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Affaire Bastien Vivès : bande-dessinée, morale et représentation

Le dessin, art pulsionnel par essence

Grand amateur de bande dessinées, je tiens Bastien Vivès pour un excellent raconteur d’histoires mais pour un dessinateur plutôt médiocre. Ses dessins allusifs, esquissés, relèvent plus du story-board qu’autre chose et symbolisent à mon sens une « néo-ligne claire » très mainstream – typique de l’ère du « roman graphique ». Pourtant, si j’ai défendu l’œuvre de Bastien Vivès à plusieurs reprises dans les pages de L’Incorrect, c’est au nom de ce que je pense être la liberté nécessaire du dessinateur à outrager, passer les bornes, déranger. Jusqu’à preuve du contraire, un dessin ne fait de mal à personne et Bastien Vivès n’est pas accusé de quoi que ce soit à part d’avoir un peu trop transpiré sur sa tablette graphique.

Jusqu’à preuve du contraire, un dessin ne fait de mal à personne et Bastien Vivès n’est pas accusé de quoi que ce soit à part d’avoir un peu trop transpiré sur sa tablette graphique

Le dessin est par nature le lieu du fantasme, du pulsionnel, et du tabou.…

L’empire du charabia

Dans toutes les collectivités locales, administrations, préfectures, cabinets et pissotières à procédures, tu as désormais un connard chargé d’inventer une nouvelle langue française, généralement plus jus de boudin et vasouilllarde qu’un communiqué d’Action directe. Dernièrement, j’ai repéré une merveille : « L’abri des mobilités ». C’est ce que les régions et l’Éducation nationale mettent en place dans chaque lycée : une sorte d’abri fermé pour ranger vélo, skates et autres trottinettes. « Abri des mobilités »… Ah ouais ! Le dernier terme est d’ailleurs là pour remplacer « transport », terme passé de mode qui sent par trop le Mimile et le RER. 

En vérité, le gauchisme, le capitalisme et l’administration sont faits pour se marier. Un trouple ! Jusque dans le choix du langage. Car, loin d’être la gardienne d’un français de bonne facture comme cela devrait être son rôle, l’administration française invente son propre charabia mi-techno mi-english mi-woke mi-école de management qui éloigne les Français de leur propre État. Quelques exemples du désastre ? La Corrèze a mis en place un système d’aide aux chômeurs, cela s’appelle « Boost Emploi ». Ledit territoire a pourtant deux langues, l’occitan et le français, mais bon… 

L’administration se vit comme un monde hermétique où ceux qui puent la bouse ne doivent surtout pas mettre les bottes

Le conseil départemental de Haute-Marne, lui, ne joue pas avec l’anglais mais a choisi de chercher un « Instructeur à l’aide sociale générale ». Ah ? Du temps où j’étais jeune et beau on appelait ça une « assistante sociale ». En « Provence-Alpes-Côte d’Azur », le Conseil régional, pour sa part, s’interroge « sur la trajectoire qu’il voulait donner à son territoire en matière d’énergie ». Espérons, pour trouver cette « trajectoire », qu’il « mobilise en co-working ses infrasynergies créatrices et élaborantes » [...]

Affaire Bastien Vivès : réflexions sur l’art, la morale, la vérité et sur le fantasme

De prime abord, la polémique autour de Bastien Vivès semble se résumer à un débat autour de la censure. On voudrait censurer un dessinateur qui n’a fait que dessiner, un créateur qui n’a fait que créer. Pire, on voudrait aseptiser l’art pour complaire à l’ère du temps et lui retirer sa vertu cathartique, laquelle ne va pas sans une certaine transgression nécessaire à son accomplissement. Mais si on réclame la catharsis dans l’art, on reconnaît alors à l’art une dimension morale et c’est cette  question de la morale dans l’art qu’il faut poser, même si on craint ce faisant de donner l’impression de céder à la fureur woke qui entend à terme effacer tout ce qui a été. Tant pis, l’effort de la réflexion mérite qu’on prenne ce risque car si l’hérésie woke pose pour une fois une bonne question, tout nous oblige à lui apporter urgemment une réponse correcte afin d’éviter qu’elle ait pour elle à la fois l’initiative et la conclusion, bref, qu’elle gagne.…

Pédophilie dans l’Église : sortons les poubelles

Un an déjà que le rapport de la Ciase (Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église de France) est paru, et nous avons tous eu du mal, collectivement, nous les catholiques de France, à le prendre sérieusement pour ce qu’il était : au-delà de la querelle des chiffres (300 000 victimes supposées sur 60 ans, pour 3 000 à 4 000 prédateurs sexuels dans cette Église de France), il s’agissait de réaliser l’ampleur des dégâts et, partant, de comprendre ce que pouvait dire « systémique » en l’occurrence. 

