventaires, et à l’expulsion des congrégations, et 1990, avec l’affaire du voile de Creil, la France a connu une longue période sans tensions religieuses. La loi de 1905 est donc une réussite, et est d’ailleurs plébiscitée, à raison, par les Français.

La République est laïque parce que la France est chrétienne

Nous savons ce qui crée aujourd’hui de nouvelles crises, ferments d’une nouvelle guerre de religions. C’est la présence, inédite, de l’islam sur le sol français. A cet égard, la question du culturel doit donc se poser. Et notre culture est, quoi qu’en disent certains amnésiques, massivement imprégnée de christianisme, et plus singulièrement de catholicisme. La phrase de Charles De Gaulle précédemment citée mériterai donc une légère modification. Proposition : La République est laïque parce que la France est chrétienne [...]

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Lettre à la mère de la petite Mia

De son prénom Lola, la « maman de Mia » - comme on dit de nos jours – a dérivé mentalement au fil des ans. Une visite sur son compte Facebook, ouvert au public, suffira à s’en convaincre. Le 19 avril 2020, elle diffusait ainsi le post d’un homme faisant référence aux Beatles, vus comme « sataniques », qui écrivait fautes incluses, que « les musiques occultes n’ont pas commencé avec Rihanna, Lady Gaga, Imagine dragon… Mais elles ont toujours existé afin d’entraîné l’humanité à chanter à la gloire de Satan ». Le commentaire qu’en faisait Lola était éloquent : « Tous les artistes qui sont très connus ont tous pactisé avec le diable… L’industrie de la musique est corrompue ». Semble-t-il déjà gagnée au conspirationnisme le plus grossier, cette jeune femme n’attendait que d’être cueillie par l’air du temps pandémique, propice à l’égarement des esprits.

Il faut bien admettre que certains mots écrits par la susnommée Lola résonnent d’une brûlante et cruelle actualité, ainsi quand elle se confie sur les vicissitudes de notre post-modernité commune : « Depuis que je me suis réveillé, le fameux 'éveil', c’est dur … digérer tout ce que j’ai appris, ce que la télé et les politique nous cachent, tout ces mensonges, c’est pas facile, surtout les trucs monstrueux… J’ai voulu me battre pour nous défendre, je suis tombé malade. Toute cette vie n’est qu’une mascarade, une pièce de théâtre. J’avais confiance en ce système, je ne l’ai plus du tout cette confiance (sic) ».[...]

Épidémie : De la science avant toute chose

Au début de l’épidémie, il y a désormais un peu plus d’un an, quand j’admirais encore Raoult, parce qu’il me disait ce que j’avais envie d’entendre et qu’il s’attachait à correspondre à la figure du héros telle que nous autres, à droite, la fantasmons, je projetais d’écrire un article qui aurait vanté la revanche du littéraire sur le scientifique, le savoir humaniste contre la raison calculante, Hippocrate contre les robots.

Nul en science, je devinais bien qu’il n’était pas impossible que je me trompe et que mon emballement vis-à-vis de ce microbiologiste, youtubeur en devenir, ne soit rien d’autre que le fruit de mon ignorance en la matière

Dieu merci, ma pusillanimité et une pensée de derrière me prévinrent de l’erreur que je m’apprêtais à commettre. Moi-même nul en science, je devinais bien qu’il n’était pas impossible que je me trompe et que mon emballement vis-à-vis de ce microbiologiste, youtubeur en devenir, ne soit rien d’autre que le fruit de mon ignorance en la matière. Peu après, détrompé par les sottises de plus en plus énormes que le devin de Marseille racontait, toute honte bue, sottises évidentes, y compris pour un profane, qu’il présentait comme des preuves solides et tentant de rattraper à l’arrachée mes lacunes en épistémologie, lisant ceux que le professeur Raoult citaient mais aussi ceux qui s’y opposaient, comprenant les raisons des uns et des autres, je réalisais, un peu tard, devant les faits têtus que non seulement l’épidémie s’avérait grave, mais qu’elle ne pouvait pas être appréhendée à hauteur d’individu, qu’elle était somme toute principalement « contre-intuitive », et qu’elle déjouerait toute intelligence littéraire dans la mesure où celle-ci est une intelligence narrative, procédant par intuition, qui voit tout à la fois en avant et en arrière parce qu’elle est, dans sa nature primitive, un élan plutôt qu’une scrutation.

