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Frederik Limol, itinéraire d’un monstre aux allures ordinaires

Quel type de personnage était ce Frederik Limol ?

C’est un client que j’ai vu seulement trois fois. Bien que je relève du barreau de Paris, c’est dans mon cabinet d’Aix-en-Provence que je le rencontrais, alors qu’il habitait Salon-de-Provence. Je le conseillais pour le droit de visite qu’il réclamait, le droit de voir la fille qu’il avait eue de sa première union. J’avais saisi le juge aux affaire familiales pour que ce droit soit respecté par Catherine A., son ex-épouse. Selon moi, il se comportait alors comme un père exemplaire, qui manifestait un véritable amour pour son enfant. Il souffrait terriblement de son absence.

Selon moi, il se comportait alors comme un père exemplaire, qui manifestait un véritable amour pour son enfant. Il souffrait terriblement de son absence.

Je pense aussi que la mère mentait partiellement à son sujet, et n’était pas exempte de tout reproche : notamment dans le fait que son actuel compagnon est un personnage peu correct, qui l’influençait pour qu’elle refuse qu’il voie sa fille, même dans un espace neutre comme ça se pratique dans ces cas-là.…

De quoi les complotistes sont-ils le nom ?

C'est quoi un complotiste ? C'est quelqu’un qui n’arrive pas à se mettre au niveau de l'événement, à le comprendre tel qu'il se présente et tel qu’il évolue et qui se place soit au-dessous de lui (« c’est une grippette qui tue moins que les autres maladies ») soit au-dessus (« c’est une pandémie organisée par les riches de ce monde pour faire crever les pauvres »). C’est quelqu’un qui ne supporte pas le nouveau, l’inconnu, l'incertain – soit tout ce qui oblige à l'expérimentation, au tâtonnement, au « peut-être », au « oui » puis au « non », au « on arrête ça et on réessaye ça ». C’est quelqu’un qui incarne à la lettre la première phrase de Masse et puissance d’Elias Canetti : « Il n'est rien que l'homme redoute davantage que le contact de l'inconnu ».

Mais c’est aussi un individualiste forcené souvent apolitique (ou trop politique) qui pense de lui-même par lui-même pour lui-même avec lui-même et contre le monde entier. En même temps, c'est un obsédé de la causalité, un hystérique de la culpabilité à qui il faut à tout prix et tout de suite un coupable et comme il n'est plus de bon ton d'être antisémite, il cherche alors un capitaliste, un politicien, un sataniste qui fera l'affaire – alors que le diabolique (c’est-à-dire la bêtise) est plutôt de son côté. Comme Keyser Söze dans Usual suspects, le complotiste est celui qui refait l'histoire, qui invente ses propres raisons, qui dramatise tel détail contre l’ensemble – quoiqu’interprétant tout de travers et allant jusqu’à inverser les affects. Car c’est un trouillard qui se croit très courageux et qui n’a pas compris que c’est bien parce qu’il crève de ne pas être « rassuré » qu’il est du côté des « rassuristes » – paumé paniqué qui rame devant l'adversité. C’est enfin quelqu’un qui soutient mordicus que l’Histoire lui rendra raison alors que c’est lui qui passera pour l’obscurantiste affolé de la période. [...]

L’antiracisme devenu fou nous casse les noisettes
« Montrer le talent et la beauté de toutes les origines humaines est un projet humaniste qui rapproche les gens et les cultures. Telle est la démarche de Netflix avec sa nouvelle et formidable série : les Brigestorn (sic). Bravo à l’Opéra de Paris d’emprunter aussi cette voie », s’enthousiasmait l’inénarrable Jean-Michel Aphatie en réponse à Marine Le Pen qui jugeait que l’antiracisme servi au woke devenait fou et obscurantiste. Confondant peut-être la marque de pneus anglaise Bridgestone avec la série La Chronique des Bridgerton, navet à l’eau de rose indigeste où roucoulent des gravures de mode de toutes origines dans une Angleterre hanovrienne aussi fantasmée que ridicule, l’empafé basque faisait montre de cette suffisance teintée de mauvais goût qui est sa marque de fabrique.
La Grande bouffe : SOS Restaurants

C’est la Révolution qui a créé le grand restaurant à la française. Leurs maîtres aristocrates étant arrêtés, exécutés ou exilés, un grand nombre de cuisiniers n’avaient plus de maison où servir et se sont lancés dans leur propre restauration, ouvrant des établissements à leur nom. Ainsi est née la tradition du restaurant, un lieu où l’on mange, où l’on boit, où la cuisine est portée à un art assumé, où les tables sont belles avec leur décorum de nappes, de vaisselles, avec la décoration des lieux si particulière à chaque établissement.

