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Bienvenue dans l’ère de la victimisation systématique

Les victimes ont détrôné les héros dans l’imaginaire collectif. Pas un jour sans sa victime et son hashtag. Toutes les victimes n’ont bien entendu pas le même statut, mais toutes sont confrontées à la sentence de William Faulkner : « Le passé n’est pas mort, il n’est même jamais passé ». Jusqu’à quand une victime se considère victime ? Et que faire lorsque le statut de victime est devenu intouchable ?

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Blessures ouvertes à jamais d’un côté ; fautes aussi ineffaçables que la tache de Lady Macbeth de l’autre. Devant le tribunal de l’histoire, tout se passe comme si un héritage victimaire et une culpabilité à perpétuité se transmettaient sans fin. Mais à sens unique. La France postcoloniale est l’éternelle coupable face aux ex-pays colonisés. Même procès pour l’esclavage avec la loi Taubira de 2002 qui reconnaît la seule traite Atlantique comme crime contre l'humanité. À l’inverse, la culpabilité de l’Algérie dans le massacre des harkis et des pieds-noirs par le FLN n’est pas reconnue, de même que la traite arabo-musulmane est passée aux oubliettes. Une amnésie mémorielle volontaire avouée par la garde des Sceaux pour qui la traite négrière arabo-musulmane n’est pas évoquée, afin que les « jeunes Arabes ne portent pas sur leur dos tout le poids de l'héritage des méfaits des Arabes ».

Cette histoire partiale ne fait qu’alimenter une victimisation qui condamne au lieu de réconcilier, qui divise au lieu de réunir et qui est présentée comme impardonnable car irréparable. Comme l’écrit Christiane Taubira dans la préface du Procès de l’Amérique, « nulle réparation matérielle n’effacera un crime si grand que l’esclavage ou la colonisation ». Au lieu de faire du passé table rase, il s’agit de l’entretenir pour en tirer une sorte de rente victimaire à exploiter.

Lire aussi : Pourquoi sommes-nous devenus fous ?

Être victime, une revendication identitaire et une arme du militantisme

C’est ce que font les décoloniaux et les indigénistes qui se complaisent dans la posture victimaire qu’ils dénoncent par ailleurs. Loin d’être un signe de schizophrénie, il s’agit d’une stratégie comme l’explique Pierre-André Taguieff dans L’imposture décoloniale. Au lendemain des émeutes de 2005, l’appel du Parti des indigènes de la République (PIR) met en scène la thèse du « continuum colonial » qui érige « l’héritage du colonialisme » comme la cause ultime des discriminations que subiraient les populations issues de l’immigration. Ainsi, en s’auto-proclamant « descendants des esclaves et de déportés africains, filles et fils de colonisés et d’immigrés », les indigénistes doublent « la dimension victimaire […] d’une dimension identitaire ». [...]

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