Attention les gaugau, les Gaulois !

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Droit dans ses bottes, le Président adore tacler ses concitoyens lors de ses visites à l’étranger. Une tradition désormais solidement ancrée dans la pratique présidentielle macronienne.

 

Au Danemark, Emmanuel Macron a ainsi lancé devant un parterre de patrons : « Il ne s’agit pas d’être naïf, ce qui est possible est lié à une culture, un peuple marqué par son histoire. Ce peuple luthérien, qui a vécu les transformations de ces dernières années, n’est pas exactement le Gaulois réfractaire au changement ! Encore que ! Mais nous avons en commun cette part d’Européen qui nous unit ». Il s’en est d’ailleurs fallu d’un cheveu pour qu’Emmanuel Macron n’en vienne à citer un autre Emmanuel, de son nom Todd, démographe de son état. Car, le mot de Macron n’était pas anodin, maniant avec une certaine habileté des notions anthropologiques profondes. Alors comme ça, nous Gaulois, serions réfractaires au changement, les pieds crottés par la boue autour de notre petite ferme, quand, eux Danois, de confession luthérienne, seraient plus entreprenants, plus aventureux, héritiers de l’esprit de conquête des vikings ? En voulant flatter ses hôtes, Emmanuel Macron a aussi vexé les Français, du moins ceux qui commentent ses moindres faits et gestes sur les réseaux sociaux.

Au juste, le propos n’est pas si outrageant en première lecture, dit sur le ton vachard qu’on prête à Jupiter. Le problème est peut-être plus profond, plus ambigu. Et si, par hasard, nous n’étions pas en train de lui faire dire ce qu’il n’a pas dit ? La France est un pays en crise d’identité, perturbé par des changements profonds sur les plans démographiques et culturels qu’elle subit depuis plusieurs décennies sans véritablement broncher, hors quelques sautes d’humeur passagères dans les urnes. Quand Emmanuel Macron dit, en visite à l’étranger de surcroit, que les Gaulois sont réfractaires au changement, il s’expose à la critique, parce que d’instinct, de nombreux Français croient qu’il veut les remplacer, les fiche dehors. Le moindre trait d’humour, d’où qu’il vienne, devient suspect. On s’indigne, on râle, on s’offusque. Autant de traits qu’on attribue … aux Gaulois, aux Français.

 

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L’appellation Gaulois renvoie, en effet, au tréfonds de l’âme nationale, à un souvenir protohistorique flou. Vercingétorix est, au moins confusément, notre plus vieil ancêtre. Gaulois est aussi le terme utilisé par certains immigrés pour qualifier les Français dits de souche, les Français descendants de paysans, attachés à leurs terroirs et leurs clochers : les Français béret-baguette. Ces Français-là commencent d’ailleurs à être susceptibles. Ajoutez à cela qu’Emmanuel Macron se fait aujourd’hui le champion de l’Europe, son Empereur officieux, capable de tancer le ministre de l’Intérieur italien ou le Président hongrois, défendant bec et ongle une vision qui lui est propre, plus fédéraliste et ouvertement libérale. Du reste, Emmanuel Macron apparait fort versatile, parfois difficile à suivre. Un jour, il dira qu’il n’existe pas de « peuple mondialisé » et que les identités profondes seraient de retour. Le lendemain, il se fera, au moins en discours, le chantre de l’accueil desdits « migrants ». Le surlendemain, monté sur ses ergots de coq gaulois, il fera l’éloge du modèle danois, dont le gouvernement applique l’une des politiques migratoires les plus restrictives d’Europe. À en perdre son latin.

On ne saurait donc trop lui conseiller de lire quelques pages de l’historien Camille Jullian, évoquant ces drôles d’ancêtres Gaulois, dans Ausone et son temps : « Ce fut au IVe siècle que le sens poétique s’éveilla enfin chez les Gaulois, devenus plus calmes et de tempérament plus rassis. Mais alors, comme ils ne faisaient pas les choses à demi, comme leur race était, après celle des Grecs, la plus richement pourvue de dons naturels, il naitra chez nous désormais, chaque année, urne quantité prodigieuse de vers et de chants, et la veine ne s’appauvrira jamais. La terre française deviendra une terre fertile en poètes ; elle en aura dans les temps les plus sombres de la domination barbare. La plus tard venue dans la littérature romaine, la Gaule la représentera le plus longtemps dans l’histoire du monde latin ». Ces Gaulois réfractaires au changement avaient bien su s’accommoder de l’esprit romain. Est-ce parce qu’ils avaient « en commun cette part d’Européen » qui les unissait ?

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grobin@lincorrect.org

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