Tout à refaire, tout le temps

Le petit peuple a pris la récente habitude de scander, de meetings en manifestations et d’enthousiasmes de bars en râleries de rue : « On est chez nous, on est chez nous ! » Certes. Mais le besoin de le dire implique évidemment qu’il s’agit du contraire.

 

Et que cet air des lampions comme dans n’importe quelle époque témoigne d’une inquiète vitalité populaire, slogan immédiat d’un monde où encore une fois ce sont les imbéciles seuls qui sont nés quelque part, puisqu’aux autres il n’a été laissé que les mornes marnes de banlieues, non-lieux, ne présage pourtant pas que l’on sache quel est ce chez nous où l’on ne serait plus chez nous. Ni surtout que soit posée la question véritable : si d’ailleurs des morceaux de France ne l’étaient plus, chez nous, à qui seraient-ils, et où serions-nous ?

Il ne s’agit pas ici de dresser la liste de quelques États confédérés comme ce fut fait naguère, ni de désigner des coupables ou des envahisseurs à la vindicte. Au contraire, de se demander en quoi nous sommes nous-mêmes responsables de cette lente et apparemment inéluctable disparition de nos locus amoenus, foyers, campagnes, bourgs, ateliers et usines, grands bois et étangs de pêche, écoles et estaminets. Et surtout de ne pas s’y résoudre, parce qu’elle est comme la rose, sans pourquoi.

 

Lire aussi : l’effacement des traces 

 

Il ne s’agit pas non plus de vanter, dans un mode sarkozyste ou à la façon d’un Express « la France qui gagne ». Plutôt et seulement de constater que dans cet État failli à force de contrôle, qui n’est plus que l’illusion d’un pouvoir concentré derrière des murs de glace, c’est seulement le citoyen libre dans sa commune libre qui possède encore les moyens de recréer un pays vivable. Et qu’il suffit de se pencher pour reprendre le pouvoir, celui de décider de l’éducation de ses enfants, celui de choisir son agriculture et son alimentation, celui de vivre sa religion, loin des sous-préfets tâtillons, des fonctionnaires adipeux de la sécurité sociale, des évêques dont le dos tremble, des politicards de pacotille, des Hanouna trépanateurs du ciboulot et des voies sur berge de madame Hidalgo.

Refaire chez nous non comme un éloge de la médiocrité, mais au contraire à la manière de ces moines défricheurs du Moyen Âge qui d’un brouillard reformulèrent les arts, libérèrent les esclaves, bâtirent des temples insus, et finalement aidant leur voisin firent l’humanité ; mais au contraire mener une politique de civilisation. Car l’arbre de la liberté est raciné profond.

Rédacteur en chef

jdeguillebon@lincorrect.org

Publier votre commentaire