1973 : le projet fou de Jodorowski
Projet pharaonique, hold up d’un mégalomane, élucubration de drogué, tout a été dit ou presque sur l’adaptation avortée de Jodorowski – et d’abord par l’intéressé lui-même, qui n’est pas le dernier à propager anecdotes plus ou moins avérées et légendes plus ou moins fabriquées. On sait qu’il s’empare du projet sans même l’avoir lu, simplement séduit par l’aura du livre qui alors faisait fureur en librairies. On sait aussi qu’il s’est entouré des artistes les plus en vogue du moment – Giger pour la création des décors, Moebius pour le story board, Dan O’Bannon pour les effets spéciaux ou le génial Chris Foss pour la conception des vaisseaux – et que la plupart se retrouvèrent d’ailleurs plus tard pour créer Alien, ce qui fait de Dune le ratage le plus fécond de l’histoire du cinéma. On sait aussi que le casting démentiel n’a probablement existé que dans l’esprit malade de Jodorowski, certaines stars ayant démenti avoir été ne serait-ce qu’approchées… Pensez : Mick Jagger, Orson Welles, David Carradine, Gloria Swanson… et Salvador Dali dans le rôle de l’Empereur, dont la légende veut qu’il réclamât 100 000 dollars par minute d’apparition à l’écran et au moins « une scène avec une girafe en feu ».

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1984 : le merveilleux ratage de David Lynch
Après le succès retentissant de Star Wars, les producteurs de tous bords étaient bien décidés à trouver qui serait la nouvelle poule aux œufs d’or du space opera. C’est pourquoi après être passés entre les mains d’Arthur P. Jacobs (La Planète des Singes), les droits du roman furent rachetés à prix d’or par le célébrissime producteur italien Dino De Laurentiis, qui se mit en quête d’un réalisateur assez fou pour se colleter à une œuvre réputée inadaptable. David Lynch était alors assez éloigné du monde de la SF, mais son esthétique surréaliste et le succès d’Elephant Man avaient fait circuler son nom. Georges Lucas le contacte même pour filmer Le Retour du Jedi, ce que Lynch refuse poliment. Pourquoi a-t-il accepté Dune quelques années plus tard ? Parce que le réalisateur est littéralement conquis par les deux premiers tomes de la saga. On ne reviendra pas sur les aléas du tournage et sur les multiples revers subis par Lynch tout au long de la production, jusqu’à l’ultime humiliation de se voir refuser le montage final, mais le réalisateur américain aura en tout cas vécu cette aventure comme un échec cuisant. Reste un film étrangement beau : on demeure subjugué par certains parti-pris de Lynch et par un décorum décadent qui n’a pas pris une ride.
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2021 : le plan de rigueur de Denis Villeneuve
On peut créditer Denis Villeneuve d’un bon film, le très angoissant Enemy, pour le reste, son cinéma est probablement l’un des plus surestimés de l’époque, le cinéaste québécois se cachant volontiers derrière une esthétique post-tarkovskienne, hiératique en diable, pour faire oublier la relative indigence de ses films. Dune n’échappe pas à la règle : annoncé en grande pompe avant la crise sanitaire, repoussé maintes fois, le film déçoit par son manque d’ampleur et de souffle. Le Dune de Villeneuve ressemble davantage à une luxueuse série télé qu’au space opera fastueux que tout le monde attendait. Si son esthétique minimaliste, presque brutaliste, fait mouche à certains moments, si son sincère amour de l’œuvre transparaît à chaque instant, Villeneuve, davantage concepteur d’images appliqué que véritable metteur en scène, n’avait probablement pas l’envergure pour prendre à bras le corps un tel monument. Quelques scènes intriguent néanmoins (dont un passage remarquable sur la planète des Sardaukars), les acteurs sont convaincants et on est tout de même curieux de voir la suite.





