Jean Sevillia : « En 1940, le Parti Communiste Français a trahi la France »

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Une altercation a opposé hier Ian Brossat du PCF au journaliste Daniel Riolo qui a moqué l’appellation de « parti des 75 000 fusillés » et a accusé les communistes de collaboration durant la seconde guerre mondiale, suscitant l’indignation de Ian Brossat. Entretien avec Jean Sévillia, auteur de Historiquement correct (2003) et Historiquement incorrect (2011).

 

Quelle a été l’attitude du Parti Communiste Français entre septembre 1939 et juin 1941 ?

Il y a plusieurs niveaux de réaction. Tout d’abord, le PCF est interdit par la IIIe République le 26 septembre 1939. Durant la « drôle de guerre », le PCF a suivi les instructions de Moscou qui avait signé le pacte Molotov-Ribbentrop (23 août 1939). Face à ce pacte, beaucoup de militants sont choqués et quittent le parti par milliers. Néanmoins, la grande majorité des militants et petits cadres sont habitués à obéir à tout ordre donné par Moscou, quel qu’il soit. La plupart des hauts cadres suivent donc aveuglément ces directives. Sous l’impulsion de Jacques Duclos, des négociations sont engagées avec l’occupant allemand dès la fin juin 1940 dans le but de faire reparaître L’Humanité. Ces négociations avortent finalement mais la propagande communiste pacifiste bat néanmoins son plein. Le secrétaire général du PCF, Maurice Thorez, déserte de son poste au 3e régiment du Génie en octobre 1939 et arrive à Moscou en novembre 1939 où il y restera durant toute la durée de la guerre.

 

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Confirmez-vous que les militants du PCF ont pu procéder à des actes de sabotage durant la période 1939-1940 ? Peut-on considérer cela comme de la trahison ?

Absolument. Cette période n’a duré qu’une année mais durant l’hiver 1940 notamment, on a des preuves de sabotages d’usines d’armement françaises. Objectivement, tenter d’affaiblir l’effort de guerre de son pays avant même que les combats soient engagés, cela s’appelle trahir la France.

 

Interrogés par Libération, les historiens Olivier Wieworka et Claude Pennetier, affirment que le nombre total de fusillés communistes serait de 4000 à 5000 sur environ 20 000 fusillés au total. Rejoignez-vous cette affirmation ?

Oui, j’estime le nombre total de fusillés à environ 7 000 sur toute la durée de la guerre, et les fusillés communistes qui représentaient la plus grande partie d’entre eux, à 4000. L’appellation de parti des 75 000 fusillés est évidemment totalement fallacieuse.

 

Durant les conflits suivants, d’Indochine et d’Algérie, quelle a été l’attitude du PCF ?

Ce sont deux conflits aux contextes très différents. Néanmoins, le PCF considérait, la guerre d’Indochine comme une « sale guerre » et reprenait à son compte le soutien de Moscou aux communistes indochinois.  Durant la guerre d’Algérie, le Parti Communiste Français et le Parti Communiste Algérien étaient de facto engagés dans un soutien commun aux combattants du Front de Libération Nationale. Objectivement, le PCF a toujours été « le Parti de l’Etranger » comme le disait Léon Blum avant la Seconde guerre mondiale : de 1920 à 1980, il ne s’est jamais vu autrement que comme la section française de la IIIe Internationale dont le siège était à Moscou.

 

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Quel est votre sentiment face aux indignations de Ian Brossat face à Daniel Riolo sur ce sujet ?

Les faits et les chiffres ne peuvent qu’éclairer objectivement l’histoire. Le Parti Communiste Français ne représente plus rien aujourd’hui. Ils ne peuvent se raccrocher qu’à une légende qu’ils s’imaginent dorée. La mythification du passé de son parti n’est rien d’autre que ce que l’on peut logiquement attendre d’un militant communiste comme Ian Brossat.

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redaction2@lincorrect.org

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