En fait, l’épidémie imposait tout à la fois l’humilité et de penser en dehors de soi en vertu d’une objectivité à laquelle tend la science dure, sans l’atteindre. C’est-à-dire qu’il ne s’agissait pas de choisir entre la science humaniste, pétrie de littérature et de philosophie, soucieuse de soigner plutôt que de comprendre, et une science statistique, pleine de froides études – habitées néanmoins de nombreux malades – et précautionneuse à l’excès. Il s’agissait, en réalité, de cesser de faire de la littérature pour rentrer dans la science jusqu’à son épuisement, pour en mesurer les limites et s’en effrayer, ces limites qui font que ni la science ni la littérature ne suffisent à dire l’ensemble du réel. Il s’agissait encore de cesser de penser en littéraire, c’est-à-dire par archétype, en convoquant les concepts faciles de « vie nue » ou de « biopolitique » qui ne résistent pas une seconde à révéler leur insuffisance à coller à cette gestion de l’épidémie pour peu qu’on ait fait l’effort de la considérer dans toute sa singularité. Que des intellectuels réputés, par ailleurs pertinents, aient pu se livrer à de tels sophismes doit interroger sur leurs capacités à penser par temps de crise, à penser quand il faut penser, et, peut-être même, à penser tout court. [...]

EELV boit (encore) la tasse

Tempête au conseil municipal de Vincennes jeudi dernier : un vote avait lieu afin de décider de subventionner ou non un club nautique. Rien de particulièrement hilarant ne se produit au long du suffrage, jusqu’à ce que sorte de l’ombre un certain Quentin Bernier-Gravat, jeune conseiller municipal et territorial EELV. Ce dernier s’est abstenu de voter, et ce à l’étonnement de tous, en particulier du maire UDI, Charlotte Libert-Albanel, laquelle lui demande d’expliquer les raisons de sa retenue pour le moins… surprenante. Retour sur un bref dialogue de l’absurde :

La maire : « Est-ce que vous pourriez nous donner un élément d’explication pour le Yacht-Club ? »

Le jeune élu (fier et sûr de lui) : « Je pense que vous savez très bien la raison de notre vote. Nous ne subventionnons pas les sports qui émettent des polluants ». (Ici, il éteint théâtralement son micro, persuadé sans doute de faire mouche, tandis que toutes les têtes se tournent vers lui).

La maire (abasourdie) : « Des ? Des quoi ? Des polluants ? Je n’ai pas bien entendu. »

Le jeune élu : « Le Yacht Club.. C’est des bateaux ! » (Rires discrets de l’assemblée).

La maire : « A voile ! »

(À ce moment de l’intrigue, on ne saisit plus très bien la cohérence des propos. Le jeune élu semble essayer de se sortir de la situation dans laquelle il se trouve en consultant ses écrans : il a devant lui un ordinateur portable, une table, et son smartphone, ce qui au passage n’est guère écologique. Le providentiel « deus ex machina » ne venant pas, sa réplique porte vaguement sur une histoire de convention avec un port en Irlande.)

La maire (qui n’a pas l’air d’apprécier du tout la plaisanterie) : « C’est de la voile, ça avance avec le vent un bateau. On est à peu près sur le même niveau de polémique que les aviateurs quoi ! »

Certes, tout le monde ne peut pas être au courant qu’un bateau à voile avance grâce au vent et non à l’énergie nucléaire. Néanmoins, l’affaire a beaucoup fait réagir, notamment sur Twitter où l’on peut lire des internautes moqueurs : « Quentin Bernier-Gravat, l’une des lumières qui éclairent l’idéologie EELV, des écolos islamistes, s’est surpassé, refusant le financement d’un club de bateaux à voile. S’il s’agissait de voile islamique, il aurait voté à deux mains ». Cécile Duflot devait, elle, être dans tous ses états et commentait sur Twitter « Si on veut y arriver (…) il faudra être organisé, radical, pro, sérieux, engagé et efficace (…) mais là certains n’ont plus aucune dignité[...]».

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