Plus connu pour ses TikTok que pour les projets qu’il a menés en tant que ministre, Jean-Baptiste Djebbari a été épinglé par la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP) pour avoir essayé de se reconvertir dans le privé en devenant vice-président exécutif chargé du pôle spatial de l’armateur CMA CGM. La Compagnie Maritime d’Affrètement – Compagnie Générale Maritime (CMA CGM) est un armateur de porte-conteneurs français ; son offre globale comprend le transport maritime, la manutention portuaire et la logistique terrestre. Ce poste qu’il visait a été jugé incompatible avec les fonctions qu’il a eues en tant que ministre du gouvernement Castex.
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La HATVP estime en effet qu’ « au regard des attributions ainsi confiées au ministre délégué chargé des transports, qui sont en lien direct avec les activités du groupe CMA CGM, et compte tenu de l’importance de celui-ci, opérateur de premier plan dans le domaine du transport maritime, le risque de mise en cause du fonctionnement indépendant et impartial de l’administration serait substantiel si Monsieur Djebbari rejoignait ce groupe ». Il est important de préciser que constitue un conflit d’intérêts, en vertu de l’article 2 de la loi du 11 octobre 2013 relative à la transparence de la vie publique, « toute situation d’interférence entre un intérêt public et des intérêts publics ou privés qui est de nature à influencer ou à paraître influencer l’exercice indépendant, impartial et objectif d’une fonction ». L’ex-ministre des Transports n’a pour le moment pas réagi à cette affaire.
Floué l’ancien ministre ? Pas vraiment. Jean-Baptiste Djebbari a été autorisé (sous réserves) à rejoindre l’entreprise de voitures de luxe Hopium en tant que membre du conseil d’administration. Cette nouvelle a fait couler beaucoup d’encre car l’intéressé avait participé à un spot pour promouvoir la première voiture à hydrogène proposée par la marque. L’avocate et présidente de l’association anti-corruption Anticor Elise Van Beneden a jugé que cette nomination ne relève pas d’une prise illégale d’intérêts malgré son ambiguïté : « On est dans une zone grise où ce n’est pas une infraction pénale. Mais c’est forcément choquant pour l’opinion publique, car c’est un beau pantouflage qui entretient la République du soupçon et la défiance envers les gens qui nous gouvernent ».
Cela signifie aussi qu’un ministre peut faire la promotion d’une marque puis d’aller y travailler. Quand bien même elle est considérée comme légale, cette nomination est honteuse.
Cette nouvelle est tout de même choquante. Mais cette zone grise juridique réside dans le fait que l’activité de la marque Hopium ne coïnciderait pas avec les activités de monsieur Djebbari selon le rapport de compatibilité rendu par la HATVP, contrairement au cas CMA CGM. Pourtant, lorsqu’il était ministre, monsieur Djebbari s’était déjà largement penché sur les véhicules qui fonctionnent à l’hydrogène. Il était membre du gouvernement lors de l’examen de la loi d’orientation des mobilités, votée fin 2019, qui a introduit un nombre minimal de places de stationnement avec des bornes de recharge pour les véhicules à hydrogène. Elle prévoit aussi un bonus écologique pour les véhicules hydrogène neufs, dont la voiture Machina pour laquelle il a fait de la publicité et qui devrait arriver sur le marché d’ici 2025. Aussi, il avait annoncé sur Twitter que sept milliards d’euros allaient être investis dans l’hydrogène d’ici 2030. Sa politique semble donc avoir clairement eu un rapport avec l’activité de la marque Hopium, mais la HATVP en a jugé autrement. Cela signifie aussi qu’un ministre peut faire la promotion d’une marque puis d’aller y travailler. Quand bien même elle est considérée comme légale, cette nomination est honteuse.
Ce n’est en tout cas pas la première fois que le gouvernement Macron s’illustre dans la prise illégale d’intérêts. Souvenez-vous de l’affaire Dupond-Moretti, qui d’ailleurs est encore en cours : le garde des Sceaux fraîchement renouvelé est accusé d’avoir réglé des comptes avec des magistrats. La défense des intérêts personnels avant les intérêts du peuple serait-elle une norme en macronie ?





