« Moi, je ne crois pas à ce qu’on appelle la Cancel Culture. » Il faut toujours se méfier des gens qui commencent leur phrase par « moi je ». Début décembre dernier, Lui, donc, avec le L majuscule qui permet de Le distinguer du commun des mortels, répond à une longue interview (près de 2 h 30) diffusée en « live », ce qui veut dire en direct – par opposition à « replay » qui signifie différé dans notre belle « start-up nation » – sur Brut, un média en ligne qu’on ne saurait définir autrement que par son public : les djeunes. Il paraît que ceux-là, qui ne savent rien d’autre que ce que l’Éducation nationale leur a enseigné, c’est-à-dire rien, et ce que les vidéos visionnées sur leurs smartphones leur ont appris, c’est-à-dire moins que rien, mais en version originale non sous-titrée, en sont friands.
Emmanuel Macron était interrogé sur la fracture entre les diverses mémoires de la guerre d’Algérie, il dérive et en vient donc à confier, en prenant apparemment son public à rebrousse-poil : « Moi, je ne crois pas à ce qu’on appelle la Cancel Culture. » De quoi parle-t-il ? « To cancel » signifiant « annuler », une traduction hâtive pourrait laisser penser qu’il ne croit pas à la culture pour les nuls, ce qui pourrait créer un malentendu semblable à celui suscité par ses propos sur les « illettrées » de l’abattoir Gad – en plus de causer de la peine aux éditions First.
Cancel Culture peut être traduit, plus justement, par « culture de l’annulation », ou, plus précisément encore, par « culture de l’élimination ». Dans les faits, il s’agit de ce mouvement né aux États-Unis et qui vise, d’abord à dénoncer, ensuite à ostraciser, enfin à éliminer – ou, à défaut de pouvoir le faire soi-même, à exiger l’élimination – de toute référence, des toponymes à la statuaire en passant par les références universitaires, à des personnalités ou événements ayant eu des comportements ou prises de position moralement condamnables. [...]