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Antonin, travailleur social : « La vraie souffrance des Français se manifeste tous les samedis au prix fort »

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Nous avions interrogé Antonin l’an dernier à la même période. Il n’a pas changé, pas plus que son jugement sévère sur les politiques d’insertion sociale. Une mise au point venue de la rue, comme un bon coup de tête aux discours convenus.

 

Emmanuel Macron a été photographié dans les rues de Paris en pleine « maraude » nocturne au contact des personnes sans domicile fixe. Coup de com bien rôdé ou souci réel des Français vivant dans des conditions difficiles ?

Macron est toujours dans une posture de « coup de com », encore plus quand il esthétise sa sortie avec une photographe relayant ses exploits sur Instagram. Mais le président est réellement sincère dans ce qu’il fait … au moment où il le fait. Cela en fait plus un profil de sociopathe que de quelqu’un de réellement empathique : il peut vivre pleinement un instant et faire l’opposé dans la foulée. Quand il prend dans ses bras un retraité en pleurs, l’émotion est sincère. Pour autant, sa politique reste inflexible et il sait être cassant pour la justifier. Pour revenir à cette maraude, l’effet de com recherché fonctionne bien puisque Macron va se rendre au QG du 115 et non pas dans un centre d’hébergement d’urgence type Cash de Nanterre où les conditions d’accueil effroyables rebutent de nombreux SDF. La communication réside dans la volonté de cacher l’extrême précarité, la sortir de la visibilité de la rue, certainement pas de proposer un minimum de dignité malgré les centaines de millions dépensés dans « l’hébergement ».

 

Les médias se font l’écho d’une baisse de financement d’un montant de 57 millions d’euros des Centres d’Hébergement et de Réinsertion. Qu’en pensez-vous ?

J’ai souri en repensant à notre entretien précédent : je tirais la sonnette d’alarme sur les manipulations liées à l’hébergement des SDF.  Le monde, dans un article du 26 février 2019, reprenait ce chiffre de 57 millions et apportait d’autres informations : 212 millions ont été crédités en plus pour les centres d’hébergement d’urgence. Que cela nous apprend t-il ? Le gouvernement d’Emmanuel Macron a réorienté les budgets des établissements dits de Réinsertion (pour les personnes dé-insérées)  afin de multiplier par quatre les économies réalisées dans des centres d’hébergement d’urgence. Un Centre d’hébergement et de Réinsertion Sociale est un établissement accueillant des personnes stabilisées pendant une durée de deux ans en moyenne où elles seront prises en charge par des équipes sociales de un travailleur social pour 12 hébergés contre 25 en Urgence.

Ces CHRS proposent des activés sociales et des accompagnements vers l’emploi et le logement (dossiers DALO, accord co etc). Avec l’arrivée des migrants et leur médiatisation, des milliers de bénévoles, d’associations, de localités et d’employeurs se sont mobilisés pour les aider à s’insérer. De fait, cela a externalisé la prise en charge auparavant effectuée en CHRS. Quel est l’intérêt de financer des centres spécialisés si le bénévolat permet de réduire les coûts ? L’hybridation des ressources que l’on retrouve dans nombre d’associations fonctionnant avec de l’argent public, des dons et du bénévolat se retrouve maintenant dans la logique d’hébergement qui fonctionnait à 95% sur dotations de l’état. En bout de course, les centres d’hébergement d’urgence se concentrent sur l’hébergement et le reste se fait en dehors. Les CHRS sont voués à disparaitre. Il serait bon de se questionner sur ce que vont devenir toutes les personnes non migrantes n’intéressant pas les bénévoles et le patronat.

 

Entretien vidéo : un travailleur social dit tout !

 

En France : on en fait plus pour les immigrés clandestins ou pour nos compatriotes dans les rues ?

Je trouve cette assertion naïve. La plupart des Français méconnaissent la situation des étrangers dans leur propre pays. Tout d’abord, il y a de moins en moins de clandestins en France : la machine à régulariser tourne à fond comme je l’avais prédit. D’ailleurs, les associations qui avaient hurlé au loup à propos de la loi asile immigration sont soudainement très silencieuses. Selon Libération, 400.000 étrangers obtiennent annuellement un numéro d’immatriculation à la sécurité sociale. De fait ce ne sont pas des clandestins. L’OFII révèle quotidiennement ses chiffres et le nombre d’étrangers demandeurs d’asile explose au même rythme que les bénéficiaires de l’asile. Dans notre précédent entretien, j’avais annoncé qu’il ne devait pas y avoir plus de 400/500 SDF Français à la rue dans Paris – à ne pas confondre avec des populations blanches de l’Est. Les statistiques de la « nuit de la solidarité » organisée par la mairie de Paris n’ont fait que confirmer mes propos : nos compatriotes à la rue sont rares. Les clochards se mettent en scène dans les grands centres urbains afin de bénéficier de la compassion des habitants et s’alcooliser. Cette mise en scène est d’ailleurs très visible chez les punks à chiens. Mais il faut se demander où ils sont le soir et la nuit.

 Il serait pertinent de se questionner sur la paupérisation des Français « gilets jaunes » proportionnelle à l’enrichissement de millions d’immigrés

Ce qui est assumé par le gouvernement et les associations « caritatives », c’est que tout étranger ayant la volonté de s’installer en France sera pris en charge dans les délais les plus brefs (voir les plateformes d’aides pour immigrés). Cela renvoie à une mentalité profondément raciste consistant à voir dans les immigrés récents des « bananias », des étrangers souriants auxquels il faut apporter la culture occidentale et ses modes de consommations. Par ailleurs, la collusion entre le patronat à la recherche de main d’œuvre docile et le mixage public/associatif se fait ouvertement. Quand des immigrés se montrent inemployables, vous voyez que ce partenariat patronat/associatif/public les abandonne au même titre que les Français précaires. Il serait probablement plus pertinent de se questionner sur la paupérisation des Français « gilets jaunes » proportionnelle à l’enrichissement (accès au logement, soins, société de consommation) de millions d’immigrés. Tout cela a un coût principalement porté par la France périphérique qui s’est soulevée en grande partie du fait de la réorientation des services publics de leurs zones périurbaines et rurales vers les banlieues dites défavorisées. Il est donc absolument regrettable que des partis ou mouvements politiques surfent sur l’opposition clandestins/SDF alors qu’il s’agit d’une ultra minorité. La vraie souffrance des Français se manifeste tous les samedis au prix fort. 

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