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Daniel Riolo : « En France, on a un problème avec notre histoire, on lui tape sans arrêt dessus »

Daniel Riolo est un des journalistes français spécialisés dans le football les plus reconnus. Il s'exprime chaque semaine dans l'After foot, sur RMC. Grande gueule, sa voix anticonformiste a l'habitude de malmener les tabous du monde du football hexagonal, comme celui de son morcellement sous l'effet du multiculturalisme et de l'invasion du mode de vie des banlieues, phénomènes qu'il dénonçait dans Racaille Football Club. Il a publié ce mois de septembre Cher football français, où il revient sur l'ensemble des raisons qui empêchent le sport de se développer dans notre pays, qui sont souvent liées aux fractures qui traversent l'ensemble de notre société. Il offre un grand entretien à L'Incorrect.

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Pourquoi n’arrive-t-on pas à prendre le foot au sérieux en France ?

A t-on envie de le prendre au sérieux ? Est-ce un élément culturel ? Est-ce qu’il y a des habitudes et une histoire ? Pas plus tard qu’hier, on m’a envoyé toutes les discussions préalables à l’achat par Media Pro de la Ligue 1. J’ai d’abord été choqué, je me suis dit : « Zut, et si on m’avait envoyé ça il y a deux mois alors que je n’avais pas encore fini le livre… » Puis plus je lisais et plus je me disais que ça n’aurait pas été un scoop énorme parce que ce rapport contient exactement ce qu’on en devine sans avoir participé aux réunions. Le manque d’identité et de passion du football français s’y révèlent à visage découvert. Jaume Roures, le patron du groupe Media Pro, dit lui-même, alors qu’il est prêt à mettre un milliard dessus : « Il y a un manque d’identité de la Ligue 1, quand je regarde la Ligue 1 je ne sais pas si je regarde la ligue 1 ou le championnat belge. » Quelle violence !

Tout le monde constate qu’il y a un ancrage culturel très faible au niveau des clubs parce qu’à partir du moment où on a autant d’investisseurs avec des origines aussi variées, on ne développe pas de culture de club

J’ai été présenté au conseil d'administration de la Ligue où siègent les présidents et les directeurs généraux, tous les membres de la famille du football. Tous ceux qui disent sans arrêt que j’exagère et que je vais trop loin n’en menaient pas large mot au moment d’empaqueter le produit et d’essayer de le valoriser, à tel point qu’ils ont été estomaqué de voir que quelqu’un a quand même mis un milliard dessus. C’est un peu le paradoxe : tout le monde constate qu’il y a un ancrage culturel très faible au niveau des clubs parce qu’à partir du moment où on a autant d’investisseurs avec des origines aussi variées, on ne développe pas de culture de club. Les gens adorent le foot dans notre pays, mais ils vont regarder les championnats anglais, italiens ou espagnols. Ça n’existe pas ailleurs. Il y a même eu une émission culte de la TV, L’Équipe du dimanche, qui valorisait les championnats étrangers. On a pris historiquement le parti de dire que notre produit ne vaut pas grand-chose et de regarder ce qui se fait ailleurs. Finalement, on n’a jamais vraiment travaillé au développement de la Ligue 1.

Est-ce un manque de travail ou est-ce consubstantiel à ce qu’est notre société par rapport aux autres pays ? Je vais prendre un exemple : vous écrivez un long passage sur l’Espagne et la manière dont le foot a servi en 2008 de locomotive à toute une société pour se remettre en marche. En France, quand on a une crise économique, on ne fait pas la révolution du foot, on fait la révolution tout court. Donc n’est-ce pas consubstantiel à notre mentalité que de ne pas réussir à prendre le football au sérieux ?

Oui, il y a un manque de passion. Quand on a fait des sondages en juin pour savoir si ça le foot manquait aux Français, les gens ont très majoritairement répondu non. Sont-ils fâchés avec leur Ligue 1 car ils ont été déçus du jeu qui était proposé, des hommes qui composent l’univers du foot hexagonal, des investisseurs qui venaient reprendre leur club ? Dans combien de clubs les supporter sont fâchés avec la direction ? A l’OM ça a été une catastrophe : à part Pape Diouf qui a été aimé, tous les autres présidents ont plutôt récolté de la défiance. Nantes, n’en parlons même pas : ça a été guerre permanente depuis que Kita a repris le club et on peut dire que les valeurs nantaises ont disparu. Auxerre a été rayé de la carte du football alors que ça représentait quelque chose d’assez fort, le bon sens près de chez vous, le football paysan. Saint-Étienne a subi une sorte de déliquescence progressive. Cette défiance existe aussi au PSG. Dans les années 2000, quand Colony Capital est arrivé, il n’y avait plus rien. En plus il y a eu la guerre des supporters.

Lire aussi : Jérémy Bouhy : « Pour les deuxième et troisième places, il y aura l’une des plus belles oppositions des cinq ou six dernières saisons »

Finalement il y a eu une sorte de détachement, à force de ne pas entretenir l’amour. Ils ont simplement essayer de développer l’aspect marketing. J’avais des échanges avec les présidents qui me parlaient de marketing, et je leur disais : « Avant de penser à faire venir les gens au stade par du ticketing, ne voulez pas déjà réfléchir à une identité de club, prendre des gens qui vont faire jouer les équipes, qui vont faire plaisir aux gens qui viennent vous voir ? ». Si on développe une économie basée sur la vente, comment s’attacher à des footballeurs qui ne font que passer ? [...]

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