Les tavernes et les auberges ont suivi le mouvement du restaurant et sont montées en gamme pour proposer eux aussi un art de la table. Auguste Escoffier a inventé la brigade, Fernand Point, Pierre Troisgros, Paul Bocuse, Joël Robuchon ont, chacun dans leur génération, conservé le métier en apportant innovation et modernisation. Le guide Michelin a été le premier à consacrer les grands restaurants, à étoiler et à distinguer, à éduquer aussi, dessinant les routes de France de la gastronomie. Le restaurant est inscrit dans l’âme profonde de la France et de sa culture. Ce sont des lieux, ce sont des familles, ce sont des points de mémoires partagées. Le restaurant est une fête et une borne de la vie : on y convie sa fiancée, on y fête les grands événements de la vie, on y passe en famille et avec ses amis, on peut même y avoir ses habitudes et parfois en connaître les cuisines et la cave.

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Les amers sont-ils de droite ?

C’est La Fayette qui lui donna son nom pendant la guerre d’indépendance. La marine anglaise ravagea la bourgade en 1813. John O’Neill bombarda tant qu’il put les Anglais du haut du promontoire puis s’enfuit, à court de munitions. Il devint le premier gardien du phare qui y fut installé en 1827, avec douze autres phares autour de la baie de Chesapeake, et sa famille garda le phare quatre générations durant. Ce phare est un amer.

Les amers sont des objets fixes servant de point de repère sur une côte. Le mot, normand, rentre officiellement dans la langue française 1683, dans les Instructions des pilotes rédigées par Samson Le Cordier, qui fut « pilote entretenu au département du Havre-de-Grâce pour la conduite des vaisseaux de Sa Majesté ». [...]

Pierre Robin : Mes années Nixon

Quand j’étais lycéen, Donald Trump se prononçait Richard Nixon. Bon, Nixon n’était pas un businessman prospère, son père était un modeste épicier, il n’avait pas l’aisance showbizoïde de Trump, ni une épouse spectaculaire et il ne dansait pas sur ses clips de campagne. Mais l’un comme l’autre ont suscité le même rejet viral de la part des bien-pensants, des proto- bobos de Greenwich Village aux étudiants anti-guerre du Vietnam en passant par les Black Panthers et leurs suiveurs. Et la presse occidentale ne fut pas fair-play non plus avec Nixon, c’est une litote.

Laid et réac à la fois

Pour la nouvelle gauche américaine née des hippies, d’Hollywood et des Droits civiques, Nixon fut cet ennemi irremplaçable dont Carl Schmitt rappelait qu’il était le sel de la politique. Pourquoi tant de haine ou de mépris ? À cause de ses origines modestes et de sa vision anti-progressiste de l’Amérique, de sa popularité, qui le fit deux fois élire président. Clairement, il faisait figure de squatter de la Maison Blanche aux yeux des patriciens démocrates de la Côte Est. Et ce fut un ennemi intrinsèque de la jeunesse aux yeux du vaste mouvement anti-guerre du Vietnam. Parce qu’on lui refila l’ardoise de cette guerre, commencée par son ennemi John Kennedy et intensifiée par Lyndon Johnson, et dont il hérita à sa première élection en 1968, année agitée s’il en fut. On ne se doutait pas que c’est lui qui retirerait les États-Unis de ce bourbier… [...]

Noël à la Légion étrangère, gardienne de l’Espérance

Voilà que la Sainte Famille, dans sa simplicité originelle, se trouve réfugiée au creux d’un képi blanc, abritée sous un paravent tricolore, ou encore nichée dans le sable du désert malien. C’est que, depuis quelques semaines déjà, les légionnaires se préparent à célébrer Noël en fabriquant des crèches par des moyens improvisés. Lors d’un rituel qui perdure depuis plus de 50 ans, un jury composé d’officiers, de civils et d’un aumônier évalueront les créations de chaque compagnie pour élire la meilleure selon la qualité, l’originalité et la symbolique religieuse.

Pourtant, ces légionnaires proviennent de plus de 150 pays, forment un mélange entre autres d’athées, de chrétiens, de juifs et de musulmans ayant quitté famille, amis et patrie pour combattre au nom de la France. Dans ce pays déchiré par des questions de laïcité et d’identité, comment envisager cette œuvre fraternelle ? Les légionnaires seraient-ils « victimes » d’une normativité postcolonisatrice, européenne et chrétienne ? Seraient-ils esclaves d’une tradition ringarde poussée par la plus conservatrice des institutions françaises ? Que nenni ! Ce serait mépriser les Seigneurs, comme on les surnomme, ces soldats animés par une abnégation sans borne.

L’IncoDico – le mot du mois : Natiobeauf

Apparu depuis quelques années sans être toutefois nommé, le « natiobeauf » est un homme de droite d’un certain âge qui adore diffuser des photomontages mettant en scène Astérix et Obélix en lutte contre les ennemis de la France : « Mon pays c’est le saucisson, le pinard et les nichons ! T’aimes pas : tu dégages ! » Moqué, ridiculisé, le natiobeauf est pourtant touchant. Sa politique n’est qu’instinct. Désireux d’un retour à la France des années soixante et soixante-dix, ère bénie durant laquelle les émissions de variété n’invitaient pas des Jamel Debbouze et des Soprano mais des Sardou et des Carlos, le natiobeauf ne reconnaît plus sa France. Il est orphelin des ballons de rouge au comptoir à sept du mat’, du petit baluchon dans lequel on portait son encas de camembert ou de pâté pur porc avant d’aller au turbin.

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L’Incorrect

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