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Chers candidats des droites, ne pensez qu’à ce qui doit être fait pour la France !

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25 mars 2022

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À deux semaines de la présidentielle, tout indique que la droite française ne remportera pas l’élection quoiqu’elle est majoritaire dans l’opinion, du fait de sa division entre cinq chapelles. Il est temps pour les candidats de penser le rassemblement.
droite

48,7 millions d’électeurs sont appelés le 10 avril, dimanche des Rameaux, à élire le futur auréolé des rameaux de la République. Jamais élection n’a pris un enjeu aussi grave : la France, engagée sur la pente du déclin et au bord de la banqueroute, s’apprête à réélire un président sortant qui n’aurait jamais dû pouvoir gagner par son bilan (recordman des abus de droit constitutionnel, des ministres ou anciens ministres mis en examen, du déficit public, de l’insécurité), jouissant du plus bas niveau de représentativité au premier tour d’une présidentielle au suffrage universelle depuis 1965 (18% des inscrits se sont portés sur lui, ayant contre lui 82% des voix portés sur d’autres candidats, sur l’absentions ou les bulletins nuls !), sur fond d’un dédain (dégoût ?) continu des citoyens envers leurs élus (34% d’abstention, nuls et blancs en 2017, un record depuis 1965). Sa réélection serait grave de symboliques dont son égo ne le privera pas d’abuser cinq ans de plus, grâce aux « pleins pouvoirs » qu’offre la Vè République, 1958 révisé 2002.

C’est dire que la responsabilité dans sa possible réélection que se partageraient les cinq droites – Pécresse, Zemmour, Le Pen, Dupont-Aignan et Lasalle – ne s’étant pas alliés. Selon l’un des derniers sondages, le président sortant, avec tout l’appareil médiatico-politique qu’implique la fonction élyséenne, plus l’aubaine covid-ukrainienne, ne receuille qu’un petit 29,4% des intentions (des suffrages exprimés). Tandis que les cinq droites réalisent 44,4 % des intentions : c’est, à 0,2 point près, le score du général de Gaulle au premier tour de 1965, mais en 2022 c’est à eux tous !

Lire aussi : Rémigration : les droites s’écharpent

Les droites sont en France majoritaires et pourtant le pays s’apprête à renouveler l’ancien secrétaire général de François Hollande.

Qu’est-ce qui différencie 1965 de 2017 ? En 1965 il y a déjà des droites (de Gaulle, Lecanuet, Tixier-Vignancour et Marcilhacy) mais son champion était en capacité de se hisser légitimement au deuxième tour, et les droites éliminées au cours de cette « primaire » (22,5%) pouvaient jouer comme réserve de voix au deuxième tour, sachant qu’il n’y a jamais 100 % de reports d’une droite sur une autre. C’est qu’une élection présidentielle se joue à deux, voire à trois tours. Selon l’adage, « au premier on choisit, au deuxième on élimine ». Cet adage est incomplet. Image clivante en partie vraie, puisque comme en 2002 et 2017, le candidat le mieux placé face un Le Pen est assuré d’un épouvantail. Cet adage est en partie faux, car il serait plus juste de dire qu’au deuxième tour, on se rassemble, en vue d’un « troisième tour », où on formera un gouvernement ensemble.

La campagne de 2022 a vérifié qu’on a toujours des droites, et non une droite, mais plus aucun champion à droite n’est en position de se détacher. On pensait que la division était surtout binaire, l’irruption d’Éric Zemmour a pour effet que la division des droites s’est encore aggravée d’un troisième parti, Reconquête ! Nous disons un « troisième parti » car, contrairement aux effets d’estrade, ce n’est pas une union type cartel des droites qu’est venu proposer le nouveau venu de la scène politique, mais une OPA hostile lancée sur les deux droites préexistantes. Son irruption dans le jeu, non sans brio, a exacerbé comme jamais  la compétition fratricide entre les droites, chaque candidat de cette primaire n’ayant plus que des flèches à tirer, non-dirigées contre E. Macron, l’adversaire supposé du deuxième tour, mais entre eux.

