À VOIR OU À FUIR, C’EST LA SEMAINE CINÉMA DE L’INCORRECT

© DR

Un garde du corps tout droit venu des années 90, des conflits d’intérêts entre courtisanes à la cour d’Angleterre, une révolutionnaire en herbe et contre tous, un homme perdu dans le froid arctique ou une intime conviction … Que faut-il voir ou fuir au cinéma cette semaine ?

 

Nicky Larson et le parfum de Cupidon

De Philippe Lacheau Avec Philippe Lacheau, Élodie Fontan, Tarek Boudali

Nicky Larson, meilleur des gardes du corps et détective privé hors-pair, est appelé pour une mission à hauts risques : récupérer le parfum de Cupidon, qui rendrait irrésistible celui qui l’utilise…

 

 

Avis aux fans de mangas : ce Nicky Larson ne puise pas son inspiration dans le City Hunter de Tsukasa Hojo mais dans Le Club Dorothée. Si Lacheau reprend les codes de l’animation japonaise, il laisse de côté toute dimension dramatique pour jouer la carte burlesque à fond et truffer son film de références aux années 90 et sa culture TV : vol plané au son d’I Believe I can fly, apparition de Pamela Anderson ou caméo de Dorothée en hôtesse de l’air, tout y passe, en une sorte d’hommage à la beauferie de cette décennie hésitant entre le pastiche et la nostalgie. L’absurde et la surenchère sont la marque de fabrique du réalisateur depuis Babysitting (2014), mais avec Nicky Larson, il surprend par une orchestration aussi inventive que précise dans un enchaînement sans temps mort. Certes, il faut être né dans les années quatre-vingt pour savourer les détails, mais Lacheau confirme qu’il existe bien un art du lourdingue. Hilarant.

Arthur de Watrigant

 

Lire aussi : L’édito de Romaric Sangars : L’essence de l’humour

 

LA FAVORITE

De Yórgos Lánthimos Avec Olivia Colman, Emma Stone, Rachel Weisz, Nicholas Hoult

Début du XVIIIe siècle : l’Angleterre et la France sont en guerre. La reine Anne – santé fragile, caractère instable – occupe le trône, tandis que son amie Lady Sarah gouverne à sa place. Lorsqu’une nouvelle servante, Abigail Hill, arrive à la cour, Lady Sarah la prend sous son aile. Elle y voit l’opportunité de se faire une alliée ; Abigail, celle de renouer avec ses racines aristocratiques.

 

Ne vous y trompez pas, la dernière folie de Yórgos Lánthimos (The Lobsters) n’est en rien un film d’histoire ; simplement, de l’histoire il exploite les figures les plus sombres afin d’offrir une comédie de lutte de pouvoir d’une cruauté baroque délicieusement punk. Sous ses allures de reconstitution classique, le film est, pour le réalisateur grec, un terrain de jeu idéal où exprimer sa folie scabreuse hors de toute entrave. Le palais est un monde confiné où tout se décide, un monde à front renversé où les hommes, débarrassés de leur charge, dégustent de l’ananas en regardant des courses de canards pendant que les femmes exploitent leurs cerveaux et leurs culs afin de s’entre-éliminer. D’une vulgarité flamboyante, d’une drôlerie redoutable, merveilleusement interprété, La Favorite captive et trouble.

Arthur de Watrigant

 

Lire aussi : FEDERICO FELLINI ÉCRIVAIN CINÉMATOGRAPHIQUE

 

Une Intime conviction

De Antoine Raimbault Avec Olivier Gourmet, Marina Foïs, Laurent Lucas

Depuis que Nora a assisté au procès de Jacques Viguier, accusé du meurtre de sa femme, elle est persuadée de son innocence. Craignant une erreur judiciaire, elle convainc un ténor du barreau de le défendre pour son procès en appel. Alors que l’étau se resserre autour de celui que désormais tout accuse, la quête de vérité de Nora vire à l’obsession.

 

 

Hors champ du cinéma Français depuis une quarantaine d’années, la cour d’assises est explorée de manière fascinante par Une Intime conviction. En s’appropriant le thriller judiciaire, genre de prédilection américain, Antoine Raimbault raconte ce procès singulier au suspens redoutable sans jamais tomber dans la facilité de l’efficacité narrative. Si la tension est permanente et grande la puissance dramatique, le réalisateur français n’en met pas moins en lumière toute la complexité de notre système judiciaire si méconnu. Une Intime conviction n’est pas un film à thèse, il n’offre guère de réponse, sinon la légitimité du doute au cœur de notre justice. Passionnant.

Arthur de Watrigant

 

Tout ce qu’il me reste de la révolution

De Judith Davis Avec Judith Davis, Malik Zidi, Claire Dumas

Premier film de l’actrice Judith Davis, Tout ce qu’il me reste de la révolution a la force des oeuvres attentivement travaillées, et l’humilité des premières tentatives. Angèle (Judith Davis) y porte, en marge de la société actuelle, les valeurs soixante-huitardes que lui ont inculqué ses parents. Elle va peu à peu remettre en question ces idéaux qu’elle tenait pour sûrs, s’apercevant que ce qu’elle savait sur l’engagement politique de sa famille, n’est pas si tranché.

 

 

Tout ce qu’il me reste de la révolution est un film qui questionne l’espace et le vivre ensemble (Angèle est urbaniste), la politique et le militantisme, le devoir de mémoire, etc. Mais en définitive il étudie surtout les interactions professionnelles, amicales, amoureuses et familiales, d’Angèle, qui cherche à s’émanciper de ses idées et de son héritage culturel. En prenant pour trame de fond, un sujet politique, Judith Davis traite son film avec une légèreté comique qui s’éloigne du film social cliché pour en faire une œuvre plus humaine. Mêlant habilement sérieux et second degré, comique et drame, intrigues et vie quotidienne, tout y semble très juste et naturel. Sans fioritures et sans prise de risque, ce film n’est pas une « révolution », mais un beau témoignage, très bien écrit.

Victor Tarot

 

Lire aussi : Le cinéma de L’Incorrect – Projection privée

 

Arctic

De Joe Penna Avec Mads Mikkelsen, Maria Thelma Smáradóttir, Tintrinai Thikhasuk

En Arctique, la température peut descendre jusqu’à moins –70°C. Dans ce désert hostile, glacial et loin de tout, un homme lutte pour sa survie. Autour de lui, l’immensité blanche, et une carcasse d’avion dans laquelle il s’est réfugié, signe d’un accident déjà lointain. 

 

 

Pour son premier film, le réalisateur brésilien Joe Penna s’attaque au film de genre avec les armes d’un nouvel élève bien élevé. Respectueux du Survival, Artic coche toutes les cases, mais avec une modestie minimaliste fort agréable. Ni esbrouffe, ni scénar rocambolesque, le film prend son temps, collant le spectateur aux basques de l’excellent Mads Mikkelsen, refusant toute surenchère qu’un genre surexploité fait naître habituellement. Aride et mutique, Artic nous plonge dans ce désert de glace d’un silence assourdissant, avec comme seul objectif survivre. Humble, simple et efficace.

Arthur de Watrigant

.

adewatrigant@lincorrect.org

Pin It on Pinterest

Share This