La droite hystérique ne sera jamais crédible

Deux polémiques récentes auront montré le travail restant à accomplir pour les acteurs politiques et médiatiques se réclamant de la droite d’idées, s’ils espèrent être un jour perçus comme représentant une alternative crédible aux yeux des Français.

 

Nouvel aiguillon du débat public, l’Islam est convoqué dans toutes les discussions, y compris quand sa présence n’est pas requise. Des personnalités habituellement rigoureuses s’y laissent prendre, à l’image de Raphaël Enthoven qui, de l’autre côté du spectre politique, a cru bon justifier la nouvelle traduction du « Notre Père » par une islamophobie latente des autorités ecclésiastiques. 

Docteur en philosophie, Raphaël Enthoven a volontairement abandonné la logique pour se fier à son « instinct », comme il l’a plus tard indiqué sur Twitter. Pour lui, aucun doute n’est possible, « la suppression – inutile – du verbe soumettre est juste une façon pour l’Église de se prémunir contre toute suspicion de gémellité entre les deux cultes » (musulman et chétien). Un message subliminal qui devrait pousser les « paranoïaques de l’islamophobie », dont il est pourtant régulièrement la victime, à « tendre l’oreille pour une fois dans la bonne direction ». Qu’un homme de média aussi habile que lui puisse sombrer dans l’irraison, fléau du temps, ne doit néanmoins pas servir d’excuse à la « patriosphère », à la droite alternative ou aux « réacs », souvent coupables d’excès préjudiciables aux idées qu’ils entendent défendre. Du reste, Raphaël Einthoven a eu l’intelligence de rapidement changer de braquet, allant même jusqu’à s’excuser publiquement pour ses imprudents propos. Un geste élégant qui mérite d’être salué.

Loin de moi l’idée de nier la bataille anthropo-culturelle présentement à l’œuvre dans les sociétés occidentales. Loin de moi l’envie de mettre sur un pied d’égalité les belligérants. En effet, qui de plus grotesques que ces militants qui souhaitent récrire l’histoire au mépris de la vérité, qui prétendent que les sexes biologiques ne seraient que des constructions sociales savamment élaborées par le patriarcat blanc ou que la France n’existerait pas ? Mais, on n’entre pas en indignation comme en religion. À s’offusquer de tout et tout le temps, sans recul, sans même prendre le temps d’examiner les faits, on finit par ne plus jamais être pris au sérieux. De la sorte, certains commentateurs deviennent semblables au petit berger de la fable d’Esope, criant au loup sans qu’il ne soit là. Le jour venu où le loup se présentera vraiment à leur porte, plus personne ne voudra les croire.

 

   Lire aussi : Qu’est-ce-que la Droite par Chantal Delsol

 

Littéralement fanatisés, ils ne sont plus en mesure de réfléchir. Toutes les actualités sont transformées en complots ourdis par un pouvoir occulte digne des bandes dessinées pour enfants, forcément animé de mauvaises intentions. L’annonce par Marlène Schiappa du projet du gouvernement visant à instaurer un âge limite au consentement, en-dessous duquel tout acte sexuel avec une personne mineure serait automatiquement qualifié comme un acte imposé, a notamment généré des réactions tout à fait disproportionnées.  En estimant que cette limite pourrait s’établir « entre 13 et 15 ans », la secrétaire d’Etat à l’égalité entre les femmes et les hommes s’est vue accusée de vouloir légaliser la pédophilie, de justifier le viol d’enfants. Evidemment, la réalité est autre.

Pour être entendues, respectées et crédibles, les personnalités de droite ont l’obligation de refuser de se soumettre au bruit médiatique.

Le Code pénal français n’a jamais fixé d’âge légal au consentement, se bornant à établir que les actes sexuels entre des adultes et des mineurs de 15 ans constituent des atteintes sexuelles passibles d’une peine de prison ferme allant de cinq à dix ans et d’une amende de 75.000 euros, et ce quelles que soient les circonstances. Le projet de loi renforcera donc l’arsenal législatif en vigueur en présumant de manière automatique que les mineurs de 13 ou 15 ans sont victimes d’agressions sexuelles, et non plus simplement d’atteintes sexuelles. Des dispositions similaires sont d’ailleurs prévues dans des pays comparables à la France (12 ans en Espagne et aux Etats-Unis, 13 ans en Angleterre, 15 ans en Allemagne ou 16 ans en Suisse), sans que la pédophilie n’y soit pour autant perçue comme légitime, et encore moins légale ! 

Pareillement, la question des prières de rue n’a pas manqué de susciter de nombreuses déclarations enflammées, souvent fausses. Car, les prières de rue ne sont pas illégales en France, mais encadrées et susceptibles de ne pas être autorisées, pour le cas où cela serait strictement nécessaire au maintien de l’ordre public, ce qui était manifestement le cas à Clichy-la-Garenne puisque les fidèles musulmans de la ville gênaient la circulation. Pour être entendues, respectées et crédibles, les personnalités de droite ont l’obligation de refuser de se soumettre au bruit médiatique. Autrement, elles resteraient assignées à la place qui est la leur depuis 40 ans ; c’est-à-dire le purgatoire de la vie politique nationale, une salle d’attente d’où l’on ne ressort jamais que pour jouer le rôle codifié de l’épouvantail. Reconnaissons au moins aux hystériques de la droite, ces humbles de la cause, de faire fi des postures des dandys cyniques et ridicules qui sévissent ailleurs…

 

.

grobin@lincorrect.org

Publier votre commentaire