Zemmour, en faisant irruption pour faire la synthèse entre les deux électorats, a raté son entrée en se montrant incapable de lancer la piste d’un gouvernement d’union des cinq droites au lendemain du deuxième tour

Cette grave faute commune à Marine Le Pen, Valérie Pécresse et Éric Zemmour leur a fait oublier la leçon des présidentielles. Au deuxième tour, quel candidat de ces droites, sorti cabossé de son pugilat au premier tour, sera en capacité de jouir du report d’au moins 50% des voix portées sur les deux autres principaux concurrents à droite qu’il aura préalablement criblé de flèches ? Tout électorat s’identifie aux humiliations de son candidat. Zemmour, en faisant irruption pour faire la synthèse entre les deux électorats, a raté son entrée en se montrant incapable de lancer la piste d’un gouvernement d’union des cinq droites au lendemain du deuxième tour. Il a joint ses uppercuts à ceux des deux autres. Comment faire croire aux Français voulant éliminer Emmanuel Macron que Le Pen, donnée à ce jour en tête des intentions (18%), ou Pécresse (10,9%), qui maintient qu’elle sera la surprise en passant devant la précédente, peuvent rassembler 50,1 % des voix au second tour, c’est-à-dire la totalité des 44,4 % des intentions de vote du total des cinq droites plus un delta (d’au moins 5 à 6 points) à aller chercher chez les déçus de Macron s’étant portés au premier tour sur un des candidats des gauches ?

Les trois candidats principaux, Le Pen, Pécresse et Zemmour, porteront une lourde responsabilité devant l’Histoire, non à être incapables de fusionner, mais à n’avoir aucune stature d’homme ou femme d’État épris du destin national qui soit en capacité, par ses prises de position dès le premier tour, d’annoncer le rassemblement du troisième tour pour redresser la France, en la gouvernant avec toutes les droites qui la composent.

La France aime jouer aux exceptions. Sachons discerner quand elles sont positives ou mortifères. De nombreuses démocraties d’Europe ont compris, sauf les hommes et femmes politiques français, singulièrement issus des droites, que leurs pays n’étaient plus gouvernables sans une coalition de partis. C’est peut-être difficile, ce n’est peut-être pas l’idéal, cela impose des compromis, mais c’est le principe de réalité, voire une sagesse d’équilibre des pouvoirs. Les Allemands ont mis deux mois à contracter leur pacte de gouvernement (SPD, Verts, FDP), mais c’était leurs électeurs qui leur ont demandé de s’entendre ainsi pour tourner la page Merkel, comme pour chaque alternance outre-Rhin.

Lire aussi : Jérôme Sainte-Marie : « Les sondages font la campagne, mais ne font pas l’élection »

Nos cinq droites ne peuvent avoir l’orgueil de rafler à elle seule 100 % de la mise, et l’incapacité à s’entendre en vue du deuxième puis du troisième tour, fera de toute façon la réélection de Macron. Celui-ci, en « fils adultérin » de Mitterrand, jouira, encore, avec une nouvelle érosion, du bénéfice du « cordon sanitaire » dit « pacte républicain » inventé par l’adversaire acharné du général de Gaulle pour que les gauches gouvernent le plus longtemps possible. Et, de toute manière, les électeurs des droites voudraient-ils briser cette malédiction – et leur nombre progresse – ne trouveraient-ils pas des leaders qui ont compris qu’au deuxième tour, on rassemble !

Jamais occasion plus chimiquement pur ne se représentera : une candidate héritière de Mitterrand effondrée à 2,3 % des intentions, un président sortant réunissant (et encore grâce au coup de main de la double peur : Covid19 et Poutine) que 29% des intentions, et, malgré tout aucun champion national capable de fédérer les cinq droites majoritaires. La Vè prend le risque du péril démocratique et républicain d’entrer, par l’inconsistance de sa classe politique, dans l’ère de la minorité majoritaire et de la majorité minoritaire. Le quatrième tour pourra aussi s’appeler…la rue, qui ne reconnaît plus la moindre légitimité aux institutions. Il n’est pas trop tard pour Marine Le Pen, Valérie Pécresse et Éric Zemmour, de réentendre un autre discours « venu du fond des âges ». « Ne pensez qu’à ce qui doit être fait pour la France » avait chuchoté Georges Mandel au général de Gaulle le jeudi 13 juin 1940.

M. Le Pen, V. Pécresse, E. Zemmour, J. Lassalle et N Dupont-Aignan : ne pensez qu’à ce qui doit être fait pour la France, entendez-vous !

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