Était-ce qu’une organisation pédocriminelle s’était hissée à la tête de notre Église ? Sinon, plus sérieusement, qu’un certain nombre de prédateurs avait pu abuser en toute tranquillité d’enfants et d’adolescents, bénéficiant du silence naïf de leur hiérarchie ? Ou encore même, et pire, que le fidèle catholique avait pris ça à la légère, supposant que cela faisait partie du jeu de la nature humaine déchue ? Toujours est-il que le scandale, après vingt ans de tergiversations, de bonne volonté et de certains progrès dans le traitement de ces affaires, a fini par enfin éclater. [...]

Affaire Bastien Vivès : la possibilité d’une censure

Que faire de Bastien Vivès ? La question nous est posée de manière générale et nous voilà obligés d’y répondre, même malgré nous. De manière générale, c’est-à-dire à tous les citoyens français, mais plus particulièrement à nous, presse et médias, éditeurs et critiques d’art. Que faire de son œuvre et, sans se mettre à la place d’une police et d’une justice que nous ne sommes pas et ne voulons jamais être, tenter d’y répondre d’un point de vue moral, ce qui contrairement à ce qu’assène la vulgate de cette époque, également partagée entre droite et gauche, n’est pas un mot ridicule ? Mais un mot supérieur.

Pour notre part, nous avons participé de quelque façon à la publicité faite à Bastien Vivès, qui pouvait s’entendre au premier abord dans le sens où il est reconnu généralement comme un grand dessinateur de bd contemporaine. Nous l’avons interviewé en mai 2020, au sujet de son album Quatorze juillet, qui n’avait aucun rapport avec quelque sexualité enfantine que ce soit, mais une question finale lui était posée sur le « consensus » qui avait fait reléguer son Petit Paul sous blister dans les enfers des boutiques, comme s’il s’était agi d’une censure politique.…

Coupe du monde : de guerre et d’amour

Mercredi soir, il faisait froid. Il faisait froid comme depuis des jours, et c’était normal puisque nous étions en décembre. Ça tranchait drôlement avec la fête autour, sur les boulevards. Si on avait été un peu naïf, on aurait maudit une Coupe du monde organisée en plein hiver, tout ça pour le plaisir des vilains magnats barbus du pétrole. Mais comme on avait grandi, on pensait que finalement, l’air glacial offrait un soupçon de folie bienvenu à la liesse : malgré une température négative, nous étions dehors, nous exultions. Ce froid était une épreuve supplémentaire dont nous avions triomphé.

Lire aussi : Jérémy Bouhy : « Cette édition est la plus belle Coupe du monde disputée jusqu’ici »

Car nous avions triomphé de tout et, sur le boulevard Haussmann, entre les klaxons, les drapeaux et les étreintes, il était difficile de retenir une larme à la pensée que notre pays écrivait l’histoire.…

Jérémy Bouhy : « Cette édition est la plus belle Coupe du monde disputée jusqu’ici »

C’est peu dire que le Maroc n’était pas attendu à ce stade de la compétition. Comment expliquez-vous ce succès ? L’académie de formation Mohammed VI est souvent citée en exemple. Azzedine Ounahi (SCO Angers) et deux autres titulaires lors de la qualification contre l’Espagne en étaient issus. Qu’en pensez-vous ?

Le Maroc est sur la pente ascendante depuis quelques années, et ceci pour deux raisons : tout d’abord, l’équipe repose sur une génération incroyable, incarnée par Ouhani, Boufal, Saïss et d’autres. Chaque pays connaît son âge d’or, je pense que le Maroc entre dans le sien, qui devrait durer quelques années. La seconde raison se situe à l’échelle nationale dans le travail entrepris pour structurer la formation, identifier les talents, former les éducateurs, bâtir des stades et des centres d’entraînement notamment avec l’académie Mohammed VI. Le Maroc a calqué son modèle sur ce qui se fait de mieux en Europe, et en récolte les fruits aujourd’hui.…

L’Incorrect

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