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Traité de la vie élégante : rubans, rosettes et canapés

Kirsten, Gräfin zu…, la blonde et sémillante épouse de Ferdinand, parlait la langue de Racine comme une Allemande qui n’a jamais séjourné en France plus de quelques semaines d’affilée, avec un accent chantant, des erreurs désarmantes, une tendance irrépressible à tutoyer tout le monde et une propension non moins remarquable à se mêler naïvement de la conversation des autres. Ayant entendu E. chuchoter avec ses voisins, tous anciens militaires ou hauts fonctionnaires, à propos de rubans, de rosettes, de grands colliers, de canapés et de sautoirs, la mutine prussienne ne douta pas une seconde que si ces messieurs parlaient bas, ce devait être pour échanger sur quelque chose qu’il est impoli d’évoquer en public mais qui n’en est pas moins, aux yeux des étrangers, la passion prédominante et peut-être le titre de gloire des Français.

« Les voilà qui se remettent à parler de nous ! », murmura-t-elle à l’oreille de Zo’ qui, toute à sa vodka Némiroff, lui rendit un sourire sans trop comprendre de quoi il s’agissait.

En tant que femme cultivée, ces évocations à demi-mot lui rappelaient irrésistiblement les tableaux coquins de Boucher et de Fragonard

Incapable de déterminer si « rosette » est une pièce stratégique de l’anatomie féminine ou le prénom d’une jeune personne, Kirsten n’avait aucun doute, en revanche, sur le potentiel érotique des rubans, rouges ou bleus, et s’émerveilla que les Français aient eu l’audace de rapprocher les termes canapé et sautoir. En tant que femme cultivée, ces évocations à demi-mot lui rappelaient irrésistiblement les tableaux coquins de Boucher et de Fragonard ; mais en tant que femme moderne, elle ne voyait pas pourquoi les hommes s’arrogeaient le monopole de ces débats polissons, et pour quelle raison elle-même n’aurait pas le droit d’y prendre part. [...]

Comment la cuisine italienne a conquis le monde

Les Italiens ont réussi un beau coup : ils ont monopolisé le marché de la cuisine mondiale. Capitales et villes moyennes, en Asie, Europe ou Amérique ont leurs restaurants italiens, leurs pizzerias et leurs pasta. Alors que la cuisine française a fait le choix du haut de gamme et de la haute gastronomie, que l’américaine a investi dans le fast food et la cuisine industrielle, les Italiens ont opté pour la voie médiane : du grand public et de la visibilité, mais de qualité. À partir d’ingrédients de base simples et qui plaisent au plus grand nombre, ils ont développé une gastronomie simple, peu chère, facile à faire et à reproduire dans les aires culturelles non européennes.

Des goûts suffisamment complexes pour être de qualité et suffisamment simples pour être appréciés de tous. Avec des plats bien identifiés, à forte charge culturelle et sentimentale : pizza, spaghetti, lasagne, tiramisu, pesto. À côté du burger, qui est en train de monter en gamme en Europe, il est possible de manger bien et pour peu cher dans toutes les capitales du monde, en allant chez un Italien.

Lire aussi : Gares et aéroports, ces déserts gastronomiques

Fondé en 1928, Autogrill, désormais propriété de la famille Benetton, réalise les deux tiers de son chiffre d’affaires à l’international. Outre l’habillement et les aéroports, Benetton est aussi très présent dans la restauration, possédant une très grande partie de la production de viande bovine en Argentine. Les Italiens ont réussi la prouesse de créer une cuisine mondialisée, mais qui évite la standardisation et le conformisme et qui reste de bonne qualité. [...]

Une semaine comme les autres en France : africanisation

Le 30 juin, une étrange information écorche nos oreilles : un Burkinabé est auditionné après avoir mis en « gardav’ ». Le pauvre, qu’a-t-il donc bien pu faire ? Être marabout. Autrefois, dans le Lot-et-Garonne, on bouffait du curé. Aujourd’hui, du miel sur le corps de filles de 14 ans. Parce que c’est bien de cela qu’il s’agit. Le sorcier quinquagénaire proposait ainsi à des filles de tous les âges un astucieux mélange « d’onction de miel » et de parties de jambes en l’air pour chasser le démon de leurs esprits malades. Une coutume locale malheureusement pas encore acceptée qui le mènera probablement vers la prison.

Le lendemain, un père de famille voit sa garde à vue prolongée. Deux jours plus tôt, dans la ville portuaire de St-Nazaire, mouettes et goélands batifolent, mais l’espace aérien est soudain perturbé par une créature peu habituée à de tels exercices : une jeune fille de 18 ans. Le père, exaspéré par son comportement indigne, a décidé de mettre fin à ses fautes de mœurs en la jetant du haut d’un pont. Quel rapport avec l’africanisation ? Lorsque François Chénau, maire de Donges (la ville où la famille résidait) est interrogé sur l’affaire, il évoque rapidement un « problème culturel ». Décidément, on ne va pas assez vite dans le progrès.

