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Rémigration : les droites s’écharpent

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Publié le

24 mars 2022

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Toute la droite s’accorde à dire que l’immigration n’est pas une chance pour la France et que les étrangers sont trop nombreux dans notre pays. Partant de ce constat, une solution est proposée : la rémigration. Bonne ou mauvaise idée ? Des piliers de la droite nous répondent.
droite

Ce lundi 21 mars, Éric Zemmour a proposé sur M6 la création d’un ministère de la Rémigration. L’annonce a fait un tollé : de Jean-Luc Mélenchon à Marine Le Pen, tous ont critiqué la mesure, la jugeant raciste ou bien comme un simple coup de com’.

Depuis quelques années, la droite réfléchit à la rémigration pour lutter contre l’invasion migratoire. Qu’est-ce que la rémigration ? L’idée consiste à renvoyer dans leur pays d’origine les étrangers présents en France mais qui ne sont plus désirés. À l’heure actuelle, Éric Zemmour est le seul candidat à la proposer pour les étrangers qui enfreindraient la loi (clandestins, délinquants, criminels et fichés S étrangers). Il propose ainsi d’expulser, sur dix ans, un million d’étrangers, raison pour laquelle il veut consacrer un ministère à cette mesure. De leur côté, Marine Le Pen juge la mesure « antirépublicaine » et Valérie Pécresse ne veut même pas en entendre parler.

Pourtant, le concept n’est pas l’apanage de la droite : en septembre 2017, Jean-Claude Juncker déclarait que« concernant plus particulièrement les retours [le mot est mis en gras dans la transcription officielle, ndlr], je voudrais répéter que les personnes qui ne sont pas en droit de séjourner en Europe doivent regagner leur pays d’origine». La Commission, voyant le peu d’expulsions réalisées, proposera d’ailleurs une « intensification » des efforts dans ce sens. Si même la Commission européenne y est favorable…

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Dans le même temps, l’ancienne ministre de la Justice d’Emmanuel Macron, Nicole Belloubet, avait estimé à 5 000 le nombre d’étrangers venant du Maghreb en prison et Guillaume Larrivé, le député LR de l’Yonne, avait demandé leur expulsion. Décidément, la rémigration n’était pas un tabou. Pourtant, lorsque nous essayons de contacter un député LR en évoquant un sujet dont « une grande partie de la droite parle », celui-ci nous répond laconiquement : « Bonjour Zemmour en parle, nuance. Désolé, cela ne m’inspire pas ». Les Républicains ne sont plus inspirés par la rémigration.

De son côté, Nicolas Bay est évidemment plus éloquent. « On veut en finir avec l’immigration de masse en inversant la tendance ». Environ 1 million d’étrangers seraient donc expulsés en cinq années : 900 000 immigrés illégaux, 70 000 fichés FSPRT (différents des fichés S, ils représentent l’ensemble des radicalisés) et un peu plus de 80 000 condamnés et prisonniers étrangers. « Ce Ministère de la Rémigration serait notamment chargé de négocier avec les pays d’origine l’obtention des laissez-passer consulaires qui permettent d’exécuter les OQTF (obligations de quitter le territoire français) ». Quid des binationaux ? Nicolas Bay préfère ne pas développer. En tout cas, la déchéance de nationalité sera bien au programme pour les personnes ayant une double nationalité et qui commettraient un délit ou un crime.

« Cette idée d’un Ministère de la Rémigration est un slogan !  »

Julien Odoul

Plus concrètement, le vice-président exécutif de Reconquête nous explique que toutes les personnes ciblées par la rémigration seront frappées d’OQTF : « Soit elles se rendent d’elles-mêmes auprès des autorités, soit elles sont interpellées à leur domicile. Ensuite, on les emmène dans des centres de rétention administratifs qui existent déjà. Enfin, elles sont renvoyées dans des charters qui sont affrétés par l’État. Compte tenu de l’ampleur du phénomène, il faut un ministère dédié à cela ». Le projet semble donc mûri chez Éric Zemmour, la chaîne logistique est prête : il ne lui manque que dix points dans les sondages. L’intérêt stratégique d’évoquer ce sujet aujourd’hui, Nicolas Bay nous l’explique très franchement : « Il faut remettre cet enjeu majeur – l’immigration – sur la table ».

À l’opposé, si l’idée est la même, pas question d’utiliser le mot pour Julien Odoul : « Il faut revenir aux origines. C’est un concept créé par Jean-Yves Le Gallou qui consiste à renvoyer tous les immigrés, y compris ceux avec la nationalité française, avec leurs descendants. Éric Zemmour a besoin de faire de la polémique pour réveiller ses soutiens ». Il critique également l’idée d’un ministère de la Rémigration qui serait « un slogan », rappelant que la grande majorité des fonctions de ce ministère pourraient être assurées par l’Intérieur. Pour autant, les mesures sont les mêmes : expulser tous les immigrés illégaux ainsi que les délinquants et les fichés S. « Nous n’avons pas attendu Éric Zemmour pour avoir ces propositions » assène Julien Odoul. L’enjeu est électoraliste selon lui : « Il voit que sa campagne s’effondre et veut cliver ».

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Pourtant, quand l’on tape « remigration » dans le moteur de recherche du site du Rassemblement national, on obtient une seule réponse. Elle renvoie à un communiqué du 7 avril dernier relatif à la pulvérisation par certains États, pendant la crise sanitaire, des règles migratoires édictées par l’Union européenne. Il se conclut ainsi: « Seule une politique nationale de remigration permet de faire face à la submersion ». Or celui qui, seul, s’autorise à employer ce mot et est relayé par le site du RN n’est autre que l’ancien député UMP, Jean-Paul Garraud, élu au Parlement européen sur la liste conduite par Jordan Bardella et candidat malheureux à la présidence de la région Occitanie en 2021.

Jean-Yves Le Gallou a tenu à répondre aux affirmations du Rassemblement national : « Cet Odoul est un inculte en même temps qu’un crétin. Il n’a pas dû finir de colorier les livres qui sont dans sa bibliothèque. La rémigration consiste à inverser les flux migratoires en procédant de manière progressive. La première étape est l’arrêt d’entrée d’éléments nouveaux. La deuxième est de renvoyer les gens qui ne sont pas en règle au regard des lois, les délinquants et les clandestins. La troisième est le non-renouvellement d’un certain nombre de titres de séjour provisoires ou arrivant à expiration ». Il ajoute ne pas avoir la paternité de l’expression (qu’il attribue à Laurent Ozon), mais l’a définie précisément dans son livre Immigration : la catastrophe : que faire ? paru en 2016. Sa conclusion est lapidaire : « Quand on n’a pas le courage de dire, on n’a pas la volonté de faire ».

« La rémigration consiste à inverser les flux migratoires en procédant de manière progressive »

Jean-Yves Le Gallou

Au final, le syndrome du « Grand Remplacement » se répète : le camp national est d’accord sur le fond et partage les mêmes propositions, mais ne s’accorde pas sur les termes. Zemmour nomme et Marine Le Pen dénonce. L’un accuse l’autre de manquer de courage, qui lui réplique qu’ils caricaturent et décrédibilisent les idées nationales.

L’Incorrect l’a toujours dit : sauvez des vies, rentrez chez vous.

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