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Jean-Christian Petitfils : la Sainte Tunique mise à nu
Qu’est-ce que la Sainte Tunique d’Argenteuil et comment se présente-t-elle sur le plan matériel ?

Cette relique est considérée comme la tunique sans couture portée par Jésus le 3 avril de l’an 33 sur le chemin de croix, avant d’être tirée au sort par les soldats romains, puis récupérée par les premiers chrétiens. Les quatre Évangiles, particulièrement celui de Jean, seul témoin oculaire au pied de la croix avec les saintes femmes, en parlent, ce qui tend à prouver qu’elle était bien connue des premiers disciples. Elle se présente comme un vêtement de laine non mérinos de 122 cm de longueur (148 à l’origine probablement), de 90 cm de largeur sous les bras et de 130 sous la poitrine. Sa couleur est brun pourpre. Elle est fortement abîmée et a été de surcroît mutilée par de nombreux prélèvements effectués au cours des siècles. Elle est conservée dans un petit reliquaire placé dans une des chapelles de la basilique Saint-Denys d’Argenteuil. Mais lors de l’ostension exceptionnelle qui aura lieu du 18 avril au 11 mai 2025, on pourra la voir déployée dans la grande châsse en bronze dorée construite pour elle en 1894.
Reportage photo : Paris année zéro
Un nouveau commencement : en se plaçant comme le maître d’œuvre de la restauration de Notre-Dame, Emmanuel Macron aura au moins réussi à imposer l’empreinte historique que recherchent tous les chefs d’État : celle d’un bâtisseur. Si on peut effectivement saluer le travail des artisans et des ouvriers, on peut voir dans cette Notre-Dame2.0, éclaircie, nettoyée de fond en comble, récurée dans ses moindres coins, le symbole de la Ville Nouvelle rêvée par son maire Anne Hidalgo. Une ville conçue avant tout pour ses touristes et qui se targue de protéger ses habitants fortunés dans des îlots communautaires où la mixité sociale n’a plus son mot à dire. L’idée-phare, ce sont ces ZTL, zones de trafic limité, qui ont commencé à titre expérimental dans les 1er, 2e, 3e et 4e arrondissements. Si la mairie de Paris se défend en brandissant une note de l’Atelier parisien d’urbanisme (Apur) estimant que le commerce est encouragé par les flâneries, l’expérience montre plutôt l’inverse. « Nous avons clairement observé une baisse de fréquentations depuis plusieurs mois, observe un commerçant qui occupe le même magasin depuis vingt ans, au départ du boulevard Sébastopol à deux pas de l’Hôtel de Ville. Nous venions tout juste de nous remettre de l’épisode des JO, qui n’a pas eu l’effet escompté, bien au contraire, et là on a clairement vu un changement chez notre clientèle. » [...]
Blasphème  : un silence pesant
La répression du blasphème ou sacrilège ne date pas d’hier. Déjà chez les païens, les très démocrates Athéniens, dans un accès de folie, condamnèrent-ils à mort leurs généraux victorieux des Arginuses (406 av. J-C) pour simplement avoir laissé sans sépulture des soldats naufragés. [...]
2015-2025 : l’après-Charlie s’appelle Samuel Paty
Le verdict est tombé, allant contre l’avis de réquisitions jugées trop légères?: ainsi des peines de seize ans de réclusion ont été prononcées à l’encontre de deux amis du tueur, Naïm Boudaoud et Azim Epsirkhanov, condamnés pour complicité d’assassinat terroriste pour avoir aidé Abdoullakh Anzorov, l’assassin de Samuel Paty, à se procurer des armes. Mais ce sont surtout Brahim Chnina, le père de la collégienne qui a déclenché la polémique, et l’influenceur islamiste Abdelhakim Sefrioui qui ont vu leur peine alourdie par rapport aux réquisitions. Une manière pour la Cour de démontrer que désormais, à l’heure des réseaux sociaux, l’islamisme radical fonctionne comme une vaste ruche, composée d’innombrables agents dormants et de cellules « passives » mais tout aussi responsables dans l’enchaînement causal des faits qui ont mené à la tragédie. [...]
Olivier Rey : Charlie Hebdo et le droit à l’image

Polytechnicien, philosophe et chercheur à l’Institut d’histoire et de philosophie des sciences et des techniques, Olivier Rey est notamment l’auteur de Gloire et misère de l’image après Jésus-Christ (Éditions Conférence).


Au-delà des morts survenues lors de l’attentat contre Charlie Hebdo, peut-on analyser la stupéfaction générale comme la redécouverte tragique de la violence que peut générer la représentation ?

Si en France certains musulmans n’avaient pas déjà été disposés à user de moyens violents, je doute que la publication de caricatures de Mahomet par Charlie Hebdo eût à elle seule provoqué l’attentat contre la rédaction du journal. Autrement dit, les caricatures ont davantage été l’occasion d’un déchaînement de violence que sa cause unique. Reste que c’est autour de ces images que la violence latente s’est cristallisée. Au huitième siècle, l’empire romain d’Orient fut le théâtre d’une âpre querelle entre les partisans des images du Christ et ceux qui voulaient les proscrire.…

Chantal Delsol : Charlie Hebdo, une double défaite

Chantal Delsol est philosophe et membre de l’Institut. Son nouvel essai L’Insurrection des particularités (Le Cerf) paraît en ce mois de janvier.


Il y a dix ans, les Français marchaient dans les rues en déclarant «Je suis Charlie». Le sont-ils encore aujourd’hui ?

En tout cas, il me semble que si c’était à refaire, les mêmes seraient prêts à recommencer. Au moins si les circonstances étaient analogues. Il faut préciser que cet élan de solidarité était dû à deux facteurs corrélés : la volonté de pouvoir injurier une religion, et le fait que les victimes étaient les rédacteurs d’un journal de gauche. Si tout le comité de rédaction de L’Incorrect se faisait assassiner pour avoir publié des caricatures de Mahomet, je ne pense pas que les foules descendraient dans la rue pour crier « Je suis L’Incorrect » !

À l’exception de Charlie Hebdo, pas un média n’a publié – et il est probable qu’aucun ne publiera plus – une caricature de Mahomet par crainte d’une fatwa.

Histoire d’un paradoxe : ce que Charlie Hebdo est
« Tout est pardonné », titrait le numéro1178 de Charlie Hebdo publié le 14 janvier 2015, au-dessus d’un Mahomet redessiné envers et contre tous, et tenant une pancarte « Je suis Charlie ». Cette Une a bien pu être interprétée de diverses manières, qu’il s’agissait de pardonner à Mahomet, que Mahomet pardonnait aux dessinateurs, ou encore qu’on voulait se faire pardonner auprès de Mahomet les excès commis en son nom, qu’importent les finasseries?: c’était du catéchisme. Nulle part sur terre hors de la sphère chrétienne, on parle de pardon le lendemain d’un massacre dont on vient de réchapper. En général, d’ailleurs, à l’extrême gauche, on scande plutôt?: « Ni oubli ni pardon », comme les camarades de Clément Méric après sa mort en 2013 et, finalement, comme tous les peuples païens en deuil depuis l’origine, cultivant le cercle vicieux de la violence mimétique qu’avait si bien analysé René Girard, cercle vicieux rompu par le Christ. C’est donc en bons disciples du Nazaréen que les rescapés de Charlie continuaient de témoigner au mépris du risque de mort, tout en pardonnant à leurs bourreaux. S’ils avaient fait profession de mécréance, pris sous les rafales, les dessinateurs se voyaient soudain rattrapés par leur inconscient chrétien. [...]

L’Incorrect

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