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Défaite de la Ligue en Emilie-Romagne : la fin de la dynamique Salvini ?

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© DR

C’est l’heure du premier coup d’arrêt électoral dans la campagne d’Italie que le général Salvini mène tambour battant depuis son entrée au gouvernement en tant que vice-président du Conseil et ministre de l’Intérieur en juin 2018. Lors des élections régionales ayant eu lieu ce dimanche 26 janvier en Émilie-Romagne, la candidate de la Ligue Lucia Borgonzoni sest inclinée face à son adversaire Stefano Bonaccini, soutenu par toute la gauche. Le président sortant de la région, historiquement la plus à gauche d’Italie, est en tête avec près de 8 points d’avance, en affichant un score de 51,4 % contre 43,7 % pour sa concurrente.

 

Cette défaite est-elle la débâcle sur laquelle la presse de gauche s’extasie depuis le début de la journée ? Eh bien, une fois n’est pas coutume, il faut reconnaître une certaine justesse à l’analyse de nos confrères de gauche. La montée en puissance que connaissait la Ligue depuis son triomphe retentissant aux élections générales de mars 2018 a connu un premier coup de frein. Certes, la Ligue avait été obligée de quitter le gouvernement en septembre dernier après que Salvini, encouragé par des sondages plus que flatteurs, a proposé d’organiser des élections anticipées afin de bénéficier des « pleins-pouvoir », selon ses termes. Le Mouvement 5 étoiles, avec qui la Ligue partageait le pouvoir, s’était alors allié au centre-gauche de Renzi pour évincer Salvini du pouvoir. Mais même ce revers avait été causé par un excès de confiance dû à la force du soutien populaire pour le parti. Pour la première fois hier ce soutien populaire a fait faux-bond à la Ligue.

 

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Cette défaite est d’autant plus cuisante que l’investissement de Matteo Salvini dans cette campagne a été profond. L’ancien ministre de l’Intérieur avait multiplié les meetings auprès de Lucia Borgonzoni ces dernières semaines, au point d’éclipser sa candidate.

Le Mouvement 5 étoiles, avec qui la Ligue partageait le pouvoir, s’était alors allié au centre-gauche de Renzi pour évincer le parti de Salvini.

C’est donc lui qui a perdu en terres bolognaises, et pas simplement son parti. L’investissement personnel du chef de la Ligue a par ailleurs donné une dimension nationale à ce scrutin vers lequel toute l’Italie regardait depuis quelques jours, ce qui ne fait qu’ajouter au retentissement de ce résultat négatif. Le mouvement de jeunes anti-fascistes des « sardines », actif depuis la fin de l’année 2019 et principalement composé de jeunes étudiants peut fêter sa victoire. 

Il faut malgré tout relativiser cette déconvenue et par là même doucher l’enthousiasme malvenu des éditorialistes du Monde et de Libé. Premièrement, le résultat de dimanche n’a rien d’une surprise puisque tous les sondages annonçaient le candidat de gauche largement gagnant depuis le début de la campagne. Il faut surtout noter que ce score de la droite est une assez belle réussite, dans cette région qui a toujours massivement voté à gauche depuis 1945.

Malgré tout, sur ces six dernières années, la droite a progressé de dix points dans cette région alors que la gauche y est restée stable.

En comparaison, à l’été 2014, lors des précédentes élections régionales en Émilie-Romagne, le score cumulé de la droite était de 33, 6 % alors que celui de la gauche était de 53 %. Le contexte était certes différent dans une Italie qui n’avait pas connu avec la même violence la crise des migrants. Malgré tout, sur ces six dernières années, la droite a progressé de dix points dans cette région alors que la gauche y est restée stable. La progression de la Ligue s’est surtout faite aux dépens du populisme transpartisan du Mouvement 5 étoiles, à 13 % en 2014. Cette mouvance s’est faite absorber par le populisme de droite de Salvini et réalise cette fois un score négligeable avec moins de 4%. Tout n’est donc pas à jeter dans cette élection qui, comme le dit le chef de la Ligue, fut « un vrai match » alors qu’« autrefois le match était fini avant d’avoir commencé ».

La droite a en effet toujours éprouvé les plus grandes difficultés dans cette province du Nord-Est. Elle est une des régions les plus développées d’Europe, en particulier grâce à un tourisme florissant et une forte industrie automobile et alimentaire. Elle comporte de nombreuses villes phares de la Renaissance, comme Parme, Bologne ou Modène. C’est cette région qui a vu naître des maîtres artistiques tels que Guiseppe Verdi, devenant ainsi un centre culturel important, ce qui est encore perceptible dans ses palais ou ses églises. C’est aussi à Bologne qu’est née en 1088 la première université du monde occidental.

Avec ce patrimoine croissent de nombreuses stations touristiques, comme la ville de Riccione : la ville voit son nombre d’hôtels multiplié par quatre entre 1990 et 2000. Surnommée la « perle verte de l’Adriatique », elle est perçue comme « le Saint-Tropez italien », et accueille en masse la jeunesse.

L’Émilie-Romagne est dynamique aussi grâce à son industrie agro-alimentaire. C’est de cette région de l’Italie que proviennent par exemple le vinaigre réputé de la ville de Modène, le jambon de Parme ou la sauce Bolognaise . La région est aussi dotée d’une prestigieuse industrie automobile qui produit des voitures célèbres dans le monde comme les Ferrari, Maserati et Lamborghini.

 

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C’est ici que naquit le Parti communiste italien, en raison de la forte population ouvrière du lieu. L’Émilie-Romagne est une région historiquement à gauche. Elle vote encore aujourd’hui majoritairement pour le Parti démocrate créée en 2007, perçu comme un parti de centre gauche.

C’est donc cet espoir d’arracher un bastion tenu par la gauche depuis près d’un siècle qui a poussé Salvini à s’engager avec autant d’énergie dans la campagne. Le chef de la Ligue a pris un risque personnel, qu’il paye maintenant, afin de remporter une victoire éclatante qui n’est pas venue. Le même genre de risque qu’il avait pris à l’été dernier en proposant des élections anticipées. Face à l’évidence du désastre migratoire, la coalition de droite menée par la Ligue continue à progresser dans l’opinion italienne. Espérons que ce solide capital électoral ne sera pas entamé par les coups d’éclat hasardeux du tempétueux général Salvini.

 

Ange Appino et Flamine Fernandès 

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