
Société


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Chaque année, les nouvelles fournées de dictionnaires de ces vénérables maisons que sont Le Robert et Le Petit Larousse sont l’occasion de prendre le pouls de l’évolution de nos sociétés à travers le langage. La bataille culturelle est loin d’être gagnée, tant les entrées trahissent l’imprégnation de la société à certains nouveaux concepts en vogue, quand bien même nous les trouverions creux et débiles. Nous-mêmes les utilisons d’ailleurs pour les pasticher, pour nous en moquer ; mais ce faisant, nous les légitimons et nous nous habituons à leur usage courant.
Qui se souvient de l’arrivée de mots tels que « selfie » (préféré au plus élégant et plus français égoportrait de nos amis québécois), « mémériser » (terme popularisé par l’animatrice brésilienne Cristina Cordula), ou « bolos » (argot des quartiers qu’on dit populaires), dans les éditions 2016 des dictionnaires ? Qui se souvient, aussi, de l’invasion d’une palanquée de néologismes ridicules et de termes issus de l’anglo-américain comme « tuto », « community manager », « écoconduite » ou « glamouriser » ?…

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Cela faisait des siècles qu’on y rendait justice. Philippe Auguste y séjourna, Saint-Louis y fit construire la Sainte Chapelle, Philippe le Bel l’immense salle des pas perdus. François Ier y présida un lit de justice pour condamner Charles Quint pour félonie ; plus tard, le jeune roi Louis XIV y convoquerait le Parlement en lui faisant sévèrement défense de s’écarter de son rôle judiciaire. Le 16 octobre 1793, dans ces mêmes lieux, le président Herman condamnait à mort Marie-Antoinette. Viendraient aussi à comparaître à la barre Baudelaire, pour ses outrages dans les Fleurs du mal, Emile Zola pour diffamation, Mata-Hari, coupable d’espionnage, Stavisky, Maurras, Pétain, et tant d’autres encore. Un édifice qui porte en lui plus de souvenirs que s’il avait mille ans et qui, depuis quelques jours, s’en est allé dans le silence des matins d’exécution.
Le dôme ardoisé du monument gothique s’est donc transporté.…

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Alors, Dany le rouquemoutte et ses poteaux se battaient, prétendaient-ils, pour la mixité des dortoirs de l’université de Nanterre : il s’en déduisit telle avalanche de bouleversements moraux et sociaux, qu’eux nomment révolution et que nous nommons régression – comme légalisation de l’avortement, galvaudage de la contraception chimique et mécanique, divorce à la va-comme-je-te-pousse, industrialisation de la pornographie, dépistage embryonnaire, mariage de personnes homosexuelles et toutes ces sortes de délicieuses choses qui vous condamnent à la sortie de l’histoire et à la fin des histoires – telle avalanche disions-nous qu’en naquirent les conséquences les plus paradoxalement attendues. Car évidemment les légitimes héritiers de 68 se battent maintenant pour organiser des réunions non-mixtes, et l’amicale des anciens du 22 mars, tous à moitié clochardisés, les assomme de communiqués de soutien. Joseph de Maistre le savait : toute révolution contient son contraire – pourquoi il appelait à faire tout le contraire (de la révolution).…

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L’Action française tiendra un colloque au Forum de Grenelle samedi 12 mai de 14h à 18h, intitulé Mai 68 et le Bien commun : utopies, échecs et perspectives. Deux membres de la rédaction de l’Incorrect sont invités pour l’occasion ; Jacques de Guillebon et Gabriel Robin. Nous avons interrogé Philippe Mesnard, participant et co-organisateur de l’événement.
Le 12 mai, l’Action française organise un colloque intitulé « Mai 68 et le Bien Commun : utopies, échecs et perspectives ». Pouvez-vous nous en dire plus ?
La notion de Bien commun, qui paraissait surannée quelque peu, est revenue dans le discours des politiques. Les intellectuels les avaient précédés, et on remarque avec plaisir que la faveur dont jouit le concept est proportionnelle à l’inquiétude croissante que génèrent l’individualisation des comportements, la mondialisation des échanges, et l’autoritarisme de l’Union européenne. D’une certaine manière, la common decency chère à Orwell et popularisée par Michéa, l’insécurité culturelle de Laurent Bouvet ou les triomphes (relatifs) des populismes sont tous des hérauts de ce Bien commun, vu et pensé comme le cœur en danger de nos sociétés trop promptes à changer, à bouleverser, à oublier et à ne pas anticiper.…

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