Ce même jour, le Conseil d’État rendait une décision qui a choqué les défenseurs de la cause animale, comme les consommateurs. Désormais, il est établi que les viandes hallal et casher ne seront pas appelées comme telles. Non, ce sera une viande comme une autre : hallal, et personne ne le saura, na ! La laïcité ? Connais pas, vivons comme au Maroc. Apprenez maintenant que lorsque vous dégustez votre steak, il y a de bonnes chances pour qu’un imam ait égorgé l’animal en direction de La Mecque. [...]

Les mots sont-ils de droite ?
En lisant l’autre jour un article sur le titanoboa, j’étais tombé sur poïkilotherme qui signifie que la température de la bestiole varie en fonction de la température du milieu. Puis un article sur l’un des derniers artisans cordiers de France m’a apporté toupin, après quelques recherches, qui s’est révélé être en fait un couchoir toupin (ou gabieu). Poïkilotherme avait cet air de respectabilité scientifique tempérée par le grec, couchoir toupin présentait l’honnête visage du bout de bois façonné par un ouvrier habile. Je m’étais alors rappelé ce passage de La Gloire de mon père où Pagnol raconte son amour des mots : « Or, dans les discours de l’oncle, il y en avait de tout nouveaux et qui étaient délicieux : damasquiné, florilège, filigrane, ou grandioses : archiépiscopal, plénipotentiaire. Lorsque sur le fleuve de son discours, je voyais passer ces vaisseaux à trois ponts, je levais la main et je demandais des explications, qu’il ne refusait jamais ». [...]
Le gouvernement socialiste espagnol et les « mathématiques genrées »

En 1932, la République espagnole a adopté la loi sur le divorce. Il s'agissait d'une avancée inévitable dans la mesure où la question existait déjà dans une Espagne en théorie plus pacifique. Il suffit de se souvenir de la petite pièce de théâtre intitulée Le Juge des divorces, de Cervantès.

Parmi elles, figure la mise en caractères gras de l'article « le » ou « la » devant les mots hypoténuses, racines, équations, dérivées et autres fonctions ou substantifs mathématiques, afin de souligner l'importance de leur féminité

Cependant, dans notre cas, peu après l'adoption de cette loi sur le divorce, Pedro Muñoz Seca (1879-1936) avait écrit une pièce de théâtre malicieuse, Anaclet divorce, pour s’opposer à cette loi, en la ridiculisant à bien des égards. On y trouve en particulier une scène amusante où des époux, tout près de cesser de l’être, décidèrent de partager entre eux les biens du ménage en fonction de leur genre (grammatical, cela va sans dire), masculin ou féminin. Tout ce qui était « le » était donc pour le mari, et tout ce qui était « la » était pour la femme. A priori, rien n’était plus simple, n’est-ce pas ? Eh bien, en fait, non. Le lit, qui se dit « la cama » en espagnol, est aussi la couchette, qui se dit « el catre ». Une somme de dix duros, masculin, équivalait à cinquante « beatas », c'est-à-dire pesetas, bien féminines. Les gauches, dont l’habituel absence de sens de l’humour est bien connu, ne le pardonnèrent pas à Pedro Muñoz Seca. Sa petite œuvre comique ne contribua pas peu au fait qu’il fut assassiné à Paracuellos, en novembre 1936. [...]

Pap Ndiaye et l’école « engagée »
« Le premier objectif est la lutte contre les inégalités sociales. L’école veillera, dit le ministre, à ce que l’Ecole combattre, ironie des mots, les inégalités de naissance. » Ce à quoi s’emploie déjà l’Académie de Créteil qui, dans le cadre national de « la mission égalité filles garçons » pour l’année 2022/23, a déployé, pour lutter contre les discriminations LGBTQIA au collège, une affiche ainsi libellée : « LAISSEZ LES GENS BÂTIFOLER TRANQUILLES ». Avec un circonflexe. Au dessous, en italiques : The Feminist Tiens. Et Michel Onfray de s’indigner de la faute d’orthographe passée inaperçue des services de l’Education Nationale. Inaperçue ? Que nenni ! Voulue, bien plutôt, en vertu du « droit démocratique » que chacun aurait, —comme l’écrivait, en 1999, un document du CNRS et de l’Institut National de la Langue Française donnant une liste de mots arbitrairement féminisés de fonctions — « d’utiliser la langue comme il l’entend ». C’est ainsi que, sous l’influence de la Nouvelle Orthographe (NO) venue du Canada, nos ordinateurs suppriment arbitrairement les circonflexes : dû est écrit comme l’article partitif du ; il parait (imparfait de parer) remplace il paraît. Ne nous y trompons pas. Il s’agit de déconstruire, pas à pas, notre langue en agissant pour que la langue du maître devienne la propriété exclusive de la langue des opprimés : révoltés, analphabètes ou illettrés. Ecris comme tu sens ! Parle comme tu veux ! Les professeurs sauront-ils enseigner qu’au subjonctif imparfait, le circonflexe est impératif ? Et pourquoi, dira-t-on, cette « discrimination »?[...]
Brouilly : la résistance des vignerons

