
Vous publiez Déni français et expliquez que l’inconscient collectif politique de notre pays ne cesse de porter la marque de la guerre d’Algérie qu’il n’a pas digérée. Sous quelle forme ce déni perdure-t-il aujourd’hui ?
La question algérienne est centrale, mais j’ai élargi mon propos aux relations entre la France et les pays arabes en général, la France ayant découvert le monde arabe et berbère à partir de l’Algérie. Par effet d’extension, la Tunisie, le Maroc, la Mauritanie, le Liban, la Syrie, Les Comores, Djibouti (sans parler de l’Égypte au XIXe siècle), ont été précipités dans l’histoire coloniale française. Depuis les indépendances, la France a tissé un réseau de relations très particulier avec l’ensemble du « monde arabe » ainsi rebaptisé depuis la guerre.
Le déni porte spécifiquement sur la relation ambiguë que nos dirigeants entretiennent avec le monde arabe, parce qu’ils éprouvent à la fois un sentiment de culpabilité -non dénué de supériorité-, le tout mêlé à des intérêts et à une dépendance croisés, qui débouchent parfois sur de la corruption. Par ailleurs, la question coloniale reste souvent un impensé, et celle de la décolonisation est l’objet de polémiques récurrentes. L’Algérie de Bouteflika l’a utilisée abondamment pour faire oublier la guerre civile des années 1990.
Quant à l’islam, il est intriqué avec ce dont on vient de parler. Il y a un impensé spécifique sur la nature de l’islam, qu’on voit communément en France comme un autre christianisme par ignorance -laquelle concerne les deux religions chez nombre de nos dirigeants- ou par faiblesse coupable (voire par excès de charité chrétienne ou laïque). De plus, on oublie que l’islam en France est piloté de l’extérieur par des pays qui l’utilisent à diverses fins, et veulent surtout garder le contrôle sur leurs immigrés et les musulmans de France. Paresse intellectuelle et peur ne permettent pas de penser l’islam.












