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Lettre à la mère de la petite Mia

Au-delà du fait divers, le drame de l’enlèvement de la petite Mia par sa mère et quelques complices est un fait de société. Cette affaire éclaire d’un jour nouveau tout un pan troublé de la société française, connecté à l’internet mondialisé mais de plus en plus déconnecté de la réalité. De la même manière que la jeunesse « woke » des métropoles globalisées porte un regard halluciné sur le monde, une nébuleuse conspi-dissidente s’affranchit toujours un peu plus du monde sensible. Explication.

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© DR

De son prénom Lola, la « maman de Mia » – comme on dit de nos jours – a dérivé mentalement au fil des ans. Une visite sur son compte Facebook, ouvert au public, suffira à s’en convaincre. Le 19 avril 2020, elle diffusait ainsi le post d’un homme faisant référence aux Beatles, vus comme « sataniques », qui écrivait fautes incluses, que « les musiques occultes n’ont pas commencé avec Rihanna, Lady Gaga, Imagine dragon… Mais elles ont toujours existé afin d’entraîné l’humanité à chanter à la gloire de Satan ». Le commentaire qu’en faisait Lola était éloquent : « Tous les artistes qui sont très connus ont tous pactisé avec le diable… L’industrie de la musique est corrompue ». Semble-t-il déjà gagnée au conspirationnisme le plus grossier, cette jeune femme n’attendait que d’être cueillie par l’air du temps pandémique, propice à l’égarement des esprits.

Il faut bien admettre que certains mots écrits par la susnommée Lola résonnent d’une brûlante et cruelle actualité, ainsi quand elle se confie sur les vicissitudes de notre post-modernité commune : « Depuis que je me suis réveillé, le fameux ‘éveil’, c’est dur … digérer tout ce que j’ai appris, ce que la télé et les politique nous cachent, tout ces mensonges, c’est pas facile, surtout les trucs monstrueux… J’ai voulu me battre pour nous défendre, je suis tombé malade. Toute cette vie n’est qu’une mascarade, une pièce de théâtre. J’avais confiance en ce système, je ne l’ai plus du tout cette confiance (sic) ».

On a dit de vous que vous étiez « d’extrême droite », « anarchiste » ou « complotiste ». Vous n’êtes rien de tout ça : vous êtes l’enfant d’une confusion idéologique permanente

On aimerait d’ailleurs répondre directement à Lola et ses complices. Oui, Lola ; ce « système » vous doit des excuses … mais pour d’autres raisons que celles que vous imaginez. Il vous doit des excuses parce qu’il abêtit les Français, parce qu’il en fait des esclaves de leurs émotions et de leurs ressentiments, parce qu’il ne fait rien pour tenter de les élever et de les protéger. Pas parce qu’il serait supposément « démoniaque ».

Les monstres qui vous tiraillent sont à la fois bien plus terribles que vous ne le croyez et … bien plus communs. Là où il y a de l’homme, il y a de l’hommisme. L’état de notre société n’incite évidemment pas à l’espoir, peut exacerber les faiblesses psychologiques. Il y a de l’apocalypse dans l’air, le sentiment que rien n’est possible et que personne ne peut agir, comme si nous étions gouvernés de l’extérieur et effondrés de l’intérieur. C’est pour ça que vous devriez en vouloir aux faux-prophètes, à ceux qui vous égarent dans des folies, qui vous entretiennent dans les mensonges que vous pensez déceler au détour de signes. Vous ne suivez pas le chemin de la vérité. Vous suivez la voie de la sortie du monde qui ne vous donne plus satisfaction. On a dit de vous que vous étiez « d’extrême droite », « anarchiste » ou « complotiste ». Vous n’êtes rien de tout ça : vous êtes l’enfant d’une confusion idéologique permanente. C’est une voie sans issue que vous prenez, qui conduit à la défaite.

Lire aussi : La fabrique du faux

Au lieu d’apporter des réponses aux « Gilets jaunes », à ces fameux déclassés et exclus, à ceux qui ne croient plus en rien, le gouvernement a répondu avec des mesurettes et des jugements. De l’autre côté, les marchands de malheur et gourous 2.0 des internets abrutis ont capitalisé sur votre souffrance, vous ont entraîné vers la bêtise. Quand on ne croit plus en rien, on est capable de tout croire. Votre profil Facebook montre que vous êtes animée de bons sentiments. Tout y passe : dolorisme, tiers-mondisme, contestation tous azimuts. Tous les bateleurs d’estrade et autres « grandes gueules » trouvent grâce à vos yeux. Ils sont ceux qui préfèrent vous mentir dans leurs propres intérêts. Valent-ils mieux que cette technocratie politico-médiatique qui vous a abandonnés et parfois vous méprise ? Non. Le salut que vous espérez ne tient pas dans cette radicalisation qui vous mènera à votre perte. Les combats légitimes que vous souhaitez mener, notamment pour un meilleur accueil des enfants par l’aide sociale, ne peuvent se mener à l’aide des forces les plus irrationnelles.

Il est regrettable que les contempteurs du conspirationnisme, lesquels ont souvent raison, excepté qu’ils assimilent à ces folies des gens qui n’ont rien de commun, ne comprennent pas que c’est la société dans sa globalité qui porte la responsabilité de cette psychose collective. Une société qui a renoncé au bon, au juste, et au vrai, depuis déjà fort longtemps. Si je m’engage par les mots, par les actes politiques, ce n’est pas pour mentir ou conforter ce « peuple » en dérive. Ce n’est pas pour lui donner à droite la place qu’occupe le tiers-monde pour la gauche. Non : c’est pour dire la vérité et essayer d’améliorer notre sort. 

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