«De toutes les routes de France, celle que j’préfère c’est celle qui conduit, en auto, ou en auto-stop, vers les rivages du midi ». Nationale 7, chantait Charles Trenet en 1955. C’était au temps des belles décapotables, bien avant l’autoroute A6 et ses embouteillages cataclysmiques. Mais nous voici déjà au XXIe siècle. Peu avant Lyon, au milieu de la sueur et des cris, l’automobiliste cul-à-cul, a la joie de retrouver ses semblables bataves et allemands. Les uns en Birkenstock, les autres en caravanes infernales, ils s’agrippent à leurs sandwiches rectangulaires sur les pelouses faméliques des aires de repos.

Si vous êtes cet été parmi les réfugiés de l’autoroute A6, prenez donc la sortie 30, celle de Belleville-en-Beaujolais. C’est la sortie vers le paradis, vers un Olympe de la dégustation : le mont Brouilly. Dès l’Antiquité, ce petit mont a servi de lieu de culte à nos ancêtres moustachus et païens. Au Ier siècle commence l’histoire viticole du mont Brouilly. En récompense de ses nombreuses victoires militaires, César donne une colline à un officier de la légion impériale, le dénommé Brulius. Ce dernier profite de l’ensoleillement exceptionnel du site pour planter de la vigne.

Dix-huit siècles plus tard, les affaires explosent. Les vignerons du Beaujolais bénéficient du chemin de fer ainsi que des voies fluviales (Saône et Rhône). Ils deviennent les premiers fournisseurs des tavernes lyonnaises et des bistrots parisiens. Mais le succès ne venant jamais seul, les catastrophes climatiques (grêles, gelées) et les parasites (l’oïdium) frappent les vignerons devenus prospères.

Contre le mauvais sort, ils décident en 1857 d’ériger au sommet du mont Brouilly une chapelle qui protégera leurs vignes. 

Culminant à 484 mètres, le mont Brouilly est identifiable depuis la plaine de la Saône. Le « phare du Beaujolais » possède une géologie singulière : son sol est constitué de diorite, une roche bleue âgée de 300 millions d’années. Provenant d’un ancien volcanisme sous-marin, la diorite offre une terre riche en minéraux. Cette roche dure mais bien faillée permet à la vigne de descendre en profondeur.[...]

Retour vers le futur : des hérissons et des hommes

C’est « un entrepreneur de droite », devenu millionnaire à 24 ans en vendant une chaîne de rôtisserie de hérissons. Deux qualités qui lui ont valu les encouragements admiratifs d’Elon Musk sur Twitter en mai 2020 (« This incredible scourer has a huge beam in his underwear! »), lorsque Babam Capra annonçait pour la sixième année consécutive que son laboratoire Panacea© s’autofinançait. Une gageure dans le domaine de la santé, qui exige de lourds investissements dans la recherche fondamentale. Panacea© emploie 22 chercheurs qui se concentrent sur une thérapie ciblée de deux cancers: celui de la prostate et des testicules. Une autre thérapie, plus complexe, vise à allonger la longévité « de 50 à 60 ans ». Ce qui paraît ambitieux. Et surtout coûteux : comment se finance un tel laboratoire?

Panacea© est associé à « Mindbuilding© », une entreprise de coaching « philosophique et cognitif » où l’on apprend aussi bien « les thèses d’Hayek que la boxe à poings nus ». Deux entreprises, un seul groupe (« Patriacratie© »), pour une seule philosophie: « Former les mâles dominants du XXIe siècle », annonçait Babam Capra, sans rire, lors de ses vœux pour l’année 2022. Et le discours touche sa cible. « Chaque jour, des hommes nous contactent pour reprendre leur vie en main et assumer leur devoir de virilité. Un trentenaire de 60 kg, qui n’a pas mangé un gramme de viande en dix ans et qui a toujours voté pour des femmes de gauche, nous a appelés en juin dernier. Il était en détresse. Il travaillait pour une ONG où ses collègues lui lançaient des tampons au visage parce qu’il était un homme « cisgenre » et où il gagnait 30 % de moins que les stagiaires. Après 8 mois de coaching, un client vend aujourd’hui des poids lourds, pèse 85 kg, possède un gros chien, mange du maïs grillé et coule des bronzes de 40 centimètres », nous confiait fièrement Babam Capra. [...]

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