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Éditorial de Jacques de Guillebon : À Éric Zemmour

Le numéro 46 est disponible depuis ce matin en kiosque, par abonnement, et à la demande sur notre site. Voici l'éditorial du numéro, par Jacques de Guillebon.

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© L'Incorrect

Si d’aventure vous êtes demain candidat à la présidence de la République française, nous ne doutons pas, si l’on en juge à vos propos constants en cette matière comme dans les autres depuis quinze ans, que vous serez amené à vous pencher sur le caractère chrétien, et particulièrement catholique de ce grand pays, à l’inverse de tous vos prédécesseurs depuis de Gaulle, qui s’en sont moqués comme d’une guigne.

Il est bon de parler des racines chrétiennes de la France. Il est même nécessaire de le rappeler, aujourd’hui que beaucoup de choses qui n’auraient pas dû être oubliées ont été perdues. Peut-être même faut-il en inscrire la mention dans notre constitution, mais encore faut-il qu’on puisse mesurer l’effet de cette mention. Vanter la gloire et le génie du christianisme, c’est bien ; les appliquer à la vie publique et politique, ce serait encore mieux.

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Or ce génie est complexe, notamment dans ses effets sur l’exercice du pouvoir?: le christianisme n’est pas l’ennemi du pouvoir temporel, mais il le dissout continuellement, le réforme, le réorganise, en changeant les buts et surtout les méthodes. Le christianisme est anarchiste en ceci qu’il tient sa source d’ailleurs, de Dieu bien entendu disons-nous, et que s’il tolère la nécessité d’une autorité dans la cité des hommes, il lui enjoint toujours de tendre à la cité céleste.

En quoi cela nous concerne-t-il, aujourd’hui comme hier ? La France, ce magnifique morceau de l’empire romain d’Occident séparé et autonomisé après les grandes invasions, est chrétienne dans ses origines entières, puisque déjà saint Martin et autres apôtres de la Gaule en avaient changé la physionomie spirituelle. Il fallut ensuite, à nouveau, encore, et le baptême de Clovis ne fut que la première pierre d’une immense cathédrale politique, que l’Église christianisât les mœurs des nouveaux maîtres, barbares aux us de racailles plutôt que de sages. Cette longue guerre que le christianisme mena à la guerre pour en tirer ce qu’on appellerait la chrétienté, aura obtenu sa plus grande victoire dans les XIIe et XIIIe siècles, avec la figure insue et inouï du chevalier, protecteur du pauvre et de l’affligé, de la veuve et de l’orphelin. Nulle part ailleurs ni jamais, aucune civilisation n’a produit cet archétype, et mis de la justice dans la force. Partout où elle sera allée, et malgré ses éternels bras de fer avec la papauté, la France aura apporté, comme le disait Louis XVI à monsieur de la Pérouse, les « bons fruits et légume du royaume de France » ; partout, elle aura civilisé, c’est-à-dire transformé l’instinct banal de domination de l’homme en une charité active, en ce mot qui vous fait si peur, monsieur Zemmour, comme vous le confiiez un jour à notre confrère France catholique : la compassion.

Ces mœurs impliquent de ne pas imaginer que la force et la domination sont la mesure de toute chose, même en politique

Aussi, si vous n’êtes pas vous-même catholique, comme chacun sait, il vous faut, si vous continuez de désirer de vous inscrire dans les pas des géants qui nous ont précédés ici-bas, et fait de ce pré carré le lieu où Dieu fut heureux, il vous faut non seulement admettre ces mœurs mais vous les infuser, vous y assimiler. Et ces mœurs impliquent de ne pas imaginer que la force et la domination sont la mesure de toute chose, même en politique. Paradoxe absolu, scandale et folie pour les non-chrétiens, il n’y a pas contrairement à ce que soutient facilement la doxa de Carl Schmitt qu’amis et ennemis dans le monde. Ou, quand bien même on s’y résoudrait, il y a aussi cette nécessité de l’amour de l’ennemi. Aussi, refaire la France, refaire des Français comme vous le prétendez si justement réclame de ne pas juger que la prise du pouvoir demain s’accompagnerait seulement d’un usage aveugle de la force. Répudier la déclaration des droits de l’homme de 89, pourquoi pas ; révoquer les cours de justice supranationales et les instances internes de contrôle, pourquoi non. Mais c’est alors qu’il faudrait les remplacer par un véritable contre-pouvoir moral et spirituel. Chez nous, on appelle ça l’